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81e anniversaire du D-Day. Comment s’est déroulé l’exode des Normands durant les combats de 1944 ?... |
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Le 17 août 1944, les Normands, obligés de fuir les combats dans la région de Falaise (Calvados), sont sur les routes. (Photo retouchée avec un filtre) © Archives Nationales du Canada
Dès les premières heures du Débarquement allié, le 6 juin 1944, les populations civiles tentent de fuir les bombardements de la Bataille de Normandie qui s’annonce. D’abord anarchique, l’exode s’organise au fil des semaines, entraînant dans son sillage des dizaines de milliers de personnes, au cours de l’été 1944, en Normandie et bien au-delà.
Peu touchée par l’exode de mai et juin 1940, qui poussa sur les routes dix millions de Français, la Normandie fut le théâtre d’une fuite massive de ses habitants en juin, juillet et août 1944. Cet été-là, entre 150 000 et 200 000 Normands, principalement de la Manche et du Calvados, ont dû abandonner leur commune et leurs biens avec l’arrivée des Alliés, le 6 juin 1944.
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Une bonne dose d’improvisation dans cet exode ?
Dès la nuit du 6 au 7 juin 1944, les bombardements vont déclencher des vagues de départs qui se poursuivront au rythme de la percée des Alliés. Les citadins quittent les villes dans l’urgence pour se réfugier dans les campagnes. « Beaucoup de réfugiés ont passé cette première nuit tragique entassés dans des chemins creux, rapportent l’historienne Françoise Passera et l’historien Jean Quellien, dans leur ouvrage Les civils dans la Bataille de Normandie. En très peu de temps, plus de 100 000 personnes ont quitté les villes en ruine pour chercher refuge dans un rayon de quelques kilomètres. » Les paysans – parfois amis, collègues ou connaissances – leur ouvrent volontiers les portes de leurs maisons, granges, greniers, garages, pressoirs…
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Des réfugiés de Bernières (Calvados) retrouvent leur maison après la bataille, le 14 juin 1944. IWM
Par quels moyens les populations s’évadent-elles ?
Devant quitter les lieux à la hâte, les Normands partent avec les moyens du bord : à pied, à vélo, en charrette tirée par des bœufs ou des chevaux… « Les Allemands ont confisqué les véhicules et, même s’il restait des voitures cachées, se pose le problème du carburant », rappelle Christophe Prime, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et responsable des collections au Mémorial de Caen (Calvados). Des colonnes d’hommes, femmes et enfants avancent du nord vers le sud. Des Coutançais font exception à la règle en bifurquant vers les stations du littoral, comme Agon-Coutainville.
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Des civils sur la route de Tilly-sur-Seulles (Calvados), le 10 juin 1944. IWM
A quel moment s’accélèrent les évacuations ?
« Les départs vont ensuite précéder les grandes batailles », explique Christophe Prime. Les Allemands imposeront des ordres d’évacuation avant les offensives. « Ils ne faisaient ça pas dans un but humanitaire mais bien militaire, pour que les civils ne gênent pas leurs opérations », poursuit l’historien du Mémorial de Caen. Les évacuations s’accélèrent alors à partir de juillet 1944.
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Exode de civils à Mortain (Manche). archives Mémorial de Caen
Comment s’organise l’exode des Normands ?
Face à l’ampleur de l’exode et à la grande promiscuité dont souffrent les réfugiés, la logistique va progressivement se mettre en place, malgré les combats et les voies de communication coupées. Des organismes vont jouer un rôle majeur pour assister les populations jusqu’alors livrées à elles-mêmes : le Secours national, la Croix-Rouge et le Sipeg (Service interministériel de protection contre les événements de guerre).
Des hôpitaux de fortune s’installent d’abord en urgence, avec des soignants formés sur le tas. Puis des centres d’hébergement et de regroupement vont peu à peu voir le jour, centres dans lesquels sont affrétés des vivres, des médicaments et des vêtements.
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Quels départements furent le plus touchés par l’exode de l’été 1944 ?
« Outre la Manche et le Calvados, qui ont eux aussi accueilli leurs propres réfugiés, l’Orne a assurément été le département où l’accueil et les transits ont été les plus forts », relate l’historienne Valérie Laisney Launay dans son ouvrage L’exode des populations bas-normandes au cours de l’été 1944. Certaines villes de Seine-Maritime, dont Le Havre, ont elles aussi subi ces départs massifs.
Mais l’exode s’étendra bien au-delà de la région : dans les départements voisins (Mayenne, Ille-et-Vilaine, Sarthe…) jusqu’au Puy-de-Dôme, en Dordogne ou encore en Corrèze. Au total, 20 départements seront touchés par cet afflux de population.
A quel moment le retour à la maison a-t-il été possible ?
Fin août 1944, la Poche de Falaise, théâtre de la dernière opération de la Bataille de Normandie, se referme. Les zones de combat s’éloignent, ouvrant la voie des premiers retours. « Alors que certains partent dès la fin du mois d’août, d’autres attendent de longues semaines, puis de longs mois avant de pouvoir repartir. Une attente difficile à vivre », écrit Valérie Laisney Launey.

Les 16 et 17 août 1944, des habitants, évacués de Falaise (Calvados), attendent de pouvoir regagner leur maison. Archives Nationales du Canada
De retour dans leur commune d’origine, nombreux sont celles et ceux qui trouvent leur maison détruite, pillée ou occupée.