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Assassinat de Samuel Paty : « Je me sens responsable », assure Brahim Chnina au procès en appel... |
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Des fleurs et des bougies en hommage à Samuel Paty, le 27 octobre 2020 à Berlin. © KIRA HOFMANN/dpa Picture-Alliance via AFP archives
L’audience du mercredi 18 février, au procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty, était consacrée à l’audition du père d’une collégienne, accusé d’avoir lancé une campagne de haine contre le professeur d’histoire-géo. « J’ai honte pour le reste de ma vie », a assuré Brahim Chnina qui se sent « responsable de tout ça ».
Le procès en appel de l’assassinat de Samuel Paty se poursuit jusqu’au 27 février 2026. L’audience du mercredi 18 février a été notamment consacrée à l’audition du père d’une collégienne qui est rejugé pour avoir lancé une campagne de haine contre le professeur d’histoire-géo. À la barre, ce dernier a exprimé, selon l’Agence France-Presse (AFP), « honte » et regrets, mais a expliqué avoir été dépassé par le « tsunami » numérique qu’il avait déclenché et l’ascendant du militant islamiste Abdelhakim Sefrioui.
Accusé d’être l’artisan de la cabale contre Samuel Paty
Aujourd’hui âgé de 54 ans, Brahim Chnina est rejugé devant la cour d’assises spéciale de Paris pour avoir été avec Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, l’artisan de la cabale contre Samuel Paty, menée dans les jours précédant son assassinat le 16 octobre 2020.
Avant d’être abattu par la police qu’il menaçait, un islamiste radical tchétchène de 18 ans, Abdoullakh Anzorov, avait décapité Samuel Paty pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression au collège du Bois d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
C’est par la campagne lancée par Brahim Chnina, puis orchestrée avec Abdelhakim Sefrioui, qu’Anzorov avait pris connaissance d’une controverse devenue virale. Il a notamment consulté sur YouTube une vidéo de Brahim Chnina s’en prenant à Samuel Paty. Anzorov l’a brièvement appelé une semaine avant son crime, avant quelques textos le 10 et le 13, le père le remerciant pour son « soutien », un message parmi une foule d’autres.
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Le mensonge de la fille de Brahim Chnina
Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, qui ne connaissaient pas Anzorov, ont été respectivement condamnés en première instance à 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, pour avoir délivré « une fatwa numérique » contre Samuel Paty dans un contexte explosif. Al Qaïda avait menacé la France après la republication par Charlie Hebdo des caricatures à l’occasion du procès des attentats de janvier 2015, et un attentat venait d’être commis devant les anciens locaux de l’hebdomadaire.
Tout est parti du mensonge de la fille de Brahim Chnina, qui avait affirmé que Samuel Paty avait demandé aux élèves musulmans de sortir de classe au moment de montrer des caricatures. Or l’adolescente, exclue pour indiscipline, n’avait pas assisté à ce cours, rappelle l’AFP.
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« J’étais dans un tsunami, je n’arrivais plus à maîtriser les choses »
Sans vérifier, dans des messages vindicatifs, Brahim Chnina avait désigné Samuel Paty et le collège dès le soir du 7. Dès lors, raconte-t-il, tout s’enflamme : le téléphone sonne sans cesse. « J’étais dans un tsunami, je n’arrivais plus à maîtriser les choses, j’étais aveuglé ». « Téléphone, WhatsApp, Facebook… Ça ne s’est pas arrêté jusqu’à l’assassinat de M. Paty. »
Le déferlement de messages haineux inquiétants ne l’arrête pas plus que la découverte que sa fille a menti. « Pendant plusieurs jours, vous persistez à accepter d’être un des vecteurs » de la vindicte, relève un avocat des parties civiles, Thibault de Montbrial. Et, note l’avocate générale, sept fois, il donne l’identité du professeur à des correspondants qui le demandent sur Facebook.
« Je regrette tout », « J’ai honte pour le reste de ma vie », assure Brahim Chnina qui se sent « responsable de tout ça ». « Ce n’est pas ma fille la responsable. » « Si je n’avais pas fait de vidéo, de messages, avec nom et prénom, M. Paty serait encore là , à s’occuper de son fils, à jouer au tennis », concède-t-il.
Le rôle de d’Abdelhakim Sefrioui dénoncé
Mais il pointe aussi le rôle d’Abdelhakim Sefrioui, qui sera interrogé jeudi. Brahim Chnina explique s’être senti conforté par ce militant islamiste aguerri qui l’a contacté en se présentant comme un représentant du conseil des imams de France, « quelqu’un d’important », qui « allait bien [le] défendre », disposait de « plus de savoir, plus de connaissances, plus de responsabilité ».
Les deux hommes se rendent devant le collège dès le 8, tournent une vidéo, y rencontrent la proviseure, rembobine l’AFP. Après cette réunion houleuse, ils se mettent d’accord pour poursuivre leur campagne, déposer plainte pour discrimination contre Samuel Paty : « Mon rôle était d’avoir plus de témoignages pour essayer de faire une plainte en groupe, d’avoir le maximum de renseignements. »
« Si M. Sefrioui n’était pas là , on n’aurait pas fait une vidéo. Et les choses se seraient passées autrement », affirme Brahim Chnina qui assure n’avoir pas été animé par les caricatures, mais par l’injustice dont il pensait que sa fille était victime. Et si Abdelhakim Sefrioui souhaitait communiquer par messagerie cryptée, c’est « peut-être » parce qu’il avait « quelque chose à cacher », lâche cet homme, qui ne présente pas un profil de musulman radicalisé.
Deux proches d’Anzorov sont également rejugés, après avoir fait appel de leur condamnation à 16 ans de réclusion criminelle pour l’avoir véhiculé et aidé à se procurer des armes.
Verdict attendu le 27 février.