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Guerre en Ukraine. Pourquoi la baisse des stocks d’armes des Occidentaux est préoccupante... |
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Vladimir Poutine et son ministre de la Défense Sergei Shoigu au salon de l’armement de Moscou en 2021. Sputnik/Mikhail Metzel/Pool via REUTERS. © via REUTERS
Les annonces de livraisons d’armes à Kiev se multiplient mais les stocks occidentaux baissent, ce qui pourrait faire les affaires de la Russie.
Comment Moscou peut-il convaincre les alliés de Kiev de ne pas vider leurs arsenaux pour armer les Ukrainiens ? En multipliant les avertissements comme l’a fait Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin ? Cette tendance à inonder l’Ukraine d’armes, notamment d’armes lourdes, a-t-il déclaré, ce sont des actes qui menacent la sécurité du continent et provoquent de l’instabilité
. Ou en étant beaucoup plus menaçant, comme Vladimir Poutine qui promet des représailles fulgurantes
? Et de marteler :Nous avons tous les outils pour cela, des choses dont personne d’autre ne peut se vanter de disposer actuellement. Et nous ne nous vanterons pas, nous les utiliserons si nécessaire. Et je veux que tout le monde le sache
.
La Russie brandit ses armes « invincibles
Les outils de Poutine ? Sa dissuasion nucléaire que le missile balistique intercontinental RS-28 Sarmat est récemment venu renforcer… Ses missiles hypersoniques Kinzhal, dont deux tirs ont été revendiqués par la Russie contre l’Ukraine. Autant d’armes invincibles
selon Vladimir Poutine, qui devraient faire réfléchir à deux fois mais qui n’émeuvent visiblement pas l’Otan et tous les pays qui soutiennent Kiev.

Un canon M777 est chargé dans un C-17 Globemaster III américain. (U.S. Marine Corps photo by Cpl. Austin Fraley) I Marine Expeditionary Force
Il faut reconnaître que le Kremlin a de quoi s’inquiéter. La combativité des Ukrainiens lui coûte cher. Mais ce qui permet à Kiev de résister et de ridiculiser Poutine et ses généraux, ce sont bien les formidables approvisionnements occidentaux en armes et munitions.
Des missiles qui ne sont plus produits
Poutine devrait changer de discours. Et s’armer, avant tout, de patience. En effet, le flux d’armes occidentales pourrait bien ralentir. La faute à la faiblesse des stocks américains, britanniques, allemands ou français, qui commencent à baisser de façon alarmante pour certains matériels, comme les missiles sol-air Stinger dont l’armée américaine a livré 1 500 exemplaires à l’Ukraine. Or, la dernière commande US date de 18 ans. Et les Stinger ne sont plus produits. Selon le PDG de Raytheon Technologies, le fabricant du célèbre missile, il faudra peut-être attendre 2024 avant de voir la chaîne de fabrication relancée.
Les stocks de missiles antichars Javelin et d’obus de 155 mm sont aussi au-dessous de l’étiage. Et aucune commande gouvernementale n’a encore été lancée… Or, la perspective d’un conflit long est bien réelle : Il est tout à fait possible que cette guerre dure des mois ou des années
, a ainsi averti, jeudi, Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Alliance atlantique.
D’où la mise en garde de la ministre britannique des Affaires étrangères : Armes lourdes, chars, avions… Creuser dans nos stocks, accélérer la production, nous devons faire tout ça
, a prévenu Liz Truss.
L’euphorie est retombée
Les marchés boursiers sont aussi bien conscients de l’impact de ces problèmes de réapprovisionnement des stocks d’armes et de munitions. L’euphorie du mois de mars après le début des livraisons d’armes à l’Ukraine et l’engouement pour les actions des équipementiers de défense se sont calmés. En effet, l’administration Biden n’a pas encore passé les commandes massives qu’espéraient les entreprises ; et les bénéfices tout aussi massifs qu’escomptaient les marchés ne se sont pas concrétisés. Ainsi, le géant américain de la Défense, Lockheed Martin, n’a pas jugé bon de revoir ses perspectives pour 2022 à la hausse.