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Iran. Deux mois après la mort de Mahsa Amini, quelle est la situation dans le pays ?... |
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Des magasins sont fermés dans le centre-ville de la capitale de Téhéran, en Iran, le 15 novembre 2022. © STR/EPA/MAXPPP
Manifestations quasi-quotidiennes violemment réprimées, condamnations à mort… Quelle est la situation en Iran, à la mi-novembre, deux mois et un jour après la mort de Masha Amini ?
Le 16 septembre 2022, Masha Amini, jeune femme kurde de 22 ans, décédait trois jours après avoir été arrêtée par la police des mœurs, qui lui reprochait d’avoir enfreint le code vestimentaire de la République islamique en portant mal son voile. Deux mois et un jour plus tard, l’Iran est toujours secoué par des manifestations, durement réprimées par le gouvernement en place, alors que la justice prononce de nombreuses condamnations à morts.
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Des manifestations malgré tout
Selon le dernier bilan de l’ONG Iran Human Rights (IHR), publié mardi 15 novembre et cité par l’AFP, au moins 342 personnes, dont 43 enfants et 25 femmes, ont été tuées à travers le pays par les forces de sécurité lors de la répression des manifestations.
Mais les rassemblements ne s’arrêtent pas pour autant, comme le montrent des images tournées par Armin Arefi, grand reporter pour Le Point. On y voit des manifestants de nuit dans la ville d’Hamedan, dans l’Ouest, ou encore une femme sans voile, le poing levé, à Izeg, dans le Sud-Ouest.
« N’AYONS PAS PEUR ! N’ayons pas peur ! Nous sommes tous ensemble ! », clament des manifestants qui défilent dans la ville de Hamedan, dans l’ouest de l’#Iran, au 61e jour de contestation à travers le pays après la mort de #MahsaAmini pour un voile mal porté. pic.twitter.com/ukLhZETB3F
— Armin Arefi (@arminarefi) November 17, 2022
PLUS QUE JAMAIS, la révolte des femmes dévoilées (et des hommes) se poursuit en #Iran, ici dans la ville d’Izeh, dans le sud-ouest du pays, ce mercredi 16 novembre. pic.twitter.com/zFuRcX9B83
— Armin Arefi (@arminarefi) November 16, 2022
Dans la province de Fars (sud), 110 personnes, dont 18 femmes, ont été arrêtées mardi pour avoir bloqué des routes, endommagé des biens publics et lancé des pierres contre les forces de sécurité, selon Irna.
« Les manifestants n’ont pas accès à des avocats lors des interrogatoires, ils sont soumis à de la torture physique et psychologique pour qu’ils fassent de faux aveux et sont condamnés sur la base de ces aveux par des tribunaux révolutionnaires », a déclaré le directeur de IHR, Mahmood Amiry-Moghaddam.
Il a dénoncé les condamnations à mort de manifestants, caractéristiques d’un « régime oppressif », et dit craindre « des exécutions de masse ».
La nuit de mardi à mercredi a connu des scènes de violence dans plusieurs villes. Les manifestations marquaient en parallèle le troisième anniversaire d’un autre mouvement, celui de 2019 déclenché par la hausse des prix du carburant, lui aussi réprimé dans le sang.
« On se battra ! On mourra ! On récupérera l’Iran ! », criaient des dizaines de manifestants autour d’un feu dans la nuit à Téhéran, selon une vidéo diffusée par le média en ligne 1500tasvir.
Dans une vidéo vérifiée par l’AFP, des membres des forces de l’ordre semblent tirer depuis un quai de métro sur des personnes sur le quai d’en face, provoquant des cris et des chutes.
Mercredi, également, neuf personnes, dont une femme et deux adolescents, ainsi que deux paramilitaires, ont été tuées dans la province du Khouzistan (sud-ouest). « Des éléments terroristes armés » à bord de deux motos ont ouvert le feu dans un marché où étaient rassemblés des manifestants et des forces de l’ordre, faisant cinq morts et dix blessés, avait annoncé plus tôt un responsable cité par l’agence officielle Irna.
Les condamnations à mort s’accumulent, la répression continue
Selon les chiffres fournis par la justice iranienne, plus de 2 000 personnes ont été inculpées, dont la moitié à Téhéran, en près de deux mois.
Dimanche 13 novembre, un tribunal de Téhéran a prononcé une première condamnation à mort liée aux « émeutes ». Il a été jugé coupable « d’avoir incendié un bâtiment gouvernemental, de trouble à l’ordre public, de rassemblement et conspiration en vue de commettre un crime contre la sécurité nationale, et ennemi de Dieu et corruption sur Terre », indiquait le gouvernement.
Mercredi, la justice a de nouveau annoncé de nouvelles. Trois personnes, qui avaient été jugées par le tribunal révolutionnaire de Téhéran, ont été condamnées à la peine capitale. Selon les actes d’accusations, l’une a foncé sur des policiers avec sa voiture, tuant l’un d’eux, la deuxième a blessé un garde de sécurité avec une arme blanche et la troisième a tenté de bloquer la circulation et « semé la terreur ».