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Municipales 2026 : Jean-Luc Mélenchon est-il « un boulet électoral » ? L’impact des alliances à gauche fait débat... |
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La socialiste Catherine Trautmann a reconquis le fauteuil de maire de Strasbourg, dimanche 22 mars 2026, en s’alliant à une liste centriste. (Photo by Romeo BOETZLE / AFP) © AFP
Quel résultat pour les stratégies d’alliance à gauche ? Confrontés à différents cas de figure, les électeurs ont donné des éléments de réponse. « On a observé un sursaut de mobilisation contre les Insoumis », constate la politologue Chloé Morin.
Jean-Luc Mélenchon est-il le « boulet de la gauche », comme le dit le numéro 1 du Parti socialiste, Olivier Faure, pour expliquer les contre-performances des listes d’union au second tour des municipales ? Ou bien le PS est-il devenu « une machine à perdre », selon la réponse du coordinateur de la France insoumise, Manuel Bompard ? Faut-il une « rupture claire » avec LFI, comme le demande avec force l’eurodéputé Place Publique Raphaël Glucksmann ?
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La question des alliances est cruciale, au moment où les partis de gauche cherchent la bonne stratégie pour qualifier l’un des leurs au second tour de la présidentielle, l’an prochain… ce qui n’est plus arrivé depuis 2012.
« LFI a suscité un rejet »
Dimanche, les électeurs ont donné quelques indices. L’alliance avec LFI a permis au PS de conserver Nantes. Mais pas de sauver Brest, ni Clermont-Ferrand, pas plus qu’Avignon. De même pour les écologistes. Alliés à LFI, ils ont préservé Lyon et Grenoble. Tout en perdant Poitiers et Besançon. « Il y a eu suffisamment de cas où la coalition des listes de gauche a été tenue en échec pour penser que la présence de LFI sur ces listes a suscité un rejet », observe l’essayiste et politologue Chloé Morin.
Le cas de Toulouse est instructif. Séparément, insoumis et socialiste ont totalisé plus de 52 % des voix au premier tour, soit 82 500 suffrages. Au second, le report est presque total derrière l’Insoumis François Piquemal, qui recueille 79 000 suffrages. Mais dans le même temps, le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, progressait de 34 000 voix, assez pour virer en tête.
« Ce n’est pas la gauche qui échoue à s’unir, on observe plutôt un sursaut de mobilisation contre les Insoumis, reprend Chloé Morin. Le rejet de LFI est tel, que les électeurs de droite, d’extrême droite, et même du centre, se mobilisent pour faire barrage. » Politologue au CNRS, Luc Rouban partage cette analyse : « Il y a un rejet des extrêmes de la part des électeurs qui, quand ils le peuvent, préfèrent une solution modérée. »
Au second tour, le Parti socialiste est parvenu à conserver Rennes, Paris, Lille, dans une union avec les écologistes, mais contre LFI, qui avait maintenu une liste. « À Paris, le refus de l’alliance avec LFI a contribué à faire gagner Emmanuel Grégoire », qui a fait le plein au centre, souligne Chloé Morin. « De même à Strasbourg, où Catherine Trautmann a gagné en s’alliant avec une liste centriste. » Autre exemple : le maintien de la liste LFI n’a pas empêché le PS de conquérir Saint-Etienne.
Pour sa part, le parti de Jean-Luc Mélenchon a enregistré plusieurs victoires, y compris contre des listes socialistes, comme à Roubaix (Nord), La Courneuve (Seine-Saint-Denis) ou à Saint-Denis dès le premier tour. Mais la France insoumise divise. Y compris à gauche, où des voix se sont élevées pour l’accuser d’antisémitisme et de complaisance avec le groupuscule la Jeune garde.
Le « rejet » suscité par LFI risque de placer la gauche dans une impasse stratégique. « Unie, la gauche pourrait se qualifier au premier tour de la présidentielle. Mais elle ne pourrait pas remporter le second, souligne Chloé Morin, même face au RN. »