Accueil Info Info Alençon Pays de la Loire. Une région « bidon » ? Pour eux, pas vraiment !

Pays de la Loire. Une région « bidon » ? Pour eux, pas vraiment !

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photo  de gauche à droite et haut en bas : la géographe valérie jousseaume, le démographe et historien hervé le bras, le politologue arnauld leclerc, le géographe christian pihet.  ©  archives ouest-france/pays de la loire/dr 2

De gauche à droite et haut en bas : la géographe Valérie Jousseaume, le démographe et historien Hervé Le Bras, le politologue Arnauld Leclerc, le géographe Christian Pihet. © Archives Ouest-France/Pays de la Loire/DR

Quatre universitaires et chercheurs réfutent l’idée, chère aux partisans de la Loire-Atlantique en Bretagne, d’un territoire ligérien artificiel. Eux parlent de « consistance », de « cohérence économique ».

Faut-il une histoire commune multiséculaire – ou réputée telle – comme celle de la Bretagne pour « faire région » ? Ne peut-il y avoir d’identité régionale qu’historique, et non géographique ou économique ? Nous l’avons demandé à quatre universitaires et chercheurs en sciences sociales : le démographe et historien Hervé Le Bras (1), le politologue nantais Arnauld Leclerc, les géographes Valérie Jousseaume, de l’université de Nantes et Christian Pihet, de l’université d’Angers.

Lire aussi : La Bretagne à cinq départements : le débat relancé

photo le débat sur la réunification de la bretagne historique, vu ici par notre dessinateur, est rouvert.  ©  chaunu

Le débat sur la réunification de la Bretagne historique, vu ici par notre dessinateur, est rouvert. Chaunu

Un territoire artificiel ?

Ces questions sont en effet au cœur du débat qui revient en force à la veille des régionales de juin 2021, sur la revendication d’un rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne. Parmi les arguments des partisans de ce redécoupage : les Pays de la Loire demeureraient un territoire artificiel, voire « bidon », dépourvu d’identité. Ce que nos experts contestent.

« Une consistance, un contenu »

Arnauld Leclerc invoque tout d’abord l’action du temps : « Depuis leur création, les Pays de la Loire ont gagné progressivement une consistance que souvent, on ne soupçonne pas. J’ai tendance à penser que la région a pris forme, elle a un contenu, avance le politologue. Quand on crée une entité administrative, comme cela a été le cas en Pays de la Loire, il se crée des choses sur la durée. Et croire qu’il n’y a pas, aujourd’hui, d’éléments qui lient les Ligériens ensemble, c’est une erreur. Les manières de vivre, de penser, se sont progressivement rapprochées dans ces espaces qui se sont mis en relation, en communication les uns avec les autres. »

Lire aussi : Laurent Bourquin : « Cette région s’est affirmée en tant que telle sur le plan socio-économique »

La « colonne vertébrale » d’un développement économique

Exemples ? « Les déplacements de population sont très supérieurs à l’intérieur par rapport aux déplacements à l’extérieur. Le développement économique se fait clairement suivant une colonne vertébrale, en gros un axe Le Mans, Angers, Nantes, Saint-Nazaire, avec des branches qui partent en direction de Laval, La Roche-sur-Yon. » Les liens de communication, enfin, « se sont développés. Cela a généré des habitudes de travail dans de nombreux domaines, hospitalier, universitaire, entre les grands centres urbains et cette région. »

« L’identité vient en marchant »

« L’identité, ça vient en marchant, affirme en écho Christian Pihet. Ça fait 65 ans que ce découpage existe et ça fait 45 ans que la collectivité territoriale des Pays de la Loire existe. L’identité, elle se forge peu à peu, en fonction du développement du territoire. » Ce qui la constitue ? « Plusieurs éléments de réponse. Cette région comprend une partie importante du bassin hydrographique de la Loire, le fleuve et ses affluents, où s’est installée une vie économique, urbaine, etc. Et au XIXe siècle, il y avait déjà des relations très intenses entre Nantes, Angers, Tours et Orléans. Quand on a découpé ces régions dites « de programme », on s’est essentiellement soucié de la question des métropoles et du développement économique, puisqu’on était encore dans le cadre d’un État centralisé. »

« Les identités ne sont pas figées une fois pour toutes »

« L’identité vécue la plus proche n’est pas celle de la région mais celle de la commune, nuance Christian Pihet, ou du quartier dans les grandes villes. Ce n’est qu’ensuite que se superposent, au fur et à mesure de la vie professionnelle ou sociale, d’autres identités […]. Les identités ne sont pas figées une fois pour toutes. Elles se constituent au fur et à mesure. Sur la région des Pays de la Loire, on est amené à aller à Nantes pour un certain nombre de services, à Angers pour d’autres. C’est cela qui fait progressivement une identité régionale tout en sachant que l’identité locale, angevine par exemple, existe, elle est ancrée, et probablement l’identité de la Sarthe aussi, encore plus pour la Vendée. »

Hervé le Bras, lui, ne croit pas à une identité des Pays de la Loire : « C’est une division administrative. La notion d’identité n’a pas de raisons de s’appliquer à partir du moment où la région est définie par ses fonctions économiques. Le but des régions, jusqu’à une époque récente, a été de donner une identité non pas culturelle, mais économique. »

Une « hiérarchie urbaine »

Le démographe préfère parler de « cohérence ». « C’est le mot qu’avait utilisé le président Jacques Auxiette dans la préface de mon atlas [Pays de la Loire, la forme d’une région, éd. de l’Aube, 2014]. Je trouve même que les Pays de la Loire sont l’un des meilleurs modèles parmi l’ensemble des régions françaises, justement à cause de sa cohérence. Les géographes parlent de réseaux de Christaller, dans lesquels une hiérarchie urbaine se déploie dans l’espace : une ville centrale, puis des villes de second, troisième, quatrième niveau, chacune dotée de fonctions centrales d’importance décroissante. Cela s’applique vraiment bien à la région, nettement moins bien à d’autres. »

Construite à partir de polarisations économiques

Autant que de cohérence, ajoute Hervé Le Bras, « on pourrait parler d’intégration, l’une poussant à l’autre. La région est bien intégrée. Elle a été progressivement construite à partir de polarisations industrielles et économiques, en matière de robotique par exemple. Elle n’est pas la seule : Midi-Pyrénées avait misé sur l’aéronautique et le spatial, le Languedoc sur l’ingénierie génétique et l’agronomie, la Bretagne sur l’industrie alimentaire… »

VIDEO. Nantes « à la confluence de trois entités culturelles régionales », par Valérie Jousseaume, sur le travail du géographe Alain Chauvet

« Une identité sociologique »

Et si Nantes se trouvait finalement « à la confluence de trois entités culturelles régionales qui lui sont extérieures » ? C’est la thèse originale défendue par le géographe Alain Chauvet, disparu en 1997, et que rapporte dans une vidéo Valérie Jousseaume, enseignante chercheuse à l’université de Nantes. Ces régions, ce sont Rennes et la Bretagne, l’Anjou et Angers, et le Poitou autour de Poitiers. Nantes et les Pays de la Loire constitueraient ainsi une zone de frontières, de marche, « extrêmement fragmentée administrativement », mais pour autant pourvue d’une « identité sociologique que l’on peut caractériser » : une région politiquement modérée, d’enseignement catholique, de fécondité supérieure, de formation professionnelle importante, de fort dynamisme démographique, d’économie sociale et solidaire…

Nantes, trois fois capitale ?

Alain Chauvet proposait ainsi de ne faire appartenir Nantes à aucune des régions « puisqu’elle appartient en réalité aux trois », et « d’ériger Nantes et la Loire-Atlantique en capitale de la Région Grand Ouest fédérant […] Bretagne, Loire et Poitou ».

(1) Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et directeur de recherches émérite à l’Institut national des études démographiques (Ined)

 
Jean DELAVAUD.    Ouest-France  

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avatar Ppieriv
Pays de la Loire. Une region bidon ? Pour eux, pas vraiment !
Ppieriv

Tu m'étonnes ! Ils sont rémunérés pour ça. Ne pas oubliez que ce sont des fonctionnaires d'Etat. Alors l'avis des locaux... Quoi qu'il en soit, les entités qui composent les PdL ont toutes leurs talents et n'attendent qu'un redecoupage pour mieux les exprimer. Et pas de panique ! Les liens existants qui fonctionnent continueront. Le Pays Nantais avait déjà des liens forts avec le Bas-Poitou quand il était en Bretagne. Puis quand les Provinces ont disparu, les 2 départements ont continué. Sauf qu'avec le forceps PdL, on se retrouve avec une Vendée extrêmement dépendante de Nantes. Quand Angers perd de son attractivité sur Cholet au profit de Nantes. À long terme, NSN va clairement dominé tout ça pendant que 53 et 72 seront à part. Dans une région à fort tempérament et en concurrence avec Rennes, Nantes devra jouer l'équilibre. 49-53-72 ont tout à y gagner. Malheureusement, le 85 sera sans une région déjà issue d'un cerveau malade.

avatar Xavier X.
Pays de la Loire. Une région « bidon » ? Pour eux, pas vraiment !
Xavier X.

Ces gens qui vivent de l'argent public ne vont certainement pas mordre la main qui les nourrit

Bendo7222

.....forcément ...!

avatar Anonyme 20201030104422
Pays de la Loire. Une région « bidon » ? Pour eux, pas vraiment !
Anonyme 20201030104422

On a bien compris que ces universitaires sont pour le statut quo. La raison principale étant que ça fonctionne bien comme ça et qu'avec le temps la région a évidemment créée des liens, et que les départements se sont adapté. On pourrait objecter à cette analyse qui contourne le sujet et en gardant le meme "raisonnement", que si le découpage devient différent, dans 40 ans ça fonctionnera aussi bien et peut etre mieux car étant plus centrée sur les intérets économiques et administratifs de la nouvelle région. On se focalise sur la région pays de Loire-Bretagne mais les autres départements concernés désireraient peut etre aussi ce changement qui les rapprocheraient de leurs priorités. On peut aussi dire "les régions à quoi ça sert?" On peut aussi dire "a quoi sert d'interroger des universitaires spécialisés si le fruit de leur réflexion est: ça marche bien comme ça pourquoi changer".

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