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REPORTAGE. Dans les bars-tabacs d’Alençon, la difficile application du passe sanitaire... |
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Au bar-tabac La Civette, à Alençon (Orne), les clients ne rechignent pas à présenter leur passe sanitaire. © Ouest-France
Entré en vigueur lundi 9 août 2021, le passe sanitaire est désormais obligatoire dans les restaurants, cafés et bars. Mais pas dans les bureaux de tabac. Dans les établissements d’Alençon (Orne), clients et patrons ne comprennent pas cette mesure.
« J’ai rouvert ce matin. J’avoue que je suis un peu perdue », reconnaît Christine Hibou, gérante du bar-tabac La Civette, à Alençon (Orne). Et pour cause, l’obligation de présenter un passe sanitaire, en vigueur depuis le 9 août 2021, est assez ambiguë pour ces établissements.
Concrètement, il est indispensable pour consommer au bar ou en terrasse, mais pas pour acheter le journal ou du tabac. « Un client m’a demandé un paquet de cigarette, alors je ne l’ai pas contrôlé. Mais après, il a commandé un café ! Donc là , je suis obligé de vérifier son passe sanitaire, explique la patronne. C’est assez casse-pieds de devoir jouer ce rôle ».
« Un manque de bon sens »
Alain Clouet, gérant du bar-tabac Les Étals abonde en ce sens, non sans colère. « Les décideurs sont déconnectés des réalités du terrain. Même si j’ai l’avantage d’avoir le tabac et le bar séparés, il y a un vrai manque de bon sens », estime-t-il.

Le gérant du bar-tabac Les Étals, à Alençon (Orne) ne comprend pas la mesure d’application du passe sanitaire, en vigueur depuis le 9 août 2021. Ouest-France
Le patron pointe du doigt l’interdiction de s’installer en terrasse sans passe sanitaire, quand il est en même temps possible de vendre une boisson à emporter que le client peut consommer sur le trottoir d’en face. « Ce matin, j’ai dû refuser quatre personnes car elles n’avaient qu’une seule dose de vaccin. Déjà qu’avec la météo il n’y a pas grand monde, on va encore perdre plus de clients. Et cette fois, il n’y a aucune aide de l’État pour nous soutenir comme il n’y a pas d’obligation de fermeture », détaille Alain Clouet, en rappelant que les cafetiers risquent jusqu’à un an de prison et 9 000 € d’amende si le manquement à la règle est répété trois fois en 45 jours.
Les clients jouent le jeu
Du côté des clients, pas de problème en revanche à montrer patte blanche. « Ça ne me dérange absolument pas ! Au contraire, c’est même bien pour encourager la vaccination », lance David, installé à La Civette.
Pour ses voisins de table, « on l’a fait car de toute façon on est obligé si on veut profiter des terrasses ». Dans un autre bar, Monis, Kaita et Zied sirotent leurs cafés. « On a été contrôlé, la serveuse a scanné nos QR codes. Mais c’est bien, on se sent plus à l’aise. On n’a pas peur d’être contaminé. »
Ce lundi 9 août pluvieux, les terrasses n’étaient pas trop fréquentées. Mais avec le retour attendu du soleil, les clients vont certainement être au rendez-vous. « Ça va devenir vite difficile à gérer, surtout pour les grands établissements, s’inquiète le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) de l’Orne, Roger Bellier. Il va falloir que tout le monde soit compréhensif et conciliant ».