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TÉMOIGNAGE. 80e D-Day. Début octobre 1944, des Allemands cachés près d’Argentan se rendent... |
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Août 1944 à Argentan, des FFI devant la rue de l’Hôtel-de ville (à gauche, le porche de l’hôtel du Donjon). De gauche à droite : MM. Gautier, Bouilly, Jeanne, Adam, Travers et Damont © Histoire d’une ville, Argentan 39-45
De 1940 à 1945, dans son Journal de la guerre, l’érudit régionaliste Xavier Rousseau a relaté la vie quotidienne d’Argentan (Orne). En ce samedi 12 octobre 2024, voici ce qu’il s’est passé il y a quatre-vingts ans, du 8 au 12 octobre 1944.
Voici un extrait du Journal de la guerre, texte rédigé entre 1940 et 1945 par Xavier Rousseau (1886-1978), d’Argentan (Orne). Les notes entre crochets sont des ajouts de la rédaction. Voici ce qu’il s’est passé il y a tout juste quatre-vingts ans. À partir d’octobre 1944, Xavier Rousseau n’a plus consigné ses notes chaque jour. En l’occurrence notre série se terminera début novembre.
8 octobre : Deux Allemands en uniforme et en armes se sont présentés chez Jariel à Goulet et ont demandé à manger. On leur a donné de la nourriture et ils sont repartis.
10 octobre : Reprise du marché à Argentan. Nous avons un nouveau sous-préfet, ancien instituteur. [Paul Adam est professeur au collège de Flers pendant la guerre, mais également résistant dès la fin 1943. Mi-août 1944, les FFI le proposent comme maire provisoire de Flers, ce qu’accepte le délégué du gouvernement. Dès le mois suivant il est nommé sous-préfet d’Argentan, poste qu’il occupera deux ans, avant de poursuivre sa carrière préfectorale dans l’Est de la France].
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11 octobre : Cette nuit à Fleuré, trois Allemands se sont rendus. Ce sont des gens occupés à battre [les champs] qui les ont reçus et leur ont donné à manger. Depuis dix jours, ces Allemands étaient réduits à se nourrir de pommes.
12 octobre : Les FFI [Forces françaises de l’intérieur, mouvement regroupant différents groupes de résistants] sont dissous et remplacés par une commission cantonale de la Libération, dont le président à Argentan est Travert. Cette commission a émis des vœux pour l’amélioration des transports ! On voit souvent, arrêtés dans les rues d’Argentan, des camions [alliés] qui ont dû quitter leur convoi car ils sont en panne. La nuit venue, leurs occupants s’empressent de vendre leur chargement : essence, ravitaillement, habillement. On pense que certaines pannes sont volontaires. Un véritable banditisme. Toujours pas d’huile, ni café, ni baraquements, ni gaz, ni électricité, ni eau, ni trains, ni journaux locaux.
Samedi prochain, suite du Journal : Le pain blanc réapparaît.