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« Il traverse les tempêtes mais ne retient que les accalmies » : elle filme ce commerçant devenu marin-pêcheur à 50 ans... |
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Frédéric Barbary, à quai au Guilvinec (ramendage). © L’Imprévisible
À l’âge où de nombreux marins-pêcheurs envisagent la retraite, l’Alréen Frédéric Barbary, ancien commerçant, devient matelot. La réalisatrice Laëtitia Gaudin a fait un film de cette reconversion inattendue, « L’imprévisible », qui sera projeté en avant-première, jeudi 2 avril 2026, au centre culturel Maison-Blanche à Brec’h (Morbihan), où habitent Frédéric Barbary et sa femme Magalie Le Floc’h.
C’est une figure locale connue, qui passe sur la pellicule, pour un témoignage fort : Frédéric Barbary, ancien commerçant d’Auray (Morbihan), qui, à l’heure où certains envisagent la retraite, décide de devenir marin pêcheur. À 50 ans, il se forme et devient matelot. De l’extérieur, le choix peut sembler surprenant, hardi, risqué. Pas tant, quand on connaît le bonhomme : son père était capitaine de navire ; et à Auray, on le connaît aussi comme propriétaire de l’Indomptable, fier vieux gréement du port de Saint-Goustan, retapé et entretenu avec l’association Mod Kozh. La mer, il connaît donc plus qu’un peu. Frédéric fait son apprentissage sur le chalutier bigouden « An Arvoriz », soutenue par son épouse Magalie Le Floch, patronne du Bar Breton, dans le bourg de Brec’h.
Lire aussi : À Auray, un nouveau vieux gréement va rejoindre le port de Saint-Goustan !
De cette histoire un peu folle, Laëtitia Gaudin, journaliste et réalisatrice, amie du couple, a voulu faire un film. En 2023, mon amie Magalie le Floch me confie : « Fred retourne à l’école… au lycée maritime du Guilvinec pour devenir marin-pêcheur
. Fred, c’est son mari. Elle ajoute : Je suis contente pour lui.
Moi, je me dis quelle drôle d’idée, il n’a plus 20 ans quand même…
Mais quand Fred précise que son père était lui aussi marin, capitaine de navire, et qu’il a conservé de ses pérégrinations au Groenland des images Super 8, je pense film
, raconte-t-elle.
« Des blessures intimes »
La réalisatrice, originaire du Centre-Bretagne, aime, dans ses documentaires, questionner la famille, les identités et les déterminismes sociaux. Elle explique volontiers n’avoir pas de passion pour la mer, encore moins pour le ressac, seulement pour l’assiette de bulots mayonnaise
. Mais cette reconversion surprenante l’interroge et lui donne envie de creuser. Je savais que Fred avait le pied marin. Son coquillier traditionnel, « L’Indomptable », est devenu l’un des emblèmes du petit port de Saint-Goustan, à Auray. Je devinais son lien intime à la mer en voyant passer sur les réseaux sociaux des images de lui sur les spots bretons de surf. Mais je n’imaginais pas qu’il avait renoncé à faire de la mer son métier à cause de blessures intimes.
Car Frédéric Barbary a grandi à Saint-Colombier, dans le Morbihan, les pieds dans l’eau. Son père est donc marin. Plus précisément, capitaine du « Pélican », premier navire français de forage pétrolier. Il part en mer de longs mois, en revient bronzé et barbu, les valises pleines de cadeaux, qu’il partage avec sa famille. La fierté de Frédéric pour son père est immense. Mais les absences étaient douloureuses, comprend Laëtitia Gaudin. Très vite, quand je lui confie mon désir de film, Frédéric me parle des images Super 8 et des « absences de papa
.
Je comprends alors son surprenant choix de vie : longtemps, il ne s’est pas autorisé à travailler en mer, de peur de faire vivre à ses proches ce qu’il avait lui-même vécu enfant. Mais l’appel du large est plus fort.
« Il est enfin là où il doit être »
La rénovation de « L’Indomptable », transformé en bateau-école, est une première étape. Il faudra le soutien de son épouse, ancienne hôtesse de l’air, pour le décider à changer définitivement de vie. Aujourd’hui, Frédéric ne nie pas la dureté du métier. Mais il fait avec. Et même : il aime mettre son corps à l’épreuve de la mer. Frédéric est un grand contemplatif, raconte Laëtitia Gaudin. Les récits des expéditions de son père ont nourri son imaginaire. Avec son équipage, il traverse les tempêtes mais ne retient que les accalmies et les “moments de grâce”, parce qu’à 54 ans aujourd’hui, il est enfin là où il doit être.
« L’imprévisible », est projeté en avant-première jeudi 2 avril, à 19 h 30 au centre culturel Maison Blanche à Brec’h. Suivra un échange avec Frédéric Barbary. Gratuit, ouvert à tous. Le documentaire co-produit par Morgane Production et France TV, sera ensuite diffusé le dimanche 5 avril 2026, à 12 h, sur France 3 Bretagne.