|
« Il faut revoir tout le système ! » : le ski alpin est-il devenu trop dangereux ?... |
1
La skieuse française Camille Cerutti avait lourdement chuté lors de la descente des JO 2022 de Pékin, le 15 février 2022. © TOM PENNINGTON / Getty Images via AFP
Ces derniers mois, la Française Margot Simond, ainsi que les Italiens Matilde Lorenzi et Matteo Franzoso ont perdu la vie à l’entraînement. Des drames qui ont relancé le débat sur la dangerosité du ski alpin. Pourquoi cette répétition de chutes graves ? Quelles solutions ? Éléments de réponse.
Ce sont des drames qui ont secoué le monde du ski alpin, et relancé le débat sur la dangerosité de ce sport. Ces derniers mois, la Française Margot Simond, ainsi que les Italiens Matilde Lorenzi et Matteo Franzoso ont perdu la vie à l’entraînement. C’est aussi avant une course que Cyprien Sarrazin avait très lourdement chuté, il y a plus d’un an, à Bormio. Le skieur tricolore l’assure : il est miraculé
.
Ça remet beaucoup de choses en question sur les risques qu’on prend dans notre discipline, reconnaît Blaise Giezendanner , gravement blessé au genou l’année dernière. Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Notre sport ne part-il pas dans la mauvaise direction ? Ce sont des cas isolés mais dernièrement, il y en a eu beaucoup trop.
Adrien Théaux, privé des derniers JO après une grave chute, abonde. On fait un sport à risques, on l’accepte. De là à ce qu’il y ait des décès… Ça ne devrait pas arriver
, ajoute le skieur expérimenté, meurtri comme Giezendanner par le décès d’un ami et coéquipier, David Poisson, au Canada en 2017. Ce ne sont pas des moments simples, mais si j’avais senti le besoin de freiner, j’aurais arrêté depuis un moment…
« Il faut prendre des risques, on n’a pas le choix »
Comment expliquer ces tragédies répétées ? Par la vitesse, d’abord, avec une course au centième qui pousse à prendre de gros risques. Les chutes sont plus lourdes parce qu’on va de plus en plus vite. Pas en vitesse en pointe, mais plutôt en courbe. Des records sont battus alors qu’on fait plus de mètres sur la piste qu’auparavant. Les tracés tournent de plus en plus, ce qui, normalement, est censé nous ralentir
, juge Théaux. Si on veut être champion, il faut prendre des risques, on n’a pas le choix
, enchaîne Giezendanner.
L’évolution du matériel n’est pas étrangère à cette vitesse croissante. Les skis, les chaussures et même les combinaisons sont fabriqués pour optimiser la performance. Les pistes, parfois à l’ombre comme à Bormio ou Courchevel, sont également souvent dénoncées face à cette multiplication de terribles chutes. Leur préparation a changé ces dernières années : elles sont plus dures et glacées. De véritables toboggans encombrés, en plus, par des mouvements de terrain qui gênent la vision.
C’est à la FIS (Fédération internationale de ski) de prendre ses responsabilités, pense Giezendanner. Quand on dit lui dit que les pistes ne sont pas préparées de la bonne manière, elle accuse les organisateurs. Avant, elle venait avec une équipe en amont du circuit Coupe du monde, qui préparait toutes les pistes une semaine avant. Aujourd’hui, ça ne se fait plus parce que c’est trop compliqué logistiquement et que ça coûte trop d’argent. Donc on laisse aux organisateurs la responsabilité de préparer leur course.
Le skieur français regrette des pistes préparées pour le spectacle, comme à Wengen ces derniers jours. Ils veulent nous voir déraper et être dans la difficulté
, déplore-t-il. Pour Théaux, le problème se situe plutôt sur les sites d’entraînement : les Fédérations ont peu de moyens, les stations de ski pareil
.
Le sujet de la sécurité se fait de plus en plus prégnant, à mesure que les drames et prises de parole s’accumulent. On est de la chair à canon, a récemment lâché Sarrazin. Et on n’a pas envie d’être le prochain qui fera avancer les choses.
Théaux propose de s’inspirer de la F1. Après chaque accident malheureux, ils ont réussi à mettre en place des choses qui ont sauvé des vies. Nous, on ne fait pas grand-chose. Ça demande beaucoup de moyens, de l’envie aussi
, note-t-il.
Pour tenter de renforcer la sécurité, la Fédération internationale a rendu obligatoires les sous-vêtements anti-coupures et les airbags en descente et super-G, et interdit les protège-tibias rigides sous les chaussures. C’est de la politique, tout simplement
, tranche Giezendanner.
Lire aussi : Calendrier JO 2026. Le programme complet des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina
La FIS envisage aussi de tester les smart bindings
, des fixations qui se détacheraient en cas de danger, et de rendre les casques plus résistants. « La dernière norme de réglementation des casques date de 2013, rappelle Giezendanner. C’est à la FIS de secouer le cocotier. Il faut revoir tout le système, que les périodes d’entraînement, surtout en vitesse, soient contrôlées. Le risque zéro n’existera jamais, mais il faut qu’on s’en approche le plus possible. Ça coûte de l’argent, bien sûr, mais il faut se poser les bonnes questions si on ne veut pas que notre sport meure à petit feu… »
La Fédération italienne avait suggéré, après la mort du skieur Matteo Franzoso, de limiter le nombre de pistes d’entraînement afin que celles choisies soient sécurisées par la FIS. Dans un entretien accordé à La Gazzetta dello Sport , l’ancien descendeur Kristian Ghedina avait, de son côté, proposé d’agrandir les zones de dégagement et de développer de nouveaux filets de sécurité.