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Dans le cyclisme, et si les poches quittaient enfin le dos des maillots des coureurs ?... |
Vieille de plus d’un demi-siècle, la disposition des poches dans le dos des maillots des cyclistes pourrait bien vivre ses derniers jours. À l’heure du gravel et de l’ultra-endurance, des équipementiers repensent la manière dont les coureurs emportent leur ravitaillement et leur matériel pour plus de praticité, confort et sécurité. Explications.
Dans le cyclisme, certaines traditions semblent immuables. Le maillot moulant, le casque profilé… et ces trois fameuses poches alignées dans le bas du dos du maillot. Pourtant, ce détail vestimentaire, adopté depuis des décennies par le peloton, pourrait évoluer.
Les poches ont migré de la poitrine au dos
Historiquement, le maillot de cycliste n’a pas toujours ressemblé à ça. Au début du XXe siècle, lorsque les pionniers sillonnaient les routes poussiéreuses des premières grandes courses, les poches n’étaient pas placées dans le dos mais sur la poitrine. À l’époque, les coureurs devaient tout transporter eux-mêmes : nourriture, outils, parfois même des pièces de rechange. Le cyclisme était une épreuve d’autonomie totale avant que n’apparaisse la réglementation sur les zones de ravito.
[picture #2]Depuis, la discipline s’est transformée. Les cigarettes ont évidemment disparu du peloton, les boissons énergétiques ont remplacé les breuvages improvisés et les voitures d’assistance accompagnent les coureurs professionnels. Résultat : la fonction de transport du maillot a évolué au fil du temps.
Mais aujourd’hui encore, les cyclistes continuent de glisser barres énergétiques, gels, fruits, boissons dans ces poches arrière devenues emblématiques.
La position dorsale des poches est même devenue un standard dans l’industrie textile. La raison ? Elle influence directement la stabilité du cycliste. Leur placement dans le dos visait jusqu’à présent à maintenir la charge près du centre de gravité et préserver son équilibre et la stabilité du vélo. « Le vêtement cycliste est un système fonctionnel. Chaque élément (position des poches, compression du tissu, maintien…) influence la stabilité du coureur sur le vélo », confirme Raymond Vanstraelen, ancien coureur belge, sur le site internet de la marque Bioracer, spécialisée dans la biomécanique des vêtements de sports et de performance, qu’il a fondée.
Dans les faits, les concepteurs de maillots avancent, pour la plupart, qu’en plus ces poches offrent un bon compromis entre efficacité, accessibilité, aérodynamisme et simplicité. Dans un sport professionnel dans lequel aucun détail n’est à négliger pour gagner en vitesse et performer, c’est essentiel. Elles restent, en plus, pratiques pour transporter l’essentiel sans sac à dos, ni sacoche…
[picture #3]Coup marketing ou vraie révolution vestimentaire ?
Mais cette « architecture » vestimentaire est de plus en plus questionnée. La raison ? L’essor du gravel et des courses d’ultra-distance bouleversent les habitudes cyclistes. Dans ces épreuves souvent disputées en autonomie, les athlètes doivent emporter bien davantage qu’une simple collation : eau, nourriture, outils, téléphone ou vêtements supplémentaires. Trois poches dans le dos ne leur suffisent donc plus.
Les marques de textile sportif commencent donc à repenser le concept. Certaines proposent désormais des poches supplémentaires sur les cuisses, des rangements intégrés ou encore des combinaisons complètes pensées comme de véritables systèmes de transport. L’objectif n’est plus seulement le confort ou l’aérodynamisme, mais la capacité à emporter l’essentiel sans compromettre la performance.
Certains équipementiers vont même jusqu’à affirmer que déplacer ou multiplier les espaces de rangement pourrait même améliorer la sécurité et l’équilibre du coureur. Répartir le poids différemment sur le corps limiterait les mouvements parasites et faciliterait l’accès à la nourriture en course. Coup marketing ou véritable innovation ?
Quoi qu’il en soit, l’ironie de l’histoire c’est qu’en voulant se moderniser dans ce domaine, le cyclisme pourrait finalement, simplement renouer avec ses racines. Comme souvent dans ce sport où la tradition pèse lourd, l’avenir ressemble parfois à un rétropédalage plus qu’à une vraie révolution au sein du peloton…