|
Écouché-les-Vallées - À la force des mollets de l’Orne jusqu’en Hongrie... |
7
Philippe La Torre (à gauche) et Laurent Claude, devant les chutes du Rhin, à Neuhausen, à la frontière suisse. © DR
Avec leurs vélos à assistance électrique, Laurent Claude et Philippe La Torre ont pédalé pendant vingt-trois jours depuis Écouché (Orne) jusqu’à Budapest entre septembre et octobre 2021. Une façon de montrer que même à l’heure de la retraite, on peut rester en selle.
Dans leurs barbes davantage sel que poivre, Laurent Claude et Philippe La Torre affichent un petit sourire de satisfaction. La semaine dernière, les deux amis de 64 ans sont revenus d’un périple de 2 454 km qui les a amenés depuis Écouché, dans l’Orne, jusqu’à la capitale de la Hongrie. Une virée de vingt-trois jours sur les voies cyclables de l’EuroVélo 6, cette véloroute qui longe le cours des grands fleuves que sont la Loire, le Rhin et le Danube.

En passant près de la ville de Melk, en Autriche. DR
« Avoir des objectifs à tout âge »
« Soyons clairs, on n’est pas des héros, hein ! annonce le duo dans un clin d’œil. On avait simplement envie de démontrer qu’à 64 ans la vie n’est pas terminée, qu’on peut avoir des objectifs à tout âge. À condition de ne pas rester dans son canapé une fois à la retraite… »

Un des nombreux ouvrages hydrauliques rencontrés par les deux Ornais lors de leur périple le long des fleuves. DR
« Je me suis dit qu’il était malade ! »
À la retraite, c’est justement un vélo à assistance électrique que les ex-clients de Laurent Claude lui ont offert en 2020. « Mon but initial était de gravir ainsi les cols mythiques du Tour de France », raconte l’ancien responsable commercial. Mais aux dénivelés alpins et pyrénéens, son alter ego argentanais Philippe La Torre préfère, lui, les reliefs moins accidentés. Alors l’ancien chargé d’affaires dans les travaux publics lui a proposé, en septembre 2020, de pédaler sur la Vélo Francette jusqu’à La Rochelle. « Jusqu’alors on faisait des sorties de trente bornes à vélo traditionnel, alors je me suis dit qu’il était un peu malade », rigole Laurent.

En Suisse, en Allemagne ou en Hongrie (photo) la culture du vélo est davantage présente qu’en France. DR
Lessivés par la pluie bretonne
Lancés dans l’aventure, les deux amis se sont si bien piqués au jeu qu’une fois en Charente-Maritime ils ont remonté jusqu’à Pornic en Loire-Atlantique, où leurs épouses les ont récupérés après 970 bornes de balade en onze jours. En juin 2021, le duo est reparti pour un tour de Bretagne mais a stoppé, lessivé, au bout de douze jours « dont dix sous la pluie ».

En Allemagne, un aménagement routier permettant aux cyclistes de traverser une rivière, en roulant sous la chaussée principale du pont. DR
Sans préparation particulière
En septembre 2021, leur troisième périple a donc emmené les deux sexagénaires « sans préparation particulière » jusqu’à Budapest. Depuis Écouché, ils ont rejoint les bords de la Loire puis de la Saône-et-Loire, du Doubs et donc du Rhin, en Suisse. Le plus compliqué a été de rejoindre le Danube « car le sud de la Forêt-Noire est bien vallonné ». À raison de 110 km par jour, ils ont cheminé à travers six pays dont l’Autriche et la Slovaquie jusqu’en Hongrie, rechargeant vélos et coursiers dans des campings ou des hôtels. Aux 23 kg de leurs vélos, les deux Ornais ont chacun emporté 30 kg sur leurs porte-bagages. L’assistance électrique a joué son rôle : « en mode éco, on a pédalé comme si c’était un vélo normal », indique Philippe.

Sur la navette pour traverser le Danube. DR
En France, absence de culture vélo
Le périple leur a fait prendre conscience que « la France n’a vraiment pas de culture vélo ». À Vienne en Autriche, les deux Ornais ont croisé « toute une classe d’enfants de 7-8 ans e n train de pédaler. En Allemagne, en Suisse et en Autriche, il y a des pistes cyclables séparées un peu partout, même le long des autoroutes ! Et les vélos ont aussi toute leur place dans les trains ».

Une vue de Budapest, capitale de la Hongrie. DR
Même constat pour le développement des énergies renouvelables : dans ces trois pays, « les éoliennes sont partout, mais surtout le long des autoroutes ou des lignes de chemin de fer, où ça gêne moins de monde ».
Les deux compères récupèrent maintenant de leur voyage, en espérant que « cela donne envie à d’autres d’aller au bout de leurs rêves ».