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Entraîneur passionné, parcours cabossé, voix d’un football populaire… Les 1001 vies de Rolland Courbis... |
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Rolland Courbis a connu 18 clubs dans sa carrière. © Archive Anne-Christine Poujoulat / AFP
Entraîneur marquant, figure historique du football français, consultant à la capacité oratrice inimitable, Rolland Courbis (72 ans) est décédé ce lundi 12 janvier 2026. Personnage parfois excessif, mais sincère, il a incarné une certaine idée du football, notamment à Marseille et Toulon, faite de passion, d’art du récit et de renaissances.
Il parlait comme il vivait le football : avec excès, chaleur et une franchise parfois déroutante. Rolland Courbis (72 ans) s’est éteint, ce lundi 12 janvier 2026, laissant derrière lui bien plus qu’un palmarès d’entraîneur. Il disparaît comme l’un des derniers personnages populaires d’un football français où la voix comptait presque autant que les résultats.
Courbis, c’était d’abord un verbe. Un discours reconnaissable, des formules imagées, un art du récit qui transformait la moindre analyse tactique en grande histoire captivante à suivre. « Je retiendrais ces émissions de radio où il enflammait le plateau. Il savait expliquer des choses du football que d’autres n’arrivaient pas. Et surtout, il le faisait d’une manière très fleurie et méridionale », raconte Franck Passi, un ancien partenaire de travail, mais surtout un grand ami. À la radio, à la télévision, il ne trichait pas. Il disait ce qu’il pensait. Il était parfois dans l’excès, la provocation. Mais ses « défauts » étaient assumés, presque revendiqués. Ils faisaient partie du personnage, d’une sincérité aujourd’hui parfois oubliée.
Une attache marseillaise, un statut à Toulon
Avec cette sincérité, il a accroché du monde. Elle lui a valu des fidélités fortes, mais aussi des chutes brutales dans une carrière qui n’a jamais été linéaire. Entraîneur respecté, il a été mis à l’écart après ses ennuis judiciaires, notamment soupçonné de transferts illicites à l’OM. Il aurait alors pu disparaître du paysage. Mais il a choisi de revenir autrement. Consultant populaire, pédagogue, il a reconstruit son image sans jamais renier son passé, toujours avec cette gouaille qui le faisait exceller.
Dans ce parcours cabossé, Marseille, sa ville naissance en 1953, a toujours servi de fil rouge. Malgré de courts passages comme joueur (1971-1972) puis entraîneur (1997-1999) de l’OM, mais trois titres de champion de France, Courbis était indissociable de la ville et de son club. Marseille lui ressemblait… Ou il ressemblait à Marseille : passionné, excessif, populaire. Il en parlait comme d’une évidence, la cité phocéenne était dans son cœur. Rolland Courbis incarnait une certaine idée marseillaise du jeu et du rapport au public : direct, charnel, sans filtre.
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Mais une autre ville, à quelques kilomètres de là, a aussi compté dans sa vie : Toulon. Sur le banc du Sporting (1986-1990), il a maintenu le club pendant plusieurs saisons à haut niveau, sans grands moyens. Encore novice dans l’exercice, avec cette première expérience, il a fait naître et exprimé à l’unisson son football instinctif et son management humain. Non sans quelques déboires, judiciaires encore, avec l’affaire de la « caisse noire ».
La combinaison était alors trouvée, il a tenté de la répéter à Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lens, Montpellier, Rennes… Dans 18 clubs au total, avec plus ou moins de réussite.
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Ce 12 janvier 2026, Rolland Courbis emporte avec lui un entraîneur-personnage d’une époque du football français qui s’éloigne. « On a perdu un génie du foot, un artiste », d’après son ancien joueur au Téfécé, Vincent Candela. L’image d’un homme imparfait, excessif parfois, mais toujours profondément humain.