Accueil Sport ENTRETIEN. « Va-t-on laisser le Trumpisme s’installer dans nos campagnes ? » : l’alerte de l’écrivain Pierre-Louis Basse

ENTRETIEN. « Va-t-on laisser le Trumpisme s’installer dans nos campagnes ? » : l’alerte de l’écrivain Pierre-Louis Basse

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photo  pierre-louis basse, journaliste et écrivain.  ©  dr 2

Pierre-Louis Basse, journaliste et écrivain. © DR

L’ex-journaliste d’Europe 1 et conseiller de François Hollande à l’Élysée, vit à Bernay, dans l’Eure depuis 2017. Dans son nouveau roman, Ma nuit en plein jour, il crie son inquiétude face à la précarisation sociale et culturelle, qui aboutit à l’implantation progressive des idées d’extrême droite dans nos régions. Il est encore temps de réagir, estime-t-il, mais il y a urgence.

Pierre-Louis Basse, journaliste, grande voix du sport sur Europe 1, et ancien conseiller « Grands événements » de François Hollande, de septembre 2014 à février 2017, publie Ma nuit en plein jour, vendredi 16 janvier 2026. L’écrivain s’est enfermé durant plusieurs semaines dans l’abbatiale Notre-Dame de Bernay (Eure) pour y observer Les Extases, ces huit peintures grand format représentant des femmes amoureuses du Christ devenues saintes, œuvres d’Ernest Pignon-Ernest. Une exposition dont il est à l’initiative et un moment hors du temps qui lui permet d’égrener les souvenirs de sa vie, ses interrogations face à la beauté mais aussi ses inquiétudes quant à l’avenir de sa région, la Normandie, où l’extrême droite gagne de plus en plus de terrain.

photo pierre-louis basse, journaliste et écrivain.  ©  dr

Pierre-Louis Basse, journaliste et écrivain. DR

« J’aime Bernay pour sa beauté, mais celle-ci ne suffit plus »

Ce livre sur la mémoire aurait-il existé sans Les Extases ?

Cette exposition a constitué un beau prétexte à une histoire que je voulais raconter. Sur le rêve, la mémoire et ce bras de fer entre la beauté et la défiguration du monde. Ce livre était en moi depuis longtemps. Comme disait Christian Authier, « il y a les écrivains assis et ceux qui marchent ». Je suis de ceux qui marchent, comme on a pu le voir avec « Ma Ligne 13 », « Ça va mal finir » et « Le Flâneur de l’Élysée ». À Bernay, où je vis, des choses évidentes se mettaient en place à mes yeux.

C’est-à-dire ?

J’aime Bernay pour sa beauté, mais celle-ci ne suffit plus car mon village est défiguré par la précarisation, sociale et culturelle. Les ruraux s’ennuient et sont confrontés à des informations toujours plus violentes qui créent des fractures entre eux. J’ai toujours voulu travailler sur les frontières invisibles et, aujourd’hui, elles ne sont plus seulement sociables. Une grande partie de la population rêve de ressembler à ce que l’on nous impose sur les réseaux sociaux et à la télévision : c’est une catastrophe que les politiques n’ont pas prise en compte. Quand j’ai quitté Europe 1, le 30 juin 2011, j’avais dénoncé cette prise du pouvoir par l’image et la société du spectacle. Je ne me suis pas trompé. Quand on voit Cnews, aujourd’hui, c’est encore pire. « Le ciel est vide », comme dirait Benjamin Biolay, et comme la nature a horreur du vide, la violence, le spectacle débile et les attaques contre la culture viennent le remplir. Je ne veux pas laisser Bernay, commune dans laquelle je vis depuis 2017, à ceux qui en sont sur le seuil et veulent s’en emparer.

« Lorsque l’on fait remonter la pente philosophique aux gens, ça marche »

Votre analyse ne se limite pas à Bernay. Vous évoquez l’ensemble de l’Eure, qui compte quatre députés RN sur cinq.

L’Eure, et bien au-delà. Il faut avoir lu Giuliano da Empoli, auteur des « Ingénieurs du chaos », pour se rendre compte que l’Eure, c’est aussi cette Amérique d’aujourd’hui qui dégouline sur nous. Sommes-nous assez courageux pour nous rassembler et refuser ça, ou va-t-on laisser le Trumpisme s’installer dans nos campagnes ? La voilà la question. Voilà pourquoi j’ai rédigé ce roman. Il y avait urgence, pour moi, à publier cet ouvrage, qui parle de l’effacement du réel autant que de la beauté.

Il est encore temps de réagir, face à ce que vous appelez le « fascisme provincial », citant Federico Fellini ?

Bien sûr. Comme le disait Louis Aragon, « rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force, ni sa faiblesse ». Encore faut-il se rassembler, avoir le courage de cette dignité. La messe n’est pas dite, mais il y a urgence. Près de 15 000 personnes sont venues voir Les Extases à Bernay. Il n’y avait pas plus grand bonheur que lorsqu’un agriculteur du Neubourg (Eure) est venu nous remercier, Ernest Pignon-Ernest et moi, pour avoir organisé cette exposition. Lorsque l’on fait remonter la pente philosophique aux gens, ça marche. Mais nous faisons l’inverse, d’où mon inquiétude.

photo l’écrivain pierre-louis basse (à gauche) et l’artiste ernest pignon-ernest, qui ont également publié ensemble « la ruée vers l’or », ouvrage mêlant portraits d’athlètes olympiques et dessins, durant l’été 2024.  ©  en exergue

L’écrivain Pierre-Louis Basse (à gauche) et l’artiste Ernest Pignon-Ernest, qui ont également publié ensemble « La Ruée vers l’Or », ouvrage mêlant portraits d’athlètes olympiques et dessins, durant l’été 2024. En Exergue

« Ce qui m’attriste, ce sont les mensonges qui se baladent et créent un sentiment de haine »

Dans votre livre, vous égratignez notamment Kévin Mauvieux, député RN de la circonscription de Bernay/Pont-Audemer.

Je n’ai rien de particulier contre lui. Il fait simplement partie de ces hommes politiques qui font de cette vocation, une profession. Qui font et votent l’inverse de ce qu’ils prétendent défendre auprès de leurs électeurs. Ce sont des pièges à gogo. On voit d’ailleurs que les masques tombent, actuellement, avec le procès de madame Le Pen, sur fond de corruption. Ce qui m’attriste vraiment, ce sont les mensonges qui se baladent et créent un sentiment de haine.

Vous présentez ce livre comme le dernier ouvrage de votre vie. Vous quittez la scène alors que le RN n’a jamais été aussi proche du pouvoir…

J’ai l’impression d’avoir bouclé la boucle. Paradoxalement, moi, qui doute beaucoup, pour la première fois de mon existence, je suis fier de mon parcours. Ce livre, j’en suis fier. J’ai écrit des choses jamais dites, j’ai eu des bonheurs, comme l’adaptation de mon livre sur Guy Môquet en film. À 68 ans aujourd’hui, j’ai envie de profiter de ma famille, de mon petit-fils qui a 7 ans, mais je voulais d’abord écrire ce roman. C’était indispensable. Peut-être car je suis un flâneur et, comme le dit Paul Auster, « c’est celui qui voit le réel car il est à côté ». J’ai la chance, comme écrivain, de pouvoir observer quand d’autres n’ont pas le temps. C’est ça, mon travail.

« J’aimerais pouvoir partir avec autant de sérénité que mon père »

Vous racontez une anecdote : le jour où vous avez tenu la main de Nicolas Sarkozy, lors d’une cérémonie.

Une anecdote mignonne (rires) ! Je n’éprouve pas de haine. Je peux être impétueux mais l’humanité compte plus qu’autre chose, pour moi. Quand on prend la main d’un homme, en l’occurrence Sarkozy, c’est rigolo, mais ça n’enlève rien à ce qu’il a fait politiquement, notamment avec Patrick Buisson. Lui aussi m’a tenu la main, et en partant, nous nous sommes souri. Sarkozy me connaissait parfaitement, et c’est une anecdote que j’aime bien.

Pensez-vous à cette phrase que votre père a dit, sur ses derniers jours : « J’aurais aimé avoir un peu plus de rab » ?

Chaque jour. Car je suis arrivé à un âge où nous croisons nos parents. Mon père, Yves, fut un vrai modèle. J’aimerais pouvoir partir avec autant de sérénité que lui. C’est pour cela que le livre se termine par l’une de ses lettres, un poème de vie exceptionnel. J’arrive à mes 70 ans, quand on croise ceux qui ne sont plus là, et je pense chaque jour au fait de vieillir. Ce n’est pas facile, et peut-être, en définitive, est-ce le plus gros combat que l’on ait à mener. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans, et plus on avance en âge, plus le sablier rétrécit, plus on veut rester.

Ce livre a-t-il une valeur testamentaire ?

Peut-être. Pour la jeunesse actuelle, c’est la démonstration que rien n’est jamais acquis, ni perdu d’avance, et que l’on peut vivre sa vie comme dans un rêve. J’ai eu cette chance de faire ce que j’aime avec ceux que j’aime. J’ai vécu des moments plus ou moins forts, de gros chagrins aussi, mais comme dans un rêve. J’ai été bien servi.

Ma nuit en plein jour, de Pierre-Louis Basse (éditions En exergues). 192 pages, 21 €.

 
Pierre MACHADO.    Ouest-France  

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