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JO. Pourquoi les tenues des sportives font-elles autant parler ?... |
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Pauline Schaefer-Betz et les gymnastes allemandes se sont présentées sur le praticable en combinaison, et non en justaucorps, la tenue traditionnelle, lors du concours par équipe des Jeux olympiques de Tokyo, dimanche 25 juillet. © EPA/MAXPPP
Lors des Jeux olympiques de Tokyo, les Allemandes ont opté pour une combinaison au lieu d’un justaucorps échancré sur l’épreuve de gymnastique artistique. Un choix de tenue qui a fait parler. Ce n’est pas un fait nouveau, les tenues des sportives ayant, historiquement, toujours fait l’objet de discussions.
Les gymnastes allemandes se sont présentées sur le praticable en combinaison, et non en justaucorps, la tenue traditionnelle, lors du concours par équipe des Jeux olympiques de Tokyo, dimanche 25 juillet. Une revendication – ni la première ni la dernière – qui a fait couler beaucoup d’encre.
Pourquoi, en 2021, les tenues des sportives font-elles autant parler ? « Si on remet cette question dans un contexte un peu plus large, le sujet des tenues, dans le sport féminin, a toujours existé », rappelle Sandy Montañola, maîtresse de conférences à l’Université Rennes-1 et spécialisée dans les questions de sport, de genre et de médias.
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« Cette controverse sur les tenues des sportives a toujours existé »
Et de prendre un exemple : « En bicyclette à l’époque (au XIXe siècle), la question s’était déjà posée. Les femmes n’avaient pas le droit d’en faire, notamment parce qu’elles auraient dû porter un pantalon, et qu’elles n’en avaient pas le droit (selon une ordonnance datée de 1800). Plusieurs femmes ont bataillé pour avoir le droit de mettre un pantalon. »
En tennis, il n’est pas question de pantalon mais de robe : « Les premières femmes à pratiquer devaient jouer dans cette tenue. Comme ce n’est pas pratique, elles ont dû lutter pour jouer avec des robes plus courtes. Puis, la grande question concernait les shorts… Cette controverse sur les tenues a toujours existé. »
« Pratiquer un sport sans mettre en avant une hyperféminité »
« Le sport a toujours été un moyen de poser des questions sur ce que les femmes pouvaient faire, ou pas, poursuit Sandy Montañola. Et ça a permis aussi de montrer le poids des normes sociales sur les modes vestimentaires. Historiquement, le sport a permis d’avoir une évolution des modes vestimentaires dans la société. »
Alors, aujourd’hui, quand elle voit les gymnastes allemandes opter pour une combinaison au lieu d’un justaucorps, la responsable du DUT Journalisme de Lannion (Côtes-d’Armor) dit ceci : « À nouveau, ce sont des personnes qui vont lutter pour pouvoir faire leur sport avec une tenue qui leur permet de ne pas forcément répondre à des normes. Que ce soit mettre une robe plus courte, ou une tenue plus longue, l’idée est la même : essayer de faire un sport sans avoir besoin de mettre en avant une hyperféminité. »
La double face des réseaux sociaux
Dans les années 1920, Suzanne Lenglen a été l’une des premières tenniswomen à jouer bras nus et chevilles apparentes. Mais elle ne disposait pas des réseaux sociaux, à l’inverse des Allemandes Pauline Schaefer-Betz, Elisabeth Seitz, Sarah Voss et Kim Bui. Peuvent-ils être un accélérateur de combat ? « Déjà , on remarque que ça évolue extrêmement lentement, peste Sandy Montañola. On est en 2021, et on en est encore à se poser la question de savoir si elles peuvent jouer si elles ne mettent pas une tenue qui soit considérée comme sexy… »

Dans les années 1920, Suzanne Lenglen a été l’une des premières joueuses de tennis à jouer bras nus et chevilles apparentes. Roland-Garros
Elle enchaîne : « Avec les réseaux sociaux, d’un côté, tu peux porter des revendications et être soutenue. C’est ce qu’il s’est passé pour la gym. D’un autre côté, c’est aussi via les réseaux sociaux que les athlètes ont besoin de se féminiser, parce qu’il y a les sponsors derrière. À partir du moment où tu seras égérie d’une marque, d’une entreprise, il y a des normes très claires. Il y a des témoignages, par exemple de footballeuses, à qui les clubs ou sponsors vont demander de poser dans des attitudes assez lascives ou dans des tenues sexy… »
« La question des tenues ne pèse pas lourd face à la question des sponsors »
Sandy Montañola, toujours : « Ainsi, il peut y avoir des avancées sur des questions d’égalité hommes-femmes, comme le nombre de femmes présentes aux JO, etc. Par contre, des éléments bougent très peu : le nombre de femmes en position de décision dans les instances, ainsi que dans les domaines économique et marketing. Donc, la question des tenues peut se poser en réunion, mais celle qui se pose ensuite, elle est financière, c’est celle des sponsors. Donc la décision sur les tenues des athlètes ne pèsera pas lourd… »
L’exemple du surf féminin, et du témoignage de la Brésilienne Silvana Lima, vient en tête. « C’est l’une des disciplines dans lesquelles plusieurs athlètes, pour vivre de ce sport, posent et utilisent beaucoup Instagram pour se mettre en valeur. Elles vont valoriser leur physique par rapport aux sponsors. Silvana Lima disait qu’elle ne répondait pas aux normes, qu’elle ne voulait pas poser en petite tenue… Et donc qu’elle ne trouvait pas de sponsors. »
Tant qu’on n’arrêtera pas de distinguer les hommes et les femmes dans les règlements…
Des exemples concrets qui poussent à s’interroger sur un réel changement positif dans la société. « Le progrès, c’est qu’on puisse parler de ce sujet. Mais on ne verra pas de changement si on n’a pas une prise de décision qui se fait au sujet de ces inégalités, sait la maîtresse de conférences. Par exemple, dans les règlements sur les vêtements, une des solutions pourrait être d’arrêter de distinguer hommes et femmes. Tant que ce ne sera pas fait, car il y a des enjeux économiques (sponsors, médias), ce sera compliqué… » Et on parlera, encore, des athlètes qui optent, ou non, pour telle ou telle tenue.
Sandy Montañola apporte un dernier éclairage : « Au-delà des enjeux économiques, on observe une réelle distinction entre les hommes et les femmes. Tant qu’on valorisera la musculature et la technicité chez les hommes et qu’on valorisera le physique des femmes et le fait d’être féminine, c’est comme si on maintenait une différence entre les deux. Comme si le sport pratiqué n’était pas le même. On a l’impression qu’il y a une crainte de décrire de la même façon les hommes et les femmes, que cela pose un problème. Le fait d’avoir des tenues différentes permet ainsi de commenter différemment un sport masculin d’un sport féminin… »