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«Le chemin de la tolérance et l’acceptation n’est pas linéaire» : Ouissem Belgacem sera au Forum Normandie pour la paix... |
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Ouissem Belgacem, ancien footballeur devenu écrivain, sera au Forum Normandie pour la paix, à Caen, en avril 2026. © Pascal Ito / Éditions Fayard
Dans « Adieu ma honte », son premier livre sorti en 2021, Ouissem Belgacem raconte son parcours d’ancien espoir du football, son homosexualité et l’homophobie qui l’a privé d’une carrière professionnelle. Depuis, il lutte pour plus de tolérance dans le sport et la société par l’écriture mais aussi par la rencontre. Vendredi 10 avril 2026, il viendra à la rencontre de lycéens à l’occasion du Forum mondial Normandie pour la paix, à Caen (Calvados).
Ancien footballeur promis à un bel avenir (il a été formé au Toulouse FC), Ouissem Belgacem a renoncé à son rêve de passer pro pour vivre sa vie au grand jour et ne plus avoir à cacher son homosexualité.
Il viendra témoigner de son combat contre l’homophobie dans le sport et la société devant des lycéens à l’occasion du Forum mondial Normandie pour la paix, à Caen (Calvados), vendredi 10 avril 2026. Il reviendra également sur son parcours de président du jury du Prix Liberté, en 2025.
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« Rencontrer les gens, j’adore ça »
En 2021, vous sortez votre premier livre « Adieu ma honte ». Deux ans plus tard, il est adapté en série documentaire. En 2024, « Yamma », votre deuxième livre est publié. Quels sont vos projets aujourd’hui ?
Je suis en train de travailler sur un troisième livre, qui sera un peu la fin d’un triptyque. Le premier livre parlait de moi, le deuxième de ma mère, le troisième évoquera un autre membre de ma famille.
Il y a aussi le projet d’adapter « Adieu ma honte » en série fictionnelle. Et je fais beaucoup de conférences en entreprises, auprès des jeunes. Être sur le terrain, rencontrer les gens, j’adore ça.
En cinq ans, votre vie a totalement changé.
Il y a cinq ans, j’avais une société, OnTrack Sport, qui visait à accompagner les sportifs dans la gestion de leur retraite. Quand mon livre sort, je perds 80 % de mes clients. Ils ne voulaient pas travailler avec un homosexuel. Ça m’a forcé à me réorienter, mais je ne regrette rien.
« En France aussi, les discours se durcissent »
Depuis votre coming out et votre premier livre, vous n’avez cessé de dénoncer l’homophobie dans le foot. Est-ce que les choses ont évolué ?
Le football, c’est mon monde, mais c’est le milieu qui m’a le moins soutenu quand j’ai fait mon coming out et que mon livre est sorti. La FFF (Fédération française de football) ne m’a jamais soutenu.
Pourtant, vous allez régulièrement à la rencontre de jeunes joueurs dans des centres de formation ?
Oui, certains clubs, eux, font appel à moi et me soutiennent. Mais tant qu’il n’y aura pas d’initiatives de la part de la Fédération, les choses n’évolueront pas vraiment.
D’autant que depuis un an ou deux et la montée des fascismes, des discours haineux dans le monde, les choses se tendent à nouveau. En France aussi, les discours se durcissent. Le chemin de l’acceptation et la tolérance n’est pas linéaire.
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Malgré tout, vous semblez garder espoir ?
J’aime échanger avec les jeunes, ça marche vraiment. Je pense que l’on peut former les gens au respect de la différence. D’un côté, ça me donne de l’énergie et, en même temps, je me demande pourquoi on ne le fait pas à grande échelle.
Si on le décidait, on pourrait vraiment faire reculer l’homophobie et toutes les discriminations à grande échelle. On a raté quelque chose.
Ancien président du jury du Prix Liberté
En 2025, vous étiez le président du jury du Prix Liberté. Que retenez-vous de cette expérience ?
Tout d’abord, j’ai eu un gros coup de cœur pour la Normandie. On m’a montré des sites gorgés d’histoire, mais j’ai surtout eu un coup de cœur pour les gens.

Ouissem Belgacem, président du Prix Liberté 2025, échangent avec deux jeunes filles, membres du jury. Archives Ouest-France
Être président du jury du Prix Liberté, ça a été une expérience exceptionnelle. J’adore travailler avec les adolescents. Les jeunes me donnent beaucoup d’espoir. Ils sont encore dans l’apprentissage, leur esprit est ouvert.
C’est un travail important puisqu’il a fallu vous mettre d’accord.
Nous avions 800 dossiers au départ, il a fallu en retenir seulement trois. C’est passionnant de voir comment, en une semaine, on a réussi à trouver un terrain d’entente. Ce n’était pas simple. Certains jeunes ont défendu certains dossiers avec tellement de cœur qu’il y a parfois eu des larmes.
C’est finalement Gisèle Pelicot qui a reçu le Prix Liberté.
Son combat et mon combat, ce sont les mêmes, ce sont des combats pour la liberté, l’égalité, la tolérance, le droit à disposer de son corps. La lutte contre toutes les discriminations est primordiale, on ne peut pas lutter contre une et se taire pour les autres.
En avril, vous revenez en Normandie à l’occasion du Forum mondial Normandie pour la paix.
Si on ne veut pas basculer dans un cynisme le plus profond, des moments comme ça, c’est vital. Chapeau à la Région Normandie de créer des espaces où on peut parler de paix, surtout en ces temps si sombres. On en a besoin plus que jamais, ce sont presque des bastions de résistance.
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Quel message avez-vous envie de passer aux jeunes que vous rencontrerez lors du Forum ?
Je veux leur dire qu’il leur incombe la responsabilité de construire un monde dans lequel on peut être soi sans peur. Je veux aussi leur dire de ne pas toujours prendre exemple sur les adultes.
Que ce n’est pas parce qu’un adulte dit quelque chose que c’est nécessairement la vérité. Que toute leur vie, on leur a appris à écouter leurs parents, leurs professeurs, leurs éducateurs mais qu’ils sont arrivés à un âge où ils peuvent apprendre à désapprendre, à se questionner, à avoir l’esprit critique. Si j’arrive à faire passer ce message, je serais heureux.