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Prix d’Amérique 2025. Idao de Tillard et Clément Duvaldestin ou l’histoire d’un énorme pari réussi... |
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Clément Duvaldestin peut laisser éclater sa joie en faisant le V de la victoire avec ses deux jambes. Idao de Tillard lui offre un deuxième succès consécutif dans le Prix d’Amérique. © Martin ROCHE / Ouest-France
Dans la foulée de Face Time Bourbon, Ready Cash ou encore Bold Eagle, Idao de Tillard a inscrit son nom pour la deuxième fois au palmarès de la plus grande course de trot attelé au monde. Il offre au passage un doublé à la famille Duvaldestin, le père et le fils, qui ont tenté un coup de poker pour conserver le titre acquis en 2024.
Dans la vie, il faut oser dépasser l’espoir, embrasser les défis. Cette maxime, les Duvaldestin l’ont faite leur.
Vainqueur du Prix d’Amérique 2024 avec Idao de Tillard, Thierry Duvaldestin, l’entraîneur, avait fait le pari de présenter son champion déferré des quatre pieds pour la première fois de sa carrière. Un vrai coup de poker. Une sorte de jeu où il y a beaucoup à gagner mais tout autant à perdre. Restait à savoir comment le cheval allait réagir dans cette situation inédite sur une piste rendue très humide par les pluies qui n’avaient cessé de s’abattre sur l’hippodrome de Paris-Vincennes depuis ces derniers jours.
Sur le papier, le principe était simple. En lui ôtant ses quatre fers, Thierry Duvaldestin a cherché à alléger son cheval, à lui rendre la course plus « légère ». « Il ne faut pas oublier que par rapport à l’an passé où il s’imposait, Idao a pris un an de plus, expliquait-on dans son entourage. La concurrence était forte. En prenant cette option, il y avait une grosse part de risque mais au final, le pari s’est avéré gagnant. »
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Rien n’a semblé troubler la marche en avant du fils de Severino, élevée par l’écurie Chaunion du côté d’Hotot-en-Auge (Calvados). Pas même l’accrochage au départ entre Go On Boy et le cheval suédois San Moteur ou encore les deux faux départs qui ont émaillé cette 104e édition.
Des hommes et un cheval
Idao de Tillard et Clément Duvaldestin ont su attendre leur heure pour surgir et aller décrocher un deuxième succès consécutif dans le Prix d’Amérique. Une performance qui classe un peu plus encore - s’il en était besoin - Idao de Tillard dans la catégorie des cracks. « J’ai vraiment un cheval exceptionnel », soufflait Clément Duvaldestin, encore sur le sulky de son cheval.
Le cheval est exceptionnel, il n’y a pas l’ombre d’un doute mais la tactique mise en place par la famille Duvaldestin n’est pas étrangère à ce succès. On pourrait dire que si, en 2024, c’est une victoire d’Idao de Tillard ; en 2025, c’est un succès de son entraîneur et de son driver. Et cela sans faire ombrage à la vaillance d’Idao de Tillard.

Une histoire de famille ce succès d’Idao de Tillard dans le Prix d’Amérique 2025 : celle de Thierry, le papa, l’entraîneur, et Clément, le fils, le driver. Martin ROCHE / Ouest-France
Le duo ornais a su patienter, faire le dos rond alors qu’une maladie infectieuse a frappé l’écurie en novembre 2024. Un travail de patience, d’audace aussi, qui a porté ses fruits. « Je suis parti un peu tôt, avouait Clément Duvaldestin, mais mon cheval est vraiment très fort. Je lui ai pourtant demandé d’accélérer dans un endroit qu’il n’affectionne pas forcément. C’est aussi pour ça qu’il est extraordinaire. D’autant plus qu’il a couru déferré, cela n’a rien changé. »
Sans ses fers mais avec un poids en bracelet de 180 grammes, Idao de Tillard a volé vers une deuxième victoire consécutive dans une course tant convoitée. Un succès avec une autre saveur pour Clément Duvaldestin. « L’an passé, je n’ai pas compris ce qu’il s’était passé, tout était allé trop vite ; là , je vais pouvoir savourer, soulignait le driver ornais, âge de 26 ans qui à cette occasion a signé sa 470e victoire. Il y a des cracks chez les drivers qui n’ont jamais remporté le Prix d’Amérique et moi, j’arrive à le gagner deux fois consécutivement. »
Just Love You : revanche sur le destin
Le plus bel hommage était sans doute celui d’Alexandre Abrivard, deuxième avec sa jument Just Love You, qui dès le poteau d’arrivée, venait féliciter Clément Duvaldestin. « C’est la plus belle deuxième place de ma carrière, je n’ai pas de regret », affirmait le Sarthois.
Là encore, c’est une belle histoire. Il y a tout juste un an, le duo rêvait de Prix d’Amérique avant qu’un accident ne vienne ruiner ses espoirs. Un an plus tard, tous deux se retrouvent sur le podium du Prix d’Amérique en essayant de tenir tête à Idao de Tillard. Alexandre Abrivard a poussé sa jument dans ses derniers retranchements sans qu’elle ne parvienne à venir chiper la victoire à Idao de Tillard, impérial dans l’effort.
Certains lèvent les doigts en faisant un « V » de la victoire ; Clément Duvaldestin a choisi une autre manière de célébrer son succès dans le Prix d’Amérique. C’est les jambes qu’il a levées en signe de victoire, en balançant son poids vers l’arrière, pour alléger un peu plus la marche en avant de son crack qui n’en demandait pas tant.
Go on Boy complétait le podium à l’arrivée. Il y avait de la déception dans les mots de Romain Derieux, son entraîneur, qui n’a pas cherché d’excuses. « C’est presque un miracle que je ne sois pas tombé. Ce sont toujours des aléas (accrochage avec San Moteur au départ, nécessitant de revoir l’enrênement de son cheval). Après, ce n’est jamais bon de laisser son cheval à l’arrêt, j’aurais préféré éviter ça. C ’est embêtant mais cela n’a rien changé à la victoire d’Idao de Tillard. Le meilleur cheval a gagné, il n’y a pas de doute là -dessus. »
Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Sur l’hippodrome du plateau de Gravelle, Idao de Tillard est dans son jardin. Au passage, il s’est même permis de courir plus vite qu’il ne l’avait fait en 2024. Avait-il besoin de cela pour entrer dans la légende ? Assurément non.