Accueil Sport RÉCIT. « Y’a plus de champagne ! » : en 2004, la folle soirée de la montée du SM Caen au FC Rouen

RÉCIT. « Y’a plus de champagne ! » : en 2004, la folle soirée de la montée du SM Caen au FC Rouen

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photo  devant le stade michel-d’ornano, un millier de supporters du sm caen était présent au soir du 12 mai 2004, pour accueillir les héros de la montée en ligue 1 un peu avant 1 heure du matin.  ©  ouest-france 1

Devant le stade Michel-d’Ornano, un millier de supporters du SM Caen était présent au soir du 12 mai 2004, pour accueillir les héros de la montée en Ligue 1 un peu avant 1 heure du matin. © Ouest-France

Si la rivalité entre certains groupes de supporters du SM Caen et du FC Rouen reste vive et fait craindre des débordements mardi 21 octobre 2025 (20 h), celle qui existait sur le terrain a disparu depuis longtemps. Le dernier duel entre les deux clubs remonte au 12 mai 2004. Ce soir-là, le Stade Malherbe avait fêté sa remontée en Ligue 1 au stade Robert-Diochon (1-2) puis à d’Ornano. Replongez dans cet après-match qui renvoie à une autre époque, avec notre article publié le 14 mai 2004.

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Il y avait eu le 12 juillet 1998, jour de gloire du football français avec la victoire en Coupe du monde. Dans leur album de joie, les Caennais ont ouvert une page au 12 mai 2004. Celle du retour en Ligue 1. Retour sur une soirée mémorable et une nuit de fête.

22 h 27. Tony Chapron, l’arbitre, siffle. Le banc caennais envahit le terrain. Deroin et Hébert, qui observent le match du bord de touche, cachés derrière un panneau, sont parmi les premiers. Ils reviennent illico. Ce n’était qu’un coup franc. Jean-François Fortin fume en même temps qu’il mâche son chewing-gum.

22 h 28. Tony Chapron resiffle. Cette fois, c’est fini. « Fini, fini, fini », crie, gueule, Deroin. Sur la pelouse les remplaçants courent vers la cage d’Élana où les titulaires sont rassemblés. Nicolas Seube et Sébastien Mazure s’étreignent, les larmes coulent. « On est arrivés ensemble au club, un peu dans les mêmes circonstances, cette montée c’est beau. » Les joueurs applaudissent le public caennais. Le tube de la soirée ? « On est en L1, on est en L1. » Le kop chante ça depuis la 75e minute. Watier est sur le dos de Clément. Il rit, il se marre : « Eh, c’est sûr, on est en L1 ? Eh ! C’est sûr ? »

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22 h 41. Les joueurs rentrent au compte-goutte dans le vestiaire. Steeve Élana est torse nu, il vole dans le corridor. Les héros se regroupent autour, sur, la table du vestiaire, tapent du pied, des poings et chantent. Une accession quoi. « On n’est pas fatigués… On ne va pas se coucher », s’égosille Gaël Suares. Des équipes de chasse se mettent en place. Le but ? Emmener un maximum de personnes sous la douche. Dumas y passe. Les kinés y passent. Le coach y passe. Pilou Mokeddel y passe. « J’ai pas d’autre costume », se défend-il, le tweed dégoulinant. « On t’avait prévenu », justifie Hengbart.

« Y’a plus de champagne »

22 h 45. « Y’a plus de champagne ! » Ce sera un des leitmotivs de la soirée. Les bouchons ont sauté. Quand il n’y a plus de bulles, il reste des bouteilles d’eau. Ronald Zubar arrose tout le monde. Moment d’hystérie collective. Patrick Remy parle peu, semble perdu dans ses pensées. Il a rajeuni de cinq ans d’un coup. Sa précédente montée avec Sedan : « Il y avait plus de la pression, car on ne jouait pas que la montée, on avait la finale de coupe de France aussi, c’était autre chose. Cette saison, ce n’était pas programmé. C’est la réussite d’un groupe. » Les cris s’estompent, les sourires restent. Sébastien Mazure tremble encore d’émotion. Mais il faut rentrer.

23 h 35. On klaxonne à Caen, les joueurs sont attendus devant le stade d’Ornano. Leur bus quitte le stade Robert-Diochon, bien après les cars de supporters. Un moment d’intimité. « On va manger et boire, parce que quand même ça creuse », promet Salah Bakour, le Rouennais d’origine, le faux frère. L’autoroute A13 est encombrée de Malherbistes. La nuit va être longue.

0 h 51. Le club-house de La Casa est ouvert, la bière coule déjà à flots. La marée des supporters file sur le boulevard quand arrive le bus des joueurs. Les fumigènes sont là. Scènes de 12 juillet 98. Une haie d’honneur ouvre la route devant la porte du vestiaire. Sébastien Mazure sort le premier. On lui touche la tête, lui tape le dos mais il se fraye un passage. Un millier de personnes est venu communier avec les acteurs de la montée. Aziz Ben Askar, malade et absent à Rouen, a quitté son lit pour venir saluer ses potes. Zoran Jovicic aussi.

1 h 10. Depuis les vestiaires, les joueurs ont rallié la Casa. Jimmy Hébert est derrière le comptoir, retrouve sa femme. C’est le patron. « La tournée, la tournée… » réclament les supporters. Ses équipiers s’installent dans la partie restaurant. « Une montée, c’est une joie unique. Ce soir j’ai une pensée pour mon frère qui nous a quittés », murmure Kor Sarr, en cherchant une place dans le fond. Au calme. Sous le maillot monégasque de Rothen, dédicacé, Franck Dumas converse avec son coach. Les deux hommes forts de la prochaine saison sont sur la même longueur d’ondes. Dumas allume un cigare, déguste : « Je ne vais pas rempiler, mais je veux vraiment remercier les joueurs pour cette saison. »

2 h 15. « Y’a plus de champagne ! »

Seube, le pro du balai

2 h 33. Pas facile de se quitter. C’est la nuit de la montée. La joie habille toutes les discussions. « On va se faire une bonne bouffe, sûrement après le match contre Nancy, remarque Gaël Suares. Là il n’y a plus grand-chose d’ouvert. Où est-ce qu’on va ? » Certains ont déjà filé au Chic, une boîte du centre-ville.

3 h 15. On a retrouvé du champagne. Les joueurs, en survêtement, sont un peu fatigués. Leur coach ne les grondera pas : « Ils vont faire ce qu’ils veulent. » Lui s’est éclipsé. Pour continuer la fête en petit comité.

4 h 20. « Pour le Chic, faut se dépêcher, ça ferme à 5 h. » La nuit est douce. Madame Hébert commence à mettre de l’ordre dans son établissement. Nicolas Seube se précipite sur un balai, le passe devant le comptoir. Tout le monde met la main à la pâte. À l’image de la saison. « Il n’y a pas de clan dans ce groupe, pas comme à une époque, témoigne Anthony Deroin. Il y a une vraie solidarité. Personne ne tire la couverture à lui. »

5 h 15. Le patron de la boîte a bien compris que ce n’était pas une nuit comme les autres. Bakour, Mazure, Suares ont pris le temps de se changer. Hengbart, Clément, Watier et Seube sont toujours en survêt. Quelques épouses de joueurs et partenaires prolongent l’instant, même quand la musique s’est tue. Les fauteuils sont moelleux. La fatigue gagne du terrain, mais il y a toujours un petit malin pour relancer le rythme : « On est en Ligue 1… on est en Ligue 1. » Ce n’est pas le mot de la fin.

6 h 10. « On fait l’after à la maison ? », propose madame Hengbart. La porte du Chic s’est ouverte. Le jour se lève sur le port de Caen. Mazure est en chemise et confesse que sa 306 décapotable n’accuse que 40 000 km au compteur. « Je ne roule pas beaucoup. » Il y a du petit-déjeuner dans l’air, l’odeur des croissants envahit le parking. Il va quand même falloir aller se coucher. « Le décrassage, c’est à 16 h, rendez-vous 15 h 45 au vestiaire, avance Gaël Suares. Demain, on va réaliser. » Demain, c’est déjà aujourd’hui. Caen est bien en Ligue 1.

Le récit du match

Lanterne rouge ou pas, Rouen n’a pas galvaudé cette notion de derby normand face au voisin caennais présentant une équipe largement remaniée. Pas moins de sept changements entre le nul concédé samedi devant Besançon. Patrick Remy voulait insuffler de la fraîcheur. Malherbe cette saison, c’est davantage un groupe qu’une équipe. Pari gagné après cette combinaison sur coup franc indirect de Rankovic, Watier logeait à ras de terre le ballon hors d’atteinte pour Boumnijel (30’). Il restait une heure de jeu, mathématiquement Caen venait d’accéder à la Ligue 1 en précipitant Rouen en National. Cruel contraste régional.

Avant ce tournant du match, Élana avait détourné des tentatives cadrées de Sitruk (15’) et Boronad (24’). Dans le même temps, Watier s’était permis de tester la concentration de Boumnijel (6’) d’un coup franc dont il a le secret. Il avait aussi fallu la vigilance de Bessaque afin d’écarter un tir de Zubar (9’).

Lire aussi : Samy Mawéné, au SM Caen en 2003-2004 : « De Rouen à Caen, c’était noir de monde »

Rouen accusait le coup, mais ne baissait pas les bras. Un centre en retrait de Koumbemba offrait un champ idéal à Sitruk qui enlevait trop sa frappe (54’). En réponse à un centre de Sarr, Eudeline déposait sa volée dans les bras de Boumnijel (59’). Comme à Amiens, Remy lançait Mazure sur le pré après l’heure de jeu. Comme en Picardie lors du précédent déplacement des Caennais, le n°9 exploitait l’offrande d’Eudeline, dans le dos de la défense, sur son premier ballon. Mazure allait crânement battre le portier rouennais venu tardivement au duel (68’). Le kop caennais poussait derrière le but d’Élana à l’entrée du dernier quart d’heure. « On est en Ligue 1, on est Ligue 1… ». C’est fait, même si Fortuné réduisait le score sur penalty (81’) et que Elana sauvait l’essentiel en captant, à bout portant, un tir de Rabuel, au bout d’un suspense intense.

FC ROUEN - SM CAEN : 1-2 (0-1).

Arbitre : M. Chapron.

BUTS. FC Rouen : Fortuné (81’sp) ; SM Caen : Watier (30’), Mazure (68’).

AVERTISSEMENTS. FC Rouen : Camara (21’), Rabuel (75’) ; SM Caen : Mawéné (43’), Bakour (74).

ROUEN : Boumnijel - Dorizon (Chadri, 82’), Chapuis, Élie, Rabuel - Domoraud, Camara, Bessaque (Rouchon, 70’), Boronad - Sitruk, Koubemba (Fortuné, 62’). Ent. : Wallemme. Non entrés en jeu : Sopalski, Llorente, Chadri.

CAEN : Élana - Hengbart, Clément, Zubar, Suares - Eudeline, Mawéné, Bakour, Rankovic (Dumas 86’) - Sarr (Grougi, 73’), Watier (Mazure, 62’). Ent. : Remy. Non entrés en jeu : Seube, Dumas, Lemaître.

 
Vincent COTÉ (article publié dans Ouest-France le 14 mai 2004).    Ouest-France  

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