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REPORTAGE. « Ce terrain, c’est mon enfance » : au city stade, le quartier de Perseigne se raconte... |
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Jalil, 19 ans : « Pour moi, le city stade, c’est mon enfance ». © Ouest-France
À Perseigne, quartier populaire d’Alençon, en ce mercredi après-midi, les terrains de sport gratuits et accessibles à tous se remplissent. On est allés à la rencontre des joueurs et habitants qui aiment leur quartier, et en parlent avec un mélange de tendresse et de pragmatisme.
Une image frappe, lorsqu’on découvre Perseigne, quartier populaire d’Alençon (Orne), pour la première fois. Celle de deux mondes qui se côtoient à quelques mètres d’intervalle. Sur la petite place qui regroupe tous les commerces, pépiant sur un petit carré d’herbe, cinq enfants hauts comme trois pommes tapent la balle. Visible à moins de cent mètres, une haute tour, au bas de laquelle deux hommes font le pied de grue, sur des chaises de camping, avec du rap en fond sonore. Le monde de la candeur et du jeu d’un côté, celui des stupéfiants de l’autre.

Des mômes jouent sur les carrés d’herbe, juste en face d’une grande tour au bas de laquelle de jeunes hommes font le pied de grue sur des chaises de fortune. Ouest-France
« T’as déjà eu une amoureuse ici, ou pas ? »
Mais on ne peut pas résumer ce quartier à cette dichotomie. C’est aussi un endroit où les rires des gosses se mêlent aux bruits de ballons, dans la tranquillité d’un mercredi après-midi. Une dizaine de joueurs, de tous les âges enchaîne les frappes au city stade en gazon synthétique.
Noé, qui habite à côté, est venu avec un copain. « Ça permet de s’amuser ! » lance le gamin de 11 ans. Un autre môme du même âge intervient. Noé le taquine : « T’as déjà eu une amoureuse ici ou pas ? » L’autre le poursuit, en rigolant, à grand renfort de noms d’oiseau, et finit par mimer un coup de pied dans le vide. Ça se taquine et ça se charrie.

Les terrains de sport du quartier sont accessibles à tous. Martin ROCHE / Ouest-France
« Ce terrain, c’est mon enfance »
Jalil, 19 ans, est de Perseigne. Le city stade, c’est sa madeleine de Proust. « Ce terrain, c’est mon enfance. J’ai grandi ici. Avant, il y avait beaucoup de monde. La jeunesse était différente. Maintenant, tout le monde reste sur son téléphone. À mon époque, on s’amusait ! » Noé relance : « Moi, je suis là  ! »
Jalil, tout à ses souvenirs, embraye : « On faisait des barbecues, des tournois avec les grands… À l’époque, à la place du grillage, c’était en bois. » Le quartier, ce sont les habitants qui en parlent le mieux, avec tendresse, mais aussi sans se voiler la face : « Il y a des personnes mauvaises, d’autres top. Comme partout. C’est un quartier pauvre, mais les gens se connaissent et s’entraident beaucoup. » Le trafic ? « Je n’en fais pas, je vis ma vie paisiblement. »

Sur l’un des terrains de basket de Perseigne, à Alençon. Ouest-France
Juste en face, il y a les terrains de basket. Romain Vilain a 17 ans. Il vit à L’Aigle, mais est scolarisé au lycée Marguerite-de-Navarre. Basketteur en club, il ne peut pas rentrer s’entraîner car il est interne. Alors, il vient taper des paniers avec Jessy Suet, l’une de ses camarades. « Je passe pas mal de temps ici. Il n’y a pas de problèmes, au contraire, je joue souvent avec des gens du quartier. »
« Bonjour, au revoir et merci »
Justine Lavie a 27 ans. Elle est avec ses enfants, Léo, 2 ans et Marius, 6 ans. Elle trouve les infrastructures « chouettes pour les petits. » Il y a aussi la médiathèque, et le centre social Paul-Gauguin, « où l’on va beaucoup. » Et puis « les commerçants qui sont très agréables. Je ne suis pas véhiculée, il y a tout à proximité, ainsi que les bus qui s’arrêtent ici, c’est pratique. »
Elle souligne aussi le négatif, son expérience de jeune maman en situation de handicap. « Niveau sécurité, c’est compliqué. J’ai été victime de moqueries, une fois, on m’a craché dans les cheveux au passage piéton. C’est moins le cas quand je suis avec mes enfants. » Elle raconte également : « Le lendemain de Noël, on nous a cassé la voiture. Et puis, il y a les incendies. On a un camping-car, mais on n’ose pas le mettre ici. »
Pour autant, elle ne veut pas dresser un portrait tout noir : « Quand je dis que j’habite ici, on me demande si ça va. Même pour les enfants. Mais pour eux, ça se passe très bien à l’école ! Dans l’ensemble, quand on croise les gens, on nous dit bonjour, au revoir, et merci. »