Accueil Sport TÉMOIGNAGE. Atteint d’un cancer, Bruno ne peut plus pratiquer d’activités sportives intenses

TÉMOIGNAGE. Atteint d’un cancer, Bruno ne peut plus pratiquer d’activités sportives intenses

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photo grand amateur de football durant toute sa vie, bruno lecerf, habitant à pointel (orne), a été opéré d’un cancer du fémur en octobre 2015. depuis, l’impossibilité de pratiquer une activité physique le ronge. © joseph thouin 8

Grand amateur de football durant toute sa vie, Bruno Lecerf, habitant à Pointel (Orne), a été opéré d’un cancer du fémur en octobre 2015. Depuis, l’impossibilité de pratiquer une activité physique le ronge. © Joseph Thouin

Grand fan de ballon rond, Bruno Lecerf, Ornais de 53 ans, a joué au football pendant une quarantaine d’années. Avant d’être victime d’un cancer du fémur, en 2015. Depuis cinq ans, il ne peut plus pratiquer d’activités physiques intenses. Un drame, pour ce boulimique de sport.

C’est dans sa maison, située dans un petit lotissement de Pointel (Orne), près de Flers, que Bruno Lecerf nous accueille, avec ses béquilles. « Je les ai depuis décembre 2020. Mes chevilles commencent à être très abîmées par le sport. Faire de l’arthrose à 53 ans, c’est pas terrible… »

Originaire de La Lande-Saint-Siméon, à une vingtaine de minutes en voiture, Bruno et son épouse, Isabelle, vivent à Pointel depuis 1996. À peine lancé sur ses originaires ornaises, Bruno déborde déjà de la discussion et parle sport, football.

Prolongation vous propose cette semaine une série en cinq épisodes sur le sport et le cancer :

Épisode 1. Reportage dans l’unité de réadaptation au sport de l’Institut Rennais de Chirurgie Orthopédique et de Médecine du Sport de Cesson-Sévigné.

Épisode 2. Portrait de Charlotte, 33 ans, qui a vaincu un lymphome et a repris pied notamment grâce au sport.

Épisode 3. Atteint d’un cancer, Bruno ne peut plus pratiquer d’activités sportives intenses.

Épisode 4. Portrait de Bruno Lecerf, patron d’entreprise ornais, qui se bat pour son entreprise et contre sa maladie.

Épisode 5. PODCAST. L’histoire de ce couple de jeunes normands qui a vaincu le cancer.

« Un vrai n°9 »

Avant-centre de Ségrie-Fontaine jusqu’en 1989, puis de Briouze, il a littéralement vécu, mangé et dormi football pendant une quarantaine d’années. « J’étais un acharné, raconte-t-il en servant un café et des chocolats. J’étais avant-centre, un vrai n°9. J’aimais avoir ce rôle déterminant dans le résultat d’un match. J’ai gardé en mémoire des articles de la presse locale, où était écrit : « L’inévitable Lecerf a encore frappé », sourit-il. Quand on perdait un match, j’y pensais toute la semaine, tellement je haïssais la défaite. »

Une rupture des ligaments croisés l’a obligé à passer du carré vert au banc de touche. Toujours avec le même enthousiasme. « De 1999 à 2004, j’encadrais les jeunes de l’OC Briouze. Nous sommes passés d’une quarantaine de jeunes licenciés à près de 120. »

Un investissement total est alors nécessaire, chaque mercredi et samedi. « Au bout de cinq ans, j’ai fait une overdose du foot, j’avais besoin de couper. » Jamais bien loin d’un but, Bruno continue de jouer, en foot loisir.

Une seconde famille « foot »

Ce n’est pas le seul plaisir de planter des buts qui lui a donné cet amour du ballon rond. Le football, sport collectif par excellence, a forgé sa personnalité. Car, à l’origine, Bruno n’est pas réellement destiné à enfiler short et crampons. « Mes parents m’ont eu tard. Ma mère avait 43 ans, mon père, 49. Ils ne s’intéressaient pas du tout au sport. Et j’avais un grand écart d’âge avec mon grand frère et ma grande sœur. »

Petit, Bruno a une nourrice. Chez qui il découvre une famille complètement fan de football. « Le père de famille était Jean Lemarinier, président du club de Ségrie-Fontaine. Ses enfants étaient tout aussi fans, c’est comme ça que j’ai débuté, vers 7 ou 8 ans. »

De quoi donner deux « familles » complémentaires à Bruno. La sienne, évidemment, et les Lemarinier. « Je ne manquais de rien chez moi, mais j’étais un peu en décalage avec mes parents, âgés. Connaître les Lemarinier m’a donné une énorme bouffée d’oxygène, si bien qu’aujourd’hui, 45 ans après, je reste très proche d’eux. Paulette Lemarinier, ma nounou, est malheureusement décédée en novembre 2020. »

« Le sport m’a reconnu »

Et le football va lui inculquer des valeurs qui vont le faire « grandir », de ses propres mots. « Jeune, j’étais réservé. Jamais je n’ai utilisé la parole pour me tirer vers le haut, mais plutôt l’accomplissement des tâches. » Le sport collectif lui a permis de franchir un cap : « C’est la somme de plusieurs individualités qui doivent tirer dans le même sens. L’esprit d’équipe, donner pour l’autre. Entraide, effort, responsabilités. Quand on y arrive, c’est incroyable à vivre. Cela véhicule tant de vertus nobles, ça m’a permis de m’élever humainement, de devenir un homme. Le sport m’a, en quelque sort, reconnu. »

Les valeurs sportives, il les a également appliquées dans sa vie professionnelle. D’abord charcutier-traiteur à Flers, puis cuisinier au Centre hospitalier intercommunal des Andaines, à La Ferté-Macé, pendant dix-huit ans. « De 2008 à 2015, j’étais chef de cuisine au collège Jean-Monnet de Flers. Mais je ne gérais pas comme un chef, je faisais la vaisselle si besoin, je voulais qu’on travaille en pleine confiance, tous ensemble. »

Depuis 2016, Bruno est conseiller technique restauration du Département. « J’assure le lien entre les chefs de cuisine et le Département, j’essaie de tendre la main, toujours avec une approche humaine. »

Juin 2015, la vie bascule

Un poste adapté à son profil, et à sa santé. Car sa vie a basculé lors d’un match de foot comme il en a joué des centaines, un dimanche matin de juin, en 2015. « Je me suis fait un petit peu mal au genou, une douleur bénigne, explique Bruno. J’ai arrêté de jouer, et je suis quand même allé voir mon généraliste, qui pensait, dans un premier temps, à une entorse. »

Rien de très grave, donc. Histoire d’écarter toute complication, Bruno consulte un médecin du sport, à Flers. « L’échographie a révélé une tache au niveau du fémur gauche. Fin août 2015, j’ai réalisé une biopsie au CHU de Caen (Calvados), puis j’ai attendu. »

L’attente, longue, débouche sur un coup de massue. « Quand j’ai revu mon chirurgien, il pleuvait. Je me rappellerai toujours ce qu’il m’a dit : « M. Lecerf, vous avez quelque chose de très sérieux. Un chondrosarcome. Une tumeur cancéreuse au niveau du fémur ». Il m’annonce que ça peut aller jusqu’à l’amputation… »

Descente aux enfers

Pour Bruno, alors âgé de 48 ans, dont la vie a toujours été dictée par l’activité physique et sportive, un monde s’écroule. « Ce fut le début de ma descente aux enfers. Même si on a sauvé ma jambe, grâce à une résection effectuée pour me poser une prothèse entre le fémur et le tibia. » L’opération a été réalisée le 2 octobre 2015, jour de son anniversaire. Depuis ce jour, Bruno a « un genou mécanique ».

« Je ne peux plus rien faire, ni courir, ni pédaler… J’ai pratiqué la marche nordique pendant deux ou trois ans, avant qu’une douleur à la cheville n’apparaisse. Je peux faire de la natation sur le dos. J’ai essayé le tir à l’arc, mais je ne me dépense pas autant qu’en jouant au foot ou en courant : je manque de cette transpiration, d’endorphine, constate-t-il avec amertume. Dernièrement, je me suis acheté un punching-ball et des gants, pour me défouler et faire un peu de musculation. »

Le début d’une vie de manque. À en devenir fou. « Au début, on me disait que je pourrais peut-être continuer à pratiquer telle ou telle chose… Je me posais des questions, au-delà du sport : pourrais-je me déplacer au quotidien ? M’occuper ne serait-ce que de ma maison ? Je ne peux pas porter un poids de plus de 30 kg, et ma jambe gauche gonfle chaque été. »

« Pourquoi moi ? »

À cela se mêle un profond sentiment d’injustice. « J’ai toujours eu une hygiène de vie respectable, une alimentation correcte. Pourquoi moi ? Quand on voit tant de personnes, autour de nous, qui abusent, je pense ne pas avoir mérité ce cancer. Peut-être est-il la conséquence d’un stress psychologique lié à mon travail, je ne sais pas. »

Face à cette épreuve, Bruno doit passer par une phase d’acceptation, avec fatalisme. « C’est dur à accepter. Je devenais aigri avec tout le monde, j’étais constamment en larmes, je n’arrivais plus à me projeter dans mes vies personnelle et professionnelle, lâche-t-il, abattu. Aujourd’hui, c’est un peu derrière moi, mais la pente reste difficile à remonter. Une telle épreuve, ça vous replonge dans votre enfance, vos difficultés, votre jeunesse. Ça rappelle aussi à quel point le sport m’a apporté. »

Pour rester debout, Bruno a besoin de soutien. Mais c’est quand on souffre d’une longue maladie que l’on trouve ses vrais amis. « Quand il vous arrive une chose comme ça, il y a ceux qui vous abandonnent, et ceux qui restent. Je pensais avoir beaucoup plus d’amis, notamment parmi mes coéquipiers sur le terrain, avoue-t-il, la voix tremblante. Je pensais qu’on continuerait de se voir ou, au moins, de se téléphoner. En fait, la plupart n’ont jamais pris de nouvelles, alors qu’ils savaient. »

La famille comme seul soutien

Comment réagir quand un ami est touché par un cancer ? Au lieu de mal faire, ne rien faire du tout ? « Le cancer fait peur à vos proches. Ils ne savent pas quoi faire, quoi dire… Certains sont restés, mais ce fut tout de même très blessant. » Esseulé, Bruno voit ses amis footballeurs continuer de vivre, ensemble, sur Facebook. Il finit par supprimer son compte sur le réseau social, et rompre le lien avec la majorité d’entre eux.

Si les amis ne répondent pas présents, la famille, elle, est là. Quand il parle d’Isabelle, son épouse, et de ses trois filles, Charlène, Océane et Manon, Bruno a, là encore, les yeux humides. La tristesse se mêle cette fois-ci à la fierté et à l’amour. « Isabelle et les filles ont été extraordinaires, car elles aussi ont manqué de soutien parmi leurs proches, une fois mon cancer découvert. »

Ses filles, Bruno en parle avec un grand sourire, si fier de voir leur parcours, et leur aide quand il était au fond du trou. « Charlène a 30 ans, elle est infirmière et m’a accompagné lors des rendez-vous médicaux importants. Manon, qui a 25 ans, était jeune à l’époque, je sais qu’elle a eu du mal à surmonter l’impact de ma maladie. Elle est désormais DRH dans une clinique privée. Océane, qui a 27 ans et est cheffe d’exploitation agricole, je l’ai accompagnée, puis entraînée, quand elle jouait dans la section féminine du FC Flers, de 2007 à 2014. »

« Je peux dire que je suis guéri »

Les photos de famille s’affichent par dizaine, dans le salon et la cuisine des Lecerf. Bruno les regarde, comme souvent. « Isabelle et moi, nous n’avons pas élevé nos filles dans du coton, mais pour qu’elles deviennent humainement adultes, et elles ont aujourd’hui des valeurs magnifiques. C’est notre plus belle victoire. »

Les valeurs, toujours. Bruno est convaincu que le sport collectif lui a permis de consolider sa bienveillance, en tant que père. « Avec Isabelle, nous avons toujours essayé d’être à l’écoute de leur projet, de les soutenir. Elles se sont endettées quand on ne pouvait pas subvenir à leurs besoins, notamment durant leurs études. Notre philosophie, c’était : « Travaille et fais ce que tu peux », jamais « il faut que tu réussisses à tout prix ! » »

Même si la gorge se noue souvent, à l’évocation de son histoire, et que les yeux brillent, l’Ornais sait qu’il a déjà acquis une première victoire. « L’opération a eu lieu il y a plus de cinq ans. Oui, je peux dire que je suis guéri, et je n’ai même pas eu de chimiothérapie ou de radiothérapie, donc j’ai eu de la chance. Bien sûr, un suivi régulier continu, et après une dizaine d’années de fonctionnement, il faudra changer ma prothèse. »

Échanger avec des personnes en difficulté

Dans son malheur, Bruno n’oublie pas qu’il a au moins eu la chance de voir sa tumeur être détectée rapidement. Par hasard. « Ce chondrosarcome était sous-jacent, insidieux : je ne ressentais aucune douleur. Celle que j’ai ressentie au genou durant le match n’avait finalement rien à voir avec la tache apparue à l’échographie. En fait, j’avais déjà trois tumeurs dans le genou. Si je n’avais pas joué au foot, pratiqué régulièrement, peut-être ne serai-je pas là pour en discuter, aujourd’hui. »

« Le sport m’a sauvé », répète le Normand. Reste cette amertume d’avoir beaucoup donné au football, sans avoir reçu en retour de la part du collectif, quand son cancer est apparu. « J’accompagnerais peut-être à l’entraînement un de mes petits-enfants qui veut jouer au foot, mais jamais plus je ne m’impliquerais dans un club comme auparavant. »

Mais après avoir traversé ces épreuves, Bruno ne veut pas en rester là, et sa passion du collectif, elle, est éternelle. « J’aimerais échanger sur les bienfaits du sport et aider des personnes rencontrant des difficultés dans notre société, qui ont du mal à croire en elles, explique-t-il. Elles peuvent me contacter par mail, à l’adresse oursinette0210@gmail.com . »

Prolongation vous propose cette semaine une série en cinq épisodes sur le sport et le cancer :

Épisode 1. Reportage dans l’unité de réadaptation au sport de l’Institut Rennais de Chirurgie Orthopédique et de Médecine du Sport de Cesson-Sévigné.

Épisode 2. Portrait de Charlotte, 33 ans, qui a vaincu un lymphome et a repris pied notamment grâce au sport.

Épisode 3. Atteint d’un cancer, Bruno ne peut plus pratiquer d’activités sportives intenses.

Épisode 4. Portrait de Bruno Lecerf, patron d’entreprise ornais, qui se bat pour son entreprise et contre sa maladie.

Épisode 5. PODCAST. L’histoire de ce couple de jeunes normands qui a vaincu le cancer.

 
Pierre MACHADO.   Ouest-France  

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