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Tour de France. « Je ne regarde plus, ça me dégoûte », dit l’ex-maillot jaune Stéphane Heulot4 |
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Stéphane Heulot. © Ouest-France
Le Slovène Tadej Pogacar, 21 ans, s’apprête à décrocher son premier Tour de France, ce dimanche, après sa prise de pouvoir renversante samedi lors du chrono. Stéphane Heulot, maillot jaune sur le Tour 1996, connaît bien son manager Mauro Gianetti. Le Rennais nous en avait parlé, en 2008, à l’époque où le Suisse était dans la sulfureuse équipe Saunier Duval. Son opinion n’a pas vraiment évolué. Mais plus généralement, sur ce qu’il a vu sur ce Tour, le Breton en a gros sur le cœur…
« Le dopage est tellement ancré chez certains managers, comme Mauro Gianetti, qu’ils ne peuvent pas concevoir le cyclisme autrement… » En 2008, le Rennais Stéphane Heulot, maillot jaune du Tour 1996, disait ceci de Mauro Gianetti, manager à l’époque de la sulfureuse Saunier-Duval, aujourd’hui homme fort de la formation UAE Team Emirates, celle du vainqueur du Tour Tadej Pogacar.
Stéphane Heulot connaissait bien Mauro Gianetti. Il avait été son équipier à la Française des Jeux, en 1998, quand le Suisse avait notamment fait son malaise après avoir absorbé du PFC (1). Quelques années plus tard, le Breton s’était retrouvé, par le biais de sa société HPC Événements, chargé des relations publiques pour le groupe Saunier-Duval sur le Tour, entre 2005 à 2007.
L’été d’après fut celui du scandale autour de Riccardo Ricco, et c’est à ce moment-là , donc, que Stéphane Heulot avait parlé de Mauro Gianetti à Ouest-France. L’équipe Saunier-Duval venait en effet d’être écartée du Tour… Un temps éloigné du milieu, Mauro Gianetti a réussi à revenir dans le vélo il y a quelques années, devenant le patron de l’équipe UAE Team Emirates.
« Je ne regarde plus le Tour depuis une semaine… »
Que faut-il en penser aujourd’hui ? Est-ce parce que son boss a ces casseroles passées qu’il faut automatiquement soupçonner Tadej Pogacar ? C’est un raccourci risqué, d’autant que plusieurs coureurs du peloton se retrouveraient selon cette logique dans le viseur. Stéphane Heulot, lui, ne va d’ailleurs pas plus loin sur Mauro Gianetti : « J’en pense la même chose qu’en 2008. Je ne changerais absolument rien de ce que j’ai dit… »
Mais quand même. Joint ce dimanche, Stéphane Heulot avoue se sentir « plus que mal à l’aise » par rapport au climat général de cette fin de Tour. Sans cibler Pogacar, le Breton se « pose des questions, forcément, comme tout le monde j’espère… » Il poursuit : « Honnêtement, je ne regarde plus le Tour depuis dimanche et la montée du Grand-Colombier (victoire de Tadej Pogacar). Je n’y arrive plus, en fait… Il y a des choses assez faciles à évaluer, quand même, en termes de performance. J’ai du mal à comprendre comment un coureur de 75 kg peut monter à une vitesse folle un col et maintenir sa montée ensuite. En terme de vitesse ascensionnelle, on a vu des trucs qui n’étaient pas possibles, non plus, pour certains… »
Comme un autre ancien maillot jaune, Romain Feillu, Stéphane Heulot a « de sérieuses interrogations. Je pense qu’on a encore passé un cran. Car on est peut-être sur du dopage chimique, mais aussi électrique… » Il en convient, il n’a pas de contrôle antidopage positif pour étayer ce qu’il dit, mais peu importe à son sens. « Je dis toujours qu’Armstrong, Valverde, Basso, tous ces mecs-là , n’ont jamais été contrôlés positifs en course, et pourtant… Moi j’écoute, j’entends, je regarde, et je perçois des choses. »
Pas question toutefois de tomber sur tout le monde, ni d’accuser à tout-va. Il dit ainsi : « Bien sûr, je ne pense pas qu’on puisse faire d’un âne un cheval de course ». Mais « cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien. Rien n’empêche tout le reste… » Stéphane Heulot se sent mal lorsqu’il évoque ce Tour de France 2020. « C’est pire, même. Vous voyez l’émoticone avec l’envie de vomir, et bien je ressens ça, ça me dégoûte… »
Ce qu’il regrette le plus, c’est « que des personnes comme ça, ou comme d’autres, soient encore dans le cyclisme aujourd’hui. C’est impensable ! C’est une vraie faute. À mon sens, on ne pourra jamais changer le système si l’on ne change pas les hommes ! Le dopage sera là tant que des gens seront indéboulonnables. C’est comme si demain, Al Capone était ministre de la Justice… Comment se sortir de tout ça quand 80 % du staff de Jumbo-Visma vient de Rabobank et de l’époque Michael Rasmussen ? Non, ce n’est pas possible… Heureusement, des mecs ont changé, plein de mecs ont changé, mais il y a encore des tricheurs malheureusement, et il faut en avoir conscience. »
« Je n’ai pas le droit de fermer les yeux »
Samedi, Stéphane Heulot a quand même jeté un œil au chrono de La Planche des Belles Filles. « Parce que deux jeunes de l’équipe (Heulot est l’un des directeurs sportifs de l’équipe Sojasun) voulaient voir ça. Mais je n’ai pas sauté de ma chaise, non non… Je n’ai eu aucune émotion. » Il dit cela pour les jeunes, justement : « Je n’ai pas le droit vis-à -vis de mes jeunes, dans l’équipe, de fermer les yeux. Je peux comprendre que ça soit plus compliqué pour des commentateurs, pour des journalistes ou pour des coureurs actuels, mais je ne suis pas dans cette position-là … »
Il enchaîne : « C’est un devoir. Le vélo m’a beaucoup donné, et je ne peux pas lâcher l’affaire. Car je rêverais que nos jeunes puissent vivre une carrière authentique. Alors je leur explique. Certains me disent que ces garçons n’étaient pas là en 1998 et qu’ils ne peuvent pas comprendre. Mais je ne suis pas d’accord, c’est vrai qu’ils sont à des années-lumière de ça, mais ce n’est pas une raison pour ne pas leur dire les choses. Ils n’étaient pas là pendant la guerre de 39-45 et on leur parle bien de tout ça, c’est normal. Samedi, quand j’ai vu la télé, tout ça, j’ai raconté les choses aux deux jeunes avec moi… »
« On ne veut pas casser le jouet »
La relève, tel est son credo désormais. Les mots sont forts : « La seule chose qui me fait encore continuer d’y croire, qui anime ma passion, c’est d’être connecté à cette jeunesse, justement. Et quand je sais qu’un de mes coureurs s’apprête à aller voir là -haut chez les pros, je ne peux pas ne pas lui dire ce qui l’attend, potentiellement. Avant d’aller voir le diable, je me dois de le prévenir… »
Stéphane Heulot est aujourd’hui également responsable de l’équipe américaine Rally Cycling pour tout le calendrier européen. Il lâche : « J’aimerais tellement avoir la conviction que tout va bien, ne pas avoir à me poser de questions, mais sincèrement, j’ai peur… » Eloigné de tout l’univers du Tour, il convient « que c’est plus facile pour moi d’émettre un doute ». Mais malgré tout, « j’ai encore le sentiment qu’on ne veut pas casser le jouet. Sauf que le Tour, ce n’est pas un show ! Derrière, ce sont des souffrances pour certains, il y a des sponsors qui demandent des comptes… Moi, à mon époque, j’ai souffert de cela, alors je ne veux pas que les jeunes d’aujourd’hui soient là -dedans. » Et de conclure : « Je suis content de ma liberté, de rester auprès des jeunes car c’est la base et c’est là où tout se crée. »
1 : Mauro Gianetti avait été victime d’un malaise après avoir consommé du PFC (substance utilisée à titre expérimental dans les hôpitaux, proche de l’EPO). Il était resté trois jours dans le coma, en 1998.
Il y a toujours eu des champions!!! Moi j'admire Pogacar Ou vous avez des preuves ou taisez vous!!!