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« Montrer ceux qu’on réduit souvent à des chiffres » : la pièce de théâtre Passeport, d’Alexis Michalik, arrive à Flers... |
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Ysmahane Yaqini (à gauche sur la photo) est une des comédiennes de la pièce de théâtre Passeport, d’Alexis Michalik, qui sera jouée à Flers le 17 janvier 2026. Elle a également créé sa propre compagnie, il y a trois ans, les Joyeux artisans de la lumière. © Alejandro Guerrero
Le samedi 17 janvier 2026, la scène nationale de l’Orne propose au Forum de Flers (Orne) la pièce de théâtre Passeport. Mise en scène par Alexis Michalik, multirécompensé aux Molières, la pièce raconte le quotidien des exilés à la Jungle de Calais. Ysmahane Yaqini, une des comédiennes, a répondu à nos questions.
Vous jouez dans la pièce Passeport. De quoi parle-t-elle ?
Passeport raconte l’histoire d’Issa, un homme qui se réveille dans la jungle de Calais après avoir perdu la mémoire. Il ne lui reste qu’un passeport érythréen, auquel il tente de se raccrocher pour reconstruire son histoire. Autour de lui, deux compagnons d’infortune : un Indien et un Syrien, ancien professeur de littérature. Ensemble, ils vont essayer de s’entraider, parce que l’union fait la force. La pièce suit ce trio, mais aussi d’autres trajectoires, notamment celle d’un gendarme, Lucas, originaire de Mayotte et adopté par un couple calaisien dont le père est un ancien militaire aux idées très conservatrices.
Quel est votre rôle dans ce spectacle ?
Je joue plusieurs personnages, dont Yasmine, une bibliothécaire qui rencontre Issa et qui va le soutenir dans ses démarches pour se construire un avenir en France. Je joue aussi la mère de Lucas, le gendarme. Nous sommes sept comédiens pour une trentaine de rôles, et j’en interprète sept ou huit à moi seule.
La pièce est-elle engagée politiquement ?
Alexis Michalik ne se revendique pas militant. Il veut avant tout raconter des histoires. Mais forcément, par ce qu’elle raconte, la pièce devient engagée. Elle déconstruit les a priori sur l’immigration, notamment à travers une scène où une journaliste d’origine malienne répond, faits à l’appui, aux préjugés d’un père de famille. Le spectacle passe beaucoup par l’empathie et la poésie pour montrer le destin de personnes que l’on réduit trop souvent à des chiffres.
Pourquoi cette pièce résonne-t-elle particulièrement aujourd’hui ?
Quand nous avons commencé les répétitions, à la fin de l’année 2023, les débats sur le durcissement des conditions pour obtenir des droits pour les primo-arrivants étaient au cœur de l’actualité. Le public ressort souvent bouleversé : beaucoup de gens nous disent que ça fait du bien, qu’ils se sentent moins seuls.
Comment le public réagit-il, notamment en tournée ?
Nous avons joué dans des grandes villes comme dans des territoires ruraux. Certaines municipalités ont refusé le spectacle par peur du sujet, mais ailleurs, y compris dans des villes réputées très conservatrices, l’accueil a été incroyable. Des spectateurs se lèvent, des travailleurs sociaux nous remercient, une policière nous a même dit que la pièce l’avait fait réfléchir sur son métier.
Quel regard portez-vous personnellement sur ce projet ?
C’est une joie de jouer dans ce spectacle. Il défend des valeurs auxquelles je crois : l’humanité, le lien, le partage. Il parle aussi de nos histoires, de celles de nos parents et grands-parents. Alexis a construit autour de cette pièce une véritable équipe de cœur. Passeport est une fable contemporaine, ni une comédie ni un drame, avec de l’humour et de l’émotion. C’est une pièce qui rassemble et qui redonne de l’espoir.
Toutes les places ont été vendues, mais la Scène nationale 61 indique que des places pourront être mises en vente avant le spectacle, si des personnes ayant réservé des places ne se présentent pas le jour J.