|
« Y en a marre ! » : à Athis-Val-de-Rouvre (Orne), des éleveurs cernés par la tuberculose bovine... |
1
Un foyer de tuberculose bovine a été détecté à Bréel, un des huit villages d’Athis Val de Rouvre. L’élevage compte 350 animaux, principalement des Blondes d’Aquitaine. © Archvives Marc ROGER
Un sixième foyer de zoonose a été diagnostiqué dans cette commune qui rassemble huit villages, près de Flers (Orne). Depuis décembre, les cas se succèdent en Suisse normande.
« Mais ça fait neuf ans qu’on essaie de « purger » la tuberculose bovine, y en a marre ! » Adrien Vaugeois n’est pas content. Et l’éleveur laitier l’a fait vertement savoir au directeur et au président du GDS (groupement de défense sanitaire) de l’Orne qui, jeudi à Sainte-Honorine-la-Chardonne, ont invité les agriculteurs à échanger sur l’évolution de la zoonose (maladie animale transmissible à l’homme) dans leur secteur.
Celui d’Athis-Val-de-Rouvre, une commune qui regroupe huit villages. Quarante éleveurs avaient été conviés à la réunion. Les présents se sont comptés sur les doigts d’une main comme un signe de ras-le-bol face à la tuberculose bovine.
Il faut dire que les cas se succèdent depuis décembre. Le dernier foyer, le sixième, a été révélé le 20 mars, dans le village de Bréel, au sein d’un troupeau allaitant de 350 animaux. Deux des bovins sont sortis positifs de la prophylaxie (détection) obligatoire. « Un septième cas (à Saint-Georges-des-Groseillers, NLDR) est sur le feu », a admis le directeur du GDS de l’Orne, Arnaud Delafosse. « La fièvre catarrhale (FCO) a affaibli l’immunité des animaux cet hiver », a expliqué Yvan Burel, le président du GDS de l’Orne.
À quelques kilomètres d’Athis-Val-de-Rouvre, côté Calvados, quatre foyers ont été détectés, ces dernières semaines, et un cinquième est en cours de vérification. La Suisse normande concentre les cas de tuberculose bovine de la Normandie et de l’Ouest de la France. La maladie est réapparue en 2013 dans le Calvados et en 2015 dans l’Orne. La prophylaxie avait été arrêtée, en 2001.
Une étude sur le génome des animaux, présentée par le GDS 61, montre que tous les foyers d’Athis-Val-de-Rouvre proviennent de la première souche détectée en 2013 dans le Calvados. Autre constat : la bactérie se transmettrait, ici, « essentiellement » entre animaux. Puis ça passe des bovins vers la faune sauvage (blaireaux) et pas l’inverse. Un signe que la bactérie serait encore sous contrôle. « Pas comme dans les Pyrénées-Atlantiques », a commenté Arnaud Delafosse.
« On n’arrivera jamais à éradiquer cette maladie… »
La stratégie sanitaire impose la détection et l’éradication. Dans l’Orne, la prophylaxie concerne 900 exploitations jusqu’au 31 mai. En cas de contamination, l’abattage total du troupeau reste la norme. La possibilité d’abattage sélectif a été élargie. Mais des laiteries ne jouent pas le jeu : les éleveurs ne sont pas collectés ou payés de leur lait et se résolvent à l’abattage total.
Plus de 6 000 bovins auraient été ainsi abattus depuis 2015 dans le département. Environ 1 500 animaux sont concernés sur Athis Val de Rouvre « Mais on n’arrivera jamais à éradiquer cette maladie. Au Ménil-Hubert, un éleveur a subi trois abattages successifs », a affirmé, lors de la réunion, Christophe Davy, éleveur laitier à Athis-Val-de-Rouvre et voisin d’une ferme touchée par la zoonose.
Selon le GDS 61, la politique d’éradication aurait fait ses preuves en Camargue et en Côte d’Or. Les tests par Interféron (prise de sang) y ont amélioré la prophylaxie. Les mesures de biosécurité aussi : protection des abreuvements de bovins, piégeage des blaireaux. Dans le Sud-Ouest, principale zone d’infection en France, les tests, par réaction allergique (IDC), devraient être remplacés par des tests sanguins (interféron). « Ils vont multiplier par deux ou trois les cas… » Une menace pour le statut « indemne » (moins de 0,1 % d’incidence) de la France. Ce statut est indispensable pour exporter de la viande et des produits laitiers. L’incidence est actuellement de 0,07 %. « En cas de dépassement, les départements les plus touchés pourraient être déclassés. » Un risque pour la Suisse normande.