|
Le 14e Hussards, d'Alençon à la bataille d'Ethe... |
1
Trois soldats du 14e régiment de hussards, photographiés en 1911. © DR
La préfecture de l'Orne comptait 4 000 militaires à l'aube de la Grande Guerre. Wallerand de Hauteclocque, l'oncle du général Leclerc, commandait un régiment.
C'est le début de la guerre et c'est la pénurie de bras. Août 1914, pour finir la moisson, on envoie 400 marins et des permissionnaires de plus de 35 ans en renfort dans l'Orne. On emploie également 200 à 300 prisonniers de guerre allemands dans les champs et les forêts (1).
À Alençon, les industries textiles fabriquent du drap pour les uniformes et les fonderies produisent des grenades. La garnison d'Alençon, on l'oublie volontiers, a connu son apogée juste avant la Grande Guerre, à l'époque où l'armée avait besoin de chevaux. La garnison était principalement composée du 103e régiment d'infanterie et du 14e régiment de hussards.
Les sabres sortis du fourreau
Ces deux régiments ont livré bataille à Ethe, en Belgique. Des milliers de soldats originaires de la Sarthe et de l'Orne y ont péri en deux jours, en août 1914. Ce village situé à une trentaine de kilomètres de Longwy, rend toujours hommage, chaque année, à toutes ces victimes. Commandant le 14e Hussards, le lieutenant-colonel de Hauteclocque en fait partie.
Son nom rappelle qu'il était l'oncle du général Leclerc, Philippe de Hauteclocque, libérateur d'Alençon en août 1944. Comme on le disait à l'époque, le colonel de Hauteclocque était un ardent. Un brillant élève de l'École des Hautes-Études, considéré comme un des plus remarquables officiers de cavalerie (2).
Le 22 août 1914, le 14e Hussards doit faire une reconnaissance vers le nord. Un pont sous la voie ferrée est le seul passage possible. Deux cavaliers peuvent à peine passer de front. Les sabres sont sortis du fourreau dans un long bruissement. Le colonel commande : « 14e Hussards ! En avant ! Pour la France ! » Il s'engage le premier au trot sous la voûte. Mais il franchit à peine le passage que son cheval s'abat, frappé de plusieurs balles. Le m ouvement cesse.
Le colonel saute sur un autre cheval et s'engage de nouveau sous le pont. Avec un peloton, il réussit à franchir le passage mais une grêle de projectiles s'abat sur eux. Wallerand de Hauteclocque est touché de plusieurs balles. Il n'est qu'à 150 mètres des tranchées allemandes. Il doit retourner en arrière et repasse sous le pont. Il est tombé dans cette zone jonchée de morts, appuyé sur son ordonnance et un cavalier.
Son fils aîné, Bernard, engagé volontaire au 14e Hussards, est tombé lui aussi dans la bataille. La guerre ne faisait que commencer. À 500 kilomètres de là, l'hôpital d'Alençon recevait des blessés par centaines. Quinze mille militaires y ont été soignés jusqu'en 1918.
Arnaud TOUCHARD.
(1) Données fournies par l'historien Gérard Bourdin, publiées dans Ouest-France en novembre 1998.
(2) Selon le livre du lieutenant-colonel Grasset, « La guere en action, le 22 août 1914 au 4e Corps d'armée, Ethe », cité dans Ouest-France du 12 août 1976.
Lire aussi notre numéro spécial : L'Ouest dans la Grande Guerre (128 pages, 6 €).