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À Paris, un élève de sixième sur deux pourrait être inscrit dans le privé d’ici à 2035... |
La baisse des effectifs liée au recul de la natalité depuis 2010 « déséquilibre » la répartition entre public et privé, pointe une étude publiée ce mardi 3 mars. Conséquence : à Paris notamment, la part du privé progresse, atteignant 27,5 % des élèves de CP en 2024 (contre 23 % en 2016) et 38,7 % en sixième (contre 35,4 % en 2020).
C’est la conséquence d’un déclin démographique touchant toutes les grandes villes. Et qui renforce inexorablement la ségrégation scolaire. Selon une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) publiée ce mardi et relayée par l’Agence France-Presse (AFP), à Paris, la part des élèves de sixième scolarisés dans le privé pourrait atteindre 50 % à horizon 2035.
Cette étude, réalisée à partir de données de l’Insee et de l’Éducation nationale, pointe le fait que la baisse des effectifs liée au recul de la natalité depuis 2010 « déséquilibre » la répartition entre public et privé. Ainsi, le privé maintient ses effectifs, tandis que le public absorbe presque toute la contraction, ce qui accroît mécaniquement le poids du privé.
Un recul de 19 % en CP entre 2016 et 2024
Paris est l’illustration parfaite de ce basculement. Dans la capitale, les naissances ont chuté de 32 % entre 2010 et 2024, passant de 31 440 à 21 484. Conséquence, les effectifs de CP ont commencé à diminuer six ans après le début de cette baisse, ce qui a entraîné un recul de 19 % entre 2016 et 2024. Cinq ans plus tard, ce sont les effectifs de sixième qui ont amorcé leur recul, avec une baisse de 10 % entre 2020 et 2024.
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Le contraste est marqué : dans le privé, les effectifs n’ont baissé que de 3,8 % en CP entre 2016 et 2024 et de 1,4 % en sixième entre 2020 et 2024, contre – 24,4 % et – 14,4 % pour le public.
La part du privé progresse ainsi, atteignant 27,5 % en CP en 2024 (contre 23 % en 2016) et 38,7 % en sixième (contre 35,4 % en 2020). Si cette tendance venait à se prolonger, elle pourrait atteindre 33,6 % en CP en 2030 et 49,4 % en sixième en 2035.
Cette évolution « accentuer (ait) une polarisation sociale déjà très forte », avertit l’IPP. En 2024, 55 % des élèves de sixième issus de milieux très favorisés étaient scolarisés dans le privé ; cette proportion pourrait grimper à 72 % en 2035, contre seulement 7 % pour les élèves défavorisés.
Répartir plus équitablement les fermetures de classes
À l’échelle des 19 plus grandes villes hors Paris, la dynamique est plus tardive et moins marquée, mais suit la même trajectoire. Avec une baisse démographique plus récente et moins prononcée (-17 % entre 2014 et 2024), la contraction commence seulement à affecter les CP, dont les effectifs diminuent de – 5 % à – 15 % selon les villes entre 2020 et 2024, sans impact encore visible sur les entrées en sixième.
La part du privé à l’entrée en CP est passée de 19,1 % à 19,8 % entre 2020 et 2024 et pourrait atteindre 22,3 % en 2030. Pour la sixième, où 36,3 % des élèves étaient en 2024 scolarisés dans le privé, cette proportion pourrait grimper à 40,8 % d’ici 2035.
Pour enrayer ces dynamiques, l’IPP appelle à répartir plus équitablement les fermetures de classes, aujourd’hui quasiment concentrées dans le public. L’institut recommande aussi de revoir la règle de financement du privé, indexée sur ses effectifs, et d’intégrer des objectifs explicites de mixité sociale dans les conventions liant l’État aux établissements sous contrat.