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Affaire Epstein : quels secrets le faux passeport autrichien trouvé dans l’appartement du millionnaire cache-t-il ?... |
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Ce passeport autrichien dont l’identité a été usurpée a été trouvé dans l’appartement de Jeffrey Epstein à New-York en juillet 2019. © DR
Jeffrey Epstein était-il au cœur d’une toile d’espionnage internationale tissée pendant la guerre froide ? La découverte fortuite d’un passeport autrichien au nom d’emprunt dans son coffre-fort de Manhattan et sa proximité avec le père de Ghislaine Maxwell alimente aussi bien les fantasmes que les soupçons.
Lors de la perquisition menée en juillet 2019 dans la demeure new-yorkaise de Jeffrey Epstein, la police de New York et le FBI s’attendaient à trouver des preuves de ses crimes. Mais entre les liasses de billets (78 000 $) et les 48 diamants trouvés dans un coffre-fort, un autre document intrigue les enquêteurs : un passeport autrichien. Car si le nom inscrit est celui de Marius Robert Fortelni, originaire d’Arabie saoudite, la photographie est sans équivoque : c’est bien le visage de Jeffrey Epstein qui fixe l’objectif.
Une identité volée dans les règles de l’art
L’enquête du procureur du district sud de New York a démontré que Marius Fortelni n’était pas un alias sorti de nulle part. C’est un citoyen autrichien bien réel, résidant à Southampton, dont le profil correspondait trait pour trait à la couverture d’Epstein. Le vrai Fortelni a vécu en Arabie saoudite, une information reportée à l’identique sur le faux passeport. Plus étrange encore, le FBI a listé Fortelni comme victime de piratages et de fraudes financières entre 2015 et 2023.
Face aux enquêteurs, la défense d’Epstein a plaidé la protection personnelle, affirmant que ce passeport servait à éviter un kidnapping dans les années 80. Une version mise à mal par la présence 17 tampons d’entrée en France, prouvant que le financier utilisait activement ce document pour franchir des frontières lors de contrôles officiels.
L’Autriche, un nid d’espions
Pour les spécialistes du renseignement, le choix de l’Autriche n’est pas un hasard. Dans les années 80, Vienne était la capitale mondiale de l’ombre. Pays neutre, carrefour entre l’Est et l’Ouest, elle servait de « boutique » à ciel ouvert pour les services comme le KGB ou le Mossad. Ces agences y récupéraient des identités autrichiennes pour couvrir leurs « assets » lors de missions clandestines.
Jeffrey Epstein n’a pas surgi de nulle part. Son ascension fulgurante coïncide avec sa rencontre avec Robert Maxwell, magnat de la presse et père de Ghislaine. Maxwell est aujourd’hui largement considéré par les historiens du renseignement comme un agent influent du Mossad. Ce n’est pas un hasard si six responsables des services du renseignement israélien étaient d’ailleurs présents à ses obsèques.
L’ombre du Mossad ?
Epstein était-il lui aussi un agent du Mossad ? Des documents déclassifiés du FBI mentionnent un informateur décrivant Epstein comme un espion formé sous l’égide de l’ancien Premier ministre israélien Ehoud Barak, agissant comme un atout stratégique pour l’État hébreu. « J’ai vu Epstein et Maxwell travailler main dans la main pour le renseignement israélien, notamment dans des opérations de chantage visant des hommes de pouvoir », a répété à plusieurs reprises l’ancien officier du Mossad Ari Ben-Menashe.
Il affirme avoir vu Jeffrey Epstein dans les bureaux de Robert Maxwell dès les années 80. Selon lui, les deux hommes auraient même orchestré des opérations de « honey trap » (piège sexuel) pour collecter des informations compromettantes (kompromat) et faire chanter des figures politiques influentes. Toutefois, ces déclarations n’ont jamais été étayées par des preuves documentaires et ont été fermement démenties par l’État d’Israël.
Mort mystérieuse sur le Lady Ghislaine
La mort de Maxwell, le 4 novembre 1991, demeure une énigme. Retrouvé flottant au large des Canaries après avoir disparu de son yacht, le Lady Ghislaine, Maxwell a laissé derrière lui un empire en faillite et des fonds de pension pillés. Si la version officielle évoque une chute accidentelle, le monde de l’espionnage y voit une « élimination » par ses propres commanditaires, Maxwell étant devenu trop instable.
Alors Epstein : agent secret, agent double, ou aucun des deux ? Si le faux passeport autrichien d’Epstein est la pièce à conviction la plus « cinématographique » du dossier, il interroge aujourd’hui. Dans le monde du renseignement, un agent n’existe que par l’utilité de ses réseaux, et c’est une véritable toile d’araignée que le prédateur a tissée dans les années qui ont suivi. En emportant ses secrets dans sa tombe, Jeffrey Epstein a laissé derrière lui un document qui continue de valider l’idée que le financier proxénète ne jouait pas seulement avec l’argent des puissants, mais peut-être aussi avec leurs frontières et leurs souverainetés.