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Affaire GDE. Accusé de trafic d’influence, Alain Lambert, ex-président de l’Orne, se défend... |
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Alain Lambert, à son arrivée au tribunal de Paris. © Ouest-France
Premier jour du procès d’Alain Lambert ancien président du Département de l’Orne et de son collaborateur de cabinet, Alain Pelleray. Ils sont poursuivis pour trafic d’influence dans l’affaire du centre d’enfouissement de l’entreprise GDE.
Ce mercredi 16 octobre 2024, à la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Alain Lambert, 78 ans, est invité à se présenter à la barre. Le président lui propose de s’asseoir. Bien que s’appuyant sur une béquille, l’ancien président du département de l’Orne préfère rester debout.
Président du Département de l’Orne entre 2007 et 2017, Alain Lambert est jugé jusqu’au 23 octobre. L’ancien ministre du Budget (2002-2004), et son directeur de cabinet, Alain Pelleray, sont accusés par le Parquet national financier (PNF) « d’avoir cherché à favoriser l’implantation d’un centre privé d’enfouissement de déchets automobiles, tout en espérant en tirer des bénéfices personnels. »
En jeu dans ce procès, l’influence dont auraient pu user Alain Lambert et son collaborateur pour obtenir les autorisations nécessaires à l’entreprise Guy Dauphin Environnement (GDE) d’ouvrir un centre d’enfouissement de résidus de broyage automobiles, sur 50 ha à Nonant-le-Pin, à deux pas du prestigieux haras du Pin. En 2016, après plusieurs péripéties administratives et blocage du site, la justice finit par annuler une première autorisation d’exploitation.
« Au début, je n’étais pas enthousiaste »
Pour ce premier jour du procès, le tribunal s’est penché sur les infractions principales reprochées à Alain Lambert. Au cœur du dossier, les relations nouées au fil de l’affaire entre Alain Lambert et Claude Dauphin, l’actionnaire majoritaire de GDE. Le Parquet national financier s’appuie sur de nombreux courriels échangés entre les deux hommes.

Alain Lambert. Archives Ouest-France
Dans ces échanges sont évoqués les interventions d’Alain Lambert pour aider à l’autorisation d’exploitation du centre d’enfouissement, mais aussi son éventuelle entrée au conseil d’administration de GDE, et des remerciements du couple Lambert pour des cadeaux offerts par Claude Dauphin comme un survol en hélicoptère du Mont-Blanc. « Je suis entré en relation avec Claude Dauphin à la demande de René Garrec, ancien président de la Basse-Normandie. Ils étaient amis. C’est ainsi que j’ai eu à connaître du projet GDE, déroule Alain Lambert face au tribunal. À ce moment, je ne suis pas très enthousiaste. Ce genre de dossier n’est jamais accueilli sous les applaudissements. »
« Stupide, inappropriée, saugrenue »
« Pourquoi, alors, avez-vous aidé GDE dans ses démarches ? », l’interroge le président. « En tant que président du Département de l’Orne, je me dois de m’intéresser à tout projet économique. Mon intervention n’a été que de mettre en relation l’entreprise et le préfet qui était le décideur, se justifie Alain Lambert. Préfet qui était contre ce projet avant même l’instruction du dossier. J’ai peut-être tenté de rééquilibrer les choses ».
Invitations à dîner, cadeaux, survol en hélicoptère… « Comment expliquez-vous ces relations personnelles avec Claude Dauphin et vos interventions en faveur de son dossier ? », relance le président du tribunal. Réponse alambiquée d’Alain Lambert : « La fonction de président de conseil départemental nécessite d’entretenir les bonnes relations avec les acteurs du monde économique. Ce n’était pas pour mon intérêt mais pour celui du département. »
Le président du tribunal insiste : « Estimez-vous que vous étiez en conflit d’intérêts ? » Alain Lambert se redresse : « Très sincèrement je n’ai jamais recherché l’intérêt personnel. J’ai toujours été passionné par le développement des collectivités que j’ai dirigées. Dans cette affaire, peut-être ai-je été trop proche. »
Trop proche jusqu’à juger, aujourd’hui, « stupide, inappropriée, saugrenue » sa demande à Claude Dauphin de financer son livre sur les finances publiques. Financement qui ne se réalisera pas. Le procès se poursuit ce jeudi 17 octobre. Le tribunal se penchera sur le cas d’Alain Pelleray, le directeur de cabinet.