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Alençon. « La nuit, mes enfants libéraient des nains de jardin »... |
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Sur sa terrasse, Michèle Devillard a deux nains de jardin, dont l’un a été libéré à l’été 1996 par le Front de libération des nains de jardin. © Delphine Le Normand
Michèle Devillard intervient dans un documentaire réalisé pour France culture sur le front de libération des nains de jardin. Le mouvement avait démarré à Alençon, à l’été 1996. L’émission est diffusée samedi 27 et dimanche 28 janvier 2018, sur France culture.
« Un soir de l’été 1996, je suis avec des amis dans mon jardin, on dîne, quand tout à coup, je vois plusieurs silhouettes débouler. Ils sont tout de noir vêtus, cagoulés et se dirigent vers mon garage. J’avoue que j’ai un peu eu la trouille jusqu’à ce que ma fille, Peggy, retire sa cagoule. Elle a alors ouvert une porte et j’ai découvert une vingtaine de nains de jardin derrière… » Michèle Devillard a alors face à elle les membres du Front de libération des nains de jardin qui vont pas mal faire parler d’eux cette année-là.
Le mouvement n’est pas vraiment né à Alençon mais c’est là qu’il va faire parler le plus de lui. « C’était l’été, il fallait tuer le temps. J’avais vu des potes faire ça à Caen, donc je me suis dit qu’on allait faire pareil », lance Peggy, 44 ans aujourd’hui. En journée, avec quelques amis, elle part en repérage. « On regardait dans quels jardins il y avait des nains. Ensuite, on fixait une date d’intervention. On attendait qu’il soit 2 h du matin, on se déguisait et on partait. »
« On les relâchait en groupe »
Les nains étaient ensuite repeints. « Comme c’était l’époque techno et électro, on y allait franchement : peinture argentée, métallisée, flashy. J’ai même fait un jogging Adidas à l’un d’entre eux. » Une fois customisés, les nains pouvaient retrouver la liberté. « Ils les amenaient en forêt, les relâchaient en groupe pour ne pas qu’ils s’ennuient, leur laissaient de la nourriture et un petit abri et s’en allaient », détaille Michèle Devillard. En général, les gendarmes récupéraient les statuettes le lendemain et les rendaient à leurs propriétaires.
Quelques mois plus tard, l’info est reprise par Jean-Marc Seigner, journaliste à L’Orne hebdo mis dans la confidence puis par l’AFP (Agence France presse) dont il était le correspondant. L’effet boule de neige est immédiat. « C’était la folie médiatique », se souvient Peggy. Sa mère leur fait office de secrétaire à l’époque. « Je recevais des coups de fil d’Australie, du Japon, d’Allemagne, d’Angleterre. À la fin, quand je décrochais, je disais : secrétariat du Front de libération des nains de jardin, bonjour ! »
Puis au bout d’une quinzaine de jours, l’engouement s’est essoufflé. Le front, lui, avait aussi perdu de son panache. Après avoir créé des émules dans plusieurs villes de France, les membres avaient entendu parler d’interpellation et de condamnations pénales pour d’autres libérateurs de nains de jardin.
« Le nain de jardin se fait rare maintenant »
Vingt-deux ans après cette folle époque, France culture consacre un documentaire à ce mouvement. Rachel Knaebel, journaliste, a voulu comprendre « pourquoi d’une blague, on aboutit à un phénomène dont tout le monde se souvient ».
Elle est donc partie pendant plusieurs mois sur les traces des libérateurs de nains de jardin, à Alençon, mais aussi dans le Nord, en Bretagne, en Gironde ou en Alsace. Son documentaire, de deux fois 30 minutes, sera diffusé sur France culture, samedi 27 et dimanche 28 janvier, à 13 h 30. D’ici à ce que ça donne l’envie à d’autres de reprendre le flambeau… « En tout cas, le nain de jardin se fait rare maintenant j’ai l’impression », sourit-elle.