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Argentan. L’ancienne libraire Micheline Hervieu est décédée... |
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Micheline Hervieu dans sa librairie en 2002. © Archives Ouest-France
Micheline Hervieu a tenu pendant quarante ans sa librairie à Argentan (Orne). Chevalier de l’ordre national du mérite depuis 2000, elle vient de décéder à l’âge de 92 ans.
Sa librairie papeterie était une véritable institution à Argentan (Orne). Micheline Hervieu est décédée mardi 20 juillet 2021 à l’âge de 92 ans. Pendant quarante ans, elle a tenu la librairie Hervieu, rue Eugène-Denis.
Micheline Hervieu naît en 1928 à Épernay, dans La Marne. Elle grandit à Paris, où ses parents tiennent une brasserie. Passionnée de lecture, elle arrive à Argentan en 1964 avec son mari Henri pour y créer la librairie qui portera leur nom même après leur départ.
Après le décès de son mari en 1987, la libraire poursuit leur activité en son souvenir et par amour des belles lettres. Elle recrute Raymonde Leboine, qui vient de passer vingt-trois ans à la Maison de la presse d’Argentan, pour l’aider. Celle-ci garde en mémoire « une femme qui cherchait tout le temps à se cultiver. Elle lisait tous les articles du Monde, les revues littéraires. C’était une passion pour elle ».
Entre deux « bons moments de rigolade », les deux femmes travaillent dur, notamment à l’approche de la rentrée scolaire. « De juin à fin octobre, c’était le temps fort de l’année. La librairie était connue très loin à la ronde. Ceux qui partaient en pension à droite à gauche venaient chercher leurs livres d’occasion. » La période des fêtes de fin d’année draine aussi de nombreux clients. « On avait la primeur de voir de très beaux livres », se remémore Raymonde Leboine.
« Tout le monde allait chez Hervieu »
En 2000, l’ancien ministre, et alors maire d’Argentan, François Doubin décore Micheline Hervieu de la croix de chevalier de l’ordre national du mérite, pour la remercier de son engagement en faveur de l’écrit. En 2004, Micheline Hervieu passe le flambeau. La boutique est reprise par Christèle Dolley pendant huit ans, avant la fermeture définitive en 2012. Ses locaux sont aujourd’hui occupés par la pharmacie du marché.

Micheline Hervieu et Michel Onfray. DR
« C’est terrible de voir en vitrine non plus des livres, mais des chaises percées et des déambulateurs », confie Michel Onfray. Le philosophe a bien connu la famille Hervieu. Il commence à fréquenter la librairie à 14 ans, lorsqu’il entre au lycée à Argentan. Il se souvient des mercredis après-midi passés à feuilleter les livres, et parfois s’en acheter un quand il avait assez économisé.
C’est aussi l’endroit de « discussions interminables » avec Henri Hervieu, un « homme de goût » à qui il soumet plus tard ses premiers textes pour avoir un avis. Son épouse Micheline, elle, « filait doux ». Micheline Hervieu a été présidente de l’Université populaire de Caen pendant une dizaine d’années, jusqu’à la fin.

Micheline Hervieu avait ses habitudes au Café de la paix. DR
« Tout le monde allait chez Hervieu. C’était impressionnant ce qu’elle était efficace pour vendre les bouquins scolaires en début d’année, se souvient l’horloger Jean-François Lefèvre, qui lui rendait visite à l’hôpital ces dernières années. On allait aussi chercher nos fournitures scolaires. À l’époque, on n’allait pas au supermarché, on allait chez Hervieu. »
Micheline Hervieu sera inhumée mercredi 4 août 2021, à 15 h, au cimetière d’Argentan. Pour son enterrement, elle avait demandé « du jazz, du chocolat et du champagne » relate Michel Onfray. Une cérémonie privée regroupant ces trois éléments sera donc organisée au restaurant La Renaissance après la cérémonie au cimetière.
« À 92 ans, elle a tourné la dernière page de son livre »
Pascal Hervieu partage un texte intitulé Sparnacienne Parisienne Argentanaise en hommage à sa mère Micheline Hervieu, qui est née à Épernay, a grandi à Paris puis s’est établie à Argentan. Nous en publions un extrait : « Mon père est mort trop tôt pour avoir pu profiter de sa vieillesse. Micheline a continué avec Raymonde qui dut supporter son mauvais caractère à tenir la librairie. Elles l’ont bien tenue, libraires toutes deux. À plus de 80 ans, Micheline a passé la main, mais tenait à vendre une librairie. Elle y a réussi non sans peine. Aujourd’hui, la librairie Hervieu n’existe plus. Quand je passais rue Eugène-Denis, je ne pouvais m’empêcher de caresser les piliers devant la grande vitrine. […] Il y a encore, place Henri-IV, deux librairies. Deux librairies tenues par des femmes. Un miracle somme toute pour une ville comme celle qui fut la sienne et la mienne. Courage livre, tiens bon ! À 92 ans, Micheline a tourné la dernière page de son livre. »