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Briouze. Le cri d’alarme du chef du centre de secours... |
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Dominique Barré est le chef du centre de secours de Briouze, dans l’Orne. © Ouest-France
Le lieutenant Dominique Barré s’inquiète de la baisse du nombre de sapeurs-pompiers volontaires, à Briouze, dans l’Orne. Pour lui, il s’agit de la conséquence d’une société de plus en plus individualiste.
Une trentaine de minutes, c’est peu ou prou le temps qu’il a fallu aux sapeurs-pompiers pour intervenir sur un feu de cheminée à Putanges-Pont-Écrepin, commune déléguée de Putanges-le-Lac, dans l’Orne, ce vendredi 21 janvier 2022. « Une demi-heure, quand on attend, c’est très long », reconnaît sans mal le lieutenant Dominique Barré, chef du centre de secours de Briouze. Ce sont ses soldats du feu qui sont intervenus les premiers sur ce sinistre. Par chance, le temps de parcourir les quinze kilomètres séparant les deux communes, l’incendie ne s’était pas propagé au reste de la bâtisse.
Pour ce sapeur-pompier volontaire, cette intervention démontre le mal qui ronge cet engagement bénévole ou presque aux services des autres. « À Briouze, en l’espace d’un an et demi, nous sommes passés de 28 à 18 pompiers volontaires. Ce n’est plus assez », atteste celui qui porte l’uniforme depuis vingt-sept ans. Résultat des courses, il est de plus en plus difficile d’armer les véhicules. C’est-à -dire d’avoir suffisamment de personnel disponible pour qu’un engin puisse partir en intervention. Pour rappel, la population couverte par le centre de Briouze s’établit à près de 6 000 habitants.
250 interventions par an
« Tous les sapeurs-pompiers ne sont pas qualifiés sur l’ensemble des interventions. Les jeunes recrues ne sont pas encore toutes formées au feu », poursuit le lieutenant. C’est ce qui explique pourquoi les pompiers briouzains ont devancé ceux de Putanges, pourtant plus proches, mais pas suffisamment nombreux. Et Dominique Barré de reconnaître : « Parfois, c’est nous qui ne sommes pas assez nombreux. » À Briouze, au cours de l’année passée, les soldats du feu ont effectué près de 250 interventions, contre 100 de plus, il y a quelques années. Une baisse qui s’explique, entre autres, par moins de transports non urgents vers l’hôpital.
« Les gens ont tendance à oublier qu’un service de secours fonctionne 24 heures sur 24 et que l’immense majorité des sapeurs-pompiers sont des volontaires », rappelle Dominique Barré. Tous les jours, ce salarié du conseil départemental débauche à 17 h 30 et se met aussitôt en disponibilité pour éventuellement grimper à bord d’un véhicule rouge. « Mon employeur a signé une convention pour que je puisse intervenir sur mes horaires de travail. Mais ce n’est pas possible pour tout le monde. Les chefs d’entreprise n’ont pas envie de voir leurs salariés partis du matin au soir. »
Manque de civisme
Le chef du centre de Briouze ne blâme pourtant pas les employeurs. « La baisse du nombre de sapeurs-pompiers volontaires se retrouve partout en France. Le problème, c’est que le don de soi devient de plus en plus compliqué », confie-t-il. Et de déplorer : « J’ai formé des pompiers qui sont partis au bout de quelques mois. D’autres ne sont jamais disponibles. Ceux-là prennent ça trop à la légère. »
Selon Dominique Barré, la seule solution serait donc de revenir vers une société « moins individualiste ». Aller dans les écoles afin de sensibiliser les enfants dès le plus jeune pourrait être une piste. « Porter notre uniforme ne fait plus autant rêver. 85 % de nos interventions, ce sont des secours à personne, pas des incendies », tempère-t-il. Pourtant, pour s’engager, rien plus de simple : il suffit de se porter volontaire, d’être majeur et déclaré apte.
À 58 ans, le lieutenant Barré est le doyen du centre de secours, sur lequel il veille depuis cinq ans. « Un jour, il faudra que je m’arrête », regrette-t-il déjà . Il faut voir ses yeux briller lorsqu’il évoque une intervention passée pour mesurer toute l’ampleur de son engagement. Un engagement que Dominique Barré a su transmettre. Ses enfants sont pompiers volontaires.