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Cette pépinière normande produit des arbres résistants au changement climatique pour les forêts de demain... |
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La pépinière Lemonnier se situe à Écouves (Orne). Samuel Lemonnier la dirige, à la suite de son père et de son grand-père. © David Fouillé
La pépinière Lemonnier produit chaque année trois millions de jeunes plants forestiers. Grâce à une technique d’avant-garde, Samuel Lemonnier prépare une forêt plus résiliente face au changement climatique et aux nouveaux pathogènes.
Direction l’Orne, plus précisément Écouves, près d’Alençon. C’est là que se sont installées les pépinières Lemonnier. « Mon grand-père a transformé la ferme familiale en pépinière. Après-guerre, il fallait replanter la forêt ! Mon père, Michel, a repris le flambeau. J’ai pris le relais il y a 25 ans », explique Samuel Lemonnier en se dirigeant vers la serre cathédrale qu’il vient d’installer. « Voilà la forêt du XXIIe siècle ! », s’exclame-t-il en désignant les semis qui s’étendent à perte de vue.
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Pins, chênes, tilleuls… Le pépiniériste produit près de 3 millions de plants forestiers et de haies par an. Avec un objectif : anticiper le réchauffement climatique. Il observe les bouleversements en cours : sécheresses estivales, hivers trop doux, vents violents… et surtout la pression croissante des maladies et parasites venus d’ailleurs. « Au-delà du changement climatique, ce qui m’inquiète le plus, c’est l’arrivée, avec la mondialisation, de maladies et d’insectes exotiques. Je pense à Xylella Fastidiosa qui assèche les oliviers ou aux scolytes qui dévorent les pins. »
« Le climat change, mais le sol restera le même »
Le pépiniériste quitte la serre et se dirige vers la zone de stockage des jeunes arbres. Tout en marchant, il donne quelques solutions et possibilités : « Il n’y a pas de recette toute faite. Il faut rester prudent. On teste certaines essences, on diversifie les plantations, on ouvre des pistes pour après-demain. »Â

La pépinière de 15 hectares compte 20 employés et produit plus de 300 variétés de plantes. David Fouillé
« Le climat change, mais le sol restera le même. Drainant, argileux, sec… C’est le premier critère de choix. L’ouest de la France connaîtra des sécheresses estivales plus sévères mais l’hiver restera humide. » Samuel Lemonnier plaide pour un retour aux essences locales comme le chêne du Bessin. De son côté, l’Office national des forêts mise sur le cèdre de l’Atlas, le séquoia, le copalme d’Amérique. Des essences qui, bien choisies, peuvent aussi convenir à votre jardin, s’il est grand !
Sous les serres et à ciel ouvert, les plants grandissent au rythme d’un climat qui change. Samuel Lemonnier ne prétend pas prédire l’avenir, mais il y prépare ses arbres, un par un, racines bien ancrées, pour qu’ils puissent encaisser les coups à venir.