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Consommation. Les produits d’occasion entrent dans les rayons de la grande distribution... |
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Près de Nantes, Leclerc Atout-Sud vend des produits d’occasion depuis 2019. Auchan et Carrefour s’y mettent. © Ouest-France
Leclerc, Carrefour, Auchan... La grande distribution se met à vendre des produits d’occasion. Pour les uns des objets, pour d’autres des vêtements. Un moyen de répondre à une nouvelle forme de consommation. Et le confinement n’a pas stoppé la tendance.
À côté des produits neufs dans les rayons, désormais les clients peuvent aussi acheter des produits d’occasion. Des expérimentations lancées par la grande distribution qui ne veut pas louper le train de l’économie circulaire. Elle cherche à se recycler.
Quel est le concept ?
Les grandes surfaces vendent dans un espace défini des produits d’occasion. Le groupe Carrefour s’est allié début mars avec Cash Converters pour le lancement d’un espace de vente de 100 m 2 d’objets de seconde main axé sur la téléphonie, la high-tech, les jeux vidéo, les bijoux, l’informatique, les livres ou encore les CD/DVD. Ce test a lieu dans un magasin de la région parisienne aux Ulis. Auchan a lancé, depuis fin février, dans cinq magasins pour l’instant, des espaces de ventes de vêtements d’occasion. L’enseigne a noué un partenariat avec Patatam, une entreprise basque spécialisée dans ce domaine. Leclerc a été la première enseigne à se lancer sur ce créneau en 2018. Actuellement, il existe 30 Leclerc Occasion en France qui rouvrent progressivement depuis le 11 mai. La marque prévoit d’en ouvrir une trentaine autres d’ici à la fin de l’année. Néanmoins, le confinement a entraîné le décalage d'un certain nombre d'ouvertures
, prévient Leclerc.
Comment cela fonctionne ?
Pour Auchan, la grande surface achète par palette des vêtements d’occasion déjà triés et étiquetés par nos soins
, explique Eric Gagnaire cofondateur de Patatam, le fournisseur. L’entreprise gère aussi le réassort comme un fournisseur classique. Les habits sont affichés à prix fixe : 8 € la robe, 3 € le tee-shirt, 15 € le manteau… Le client passe en caisse avec son produit de seconde main comme pour un paquet de céréales.
Un modèle qui plaît. D’autres grandes surfaces sollicitent Patatam, selon le dirigeant.
Qui sont les clients ?
Selon une étude de l’Institut Français de la Mode (IFM), 40 % des Français ont acheté au moins une fois un produit d’occasion
en 2018. De façon plus globale, aujourd’hui, c’est un phénomène qui s’adresse à toutes les catégories sociales
, précise Thomas Delattre, professeur à l’IFM et directeur de l’étude sur le marché de la seconde main. Acheter un objet déjà porté était pendant longtemps un comportement de pauvre. Désormais, on voit des acheteurs CSP +
, observe Catherine Ho, anthropologue, spécialiste des comportements de consommation dans la mode. L’arrivée de vêtements déjà portés en grande surface va participer au recrutement de nouveaux profils d’acheteurs
, estime Thomas Delattre.
Quelle est la stratégie de la grande distribution ?
Au-delà de l’argument marketing d’une nouvelle offre en grande surfacequi favorise la consommation raisonnée
, c’est un moyen, pour les enseignes, de fidéliser leur clientèle. Ou mieux, d’en capter une nouvelle. Chez Auchan, le consommateur est aussi incité à déposer ses anciens vêtements en le récompensant d’un bon d’achat (5 € pour un petit sac) à dépenser pour un article neuf. Une économie circulaire dans laquelle la grande distribution avance ses pions.
Quel impact aura le Covid sur le marché de l’occasion ?
Le fonctionnement n’est pas remis en cause, au contraire. Eric Gagnaire qui fournit Auchan en vêtements d’occasion est confiant. Nous travaillons déjà avec les équipes d'Auchan sur la mise en place rapide d'un nouvel assortiment axé sur l’été dans les cinq hypers.
C
ourant juin cinq nouveaux hypers Auchan intégreront un corner.
Début juin CDiscount, le vendeur en ligne, va lancer un espace « Mode de seconde main vérifiée ». Patatam va leur envoyer 20 000 articles étiquetés et sous plastique. À cette échelle, c'est une première en France !
. Le covid-19 n’aura pas eu raison des articles d’occasion.