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Deux avocats vont redonner vie au procès des Fleurs du mal à Mortagne-au-Perche... |
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Philippe Goossens, avocat au Barreau de Paris depuis 1995. © Ouest-France
Samedi 15 novembre 2025, une nouvelle joute entre deux ténors du barreau sera proposée à Mortagne-au-Perche (Orne) à l’occasion d’un spectacle sur le procès des Fleurs du mal de Baudelaire, dont l’avocat général sollicitait la censure en 1857.
Une nouvelle joute entre deux ténors du barreau aura lieu le 15 novembre 2025 à Mortagne-au-Perche (Orne). Après le procès de Louis XVI, c’est un autre grand procès qui s’ouvre : celui des Fleurs du mal de Charles Baudelaire. Pour cette seconde édition, l’association culturelle 1762 demandera à deux avocats, maîtres Frety et Goossens, ainsi qu’à deux musiciens, Henri Demarquette et Alexandra Matvievskaya, de présenter le procès des Fleurs du mal dont l’avocat général sollicitait la censure en 1857. Philippe Goossens, avocat au Barreau de Paris depuis 1995, présente ce spectacle.
Pourquoi avoir choisi ce procès ?
Car cela pose la question de jusqu’où un artiste est-il libre d’écrire, de peindre, de sculpter. Cela pose la question de l’art par rapport à la censure. Nous avons choisi ce procès car c’est, avec celui de Madame Bovary, l’un des plus célèbres en termes de censure artistique. Il illustre véritablement l’équilibre, le débat, entre la liberté des artistes face à l’outrage d’une morale publique et des bonnes mœurs. C’est ce qui rend ce procès très intéressant. Par ailleurs, c’est une œuvre devenue l’une des plus connues de la littérature française en termes de poésie.
Est-ce encore un sujet d’actualité ?
Aujourd’hui, il ne pourrait plus y avoir un procès identique, pour les mêmes motifs (la défense de la morale publique et religieuse). Mais ce n’est pas une question figée : elle évolue avec le temps. On pourrait se demander si c’est le droit qui influence les mentalités, ou si ce sont les mentalités qui font évoluer le droit. Le véritable enjeu réside dans notre perception actuelle de la censure. Rien ne garantit que cette perception restera la même : un retournement de tendance est toujours possible. En réalité, la question de la censure n’a jamais totalement disparu de notre droit positif.
Comment se déroulera le spectacle ?
Au Carré du Perche, la joute se déroule dans une mise en scène sciemment dépouillée, pour que le spectateur puisse fixer son attention sur la musique et les mots. Pour mieux ressentir les émotions auxquelles ouvre la musique, se saisir des idées que font passer les orateurs. L’alternance entre la musique et le texte rythme le spectacle, le fait comme respirer. Henri Demarquette et Alexandra Matvievskaya assurent la partie musicale, avec un programme qui évoque l’époque du poète à travers des œuvres de Chopin, Fauré ou encore Debussy.
Je reprends le réquisitoire d’Ernest Pinard, celui qui était le procureur général dans le procès intenté plus tôt au roman de Flaubert. Edmond Frety incarne maître Chaix d’Est-Ange, pour la défense de l’indépendance de l’artiste et de la beauté de son œuvre.
Samedi 15 novembre, 19 h 30, spectacle Vous avez dit censure ?, au Carré du Perche. Tarif : 15 € (tarif jeune jusqu’à 16 ans : 6 €). Réservations auprès de l’office du tourisme ou de l’Association culturelle 1762.