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ÉDITORIAL. L’IA, le bon Dieu et nous... |
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Illustration d’un utilisateur d’IA dialoguant avec un agent conversationnel. © Guillaume Saligot, archives Ouest-France
Avec l’intelligence artificielle, sommes-nous en train de façonner une religion qui tient dans notre poche ? La philosophe Gabrielle Halpern pose la question. Le pape Léon XIV appelle pour sa part à la régulation d’une technologie par nature ambivalente.
IA par ci, IA par là… L’intelligence artificielle est évoquée à tout bout de champ ces jours-ci : dans les frappes en Iran, dans la détection des fuites d’eau en Île-de-France, dans les soins du cancer, dans les mouvements boursiers comme dans la campagne des municipales… N’en jetez plus, la cour est pleine. Et si en plus, cette puissante innovation technologique avait aussi une dimension religieuse ? C’est la philosophe Gabrielle Halpern qui pose la question dans un petit essai stimulant : « Intelligence artificielle : et l’homme créa Dieu » (Ed. Hermann).
Son hypothèse de départ ? Nous prêtons à l’IA quelques-uns des attributs de la divinité : elle sait tout (omnisciente), elle est toujours disponible (omniprésente), et elle est créatrice à volonté d’images, de textes, de sons (omnipotente). Au final, observe malicieusement Gabrielle Halpern, contrairement aux idées reçues, il semblerait que l’intelligence artificielle n’ait pas remplacé l’être humain, mais Dieu lui-même ».
À quelles attentes profondes répond donc cette technologie pour qu’elle ait été adoptée par tant de nos contemporains ? Pour la philosophe, elle répond à notre ancestrale angoisse de nous sentir isolés dans un environnement que nous ne comprenons pas. De fait, l’IA répond toujours présent. La masse de ses connaissances, son infinie patience et son égalité d’humeur semblent miraculeuses. Comment comprendre autrement qu’elle se soit si vite imposée comme un interlocuteur alternatif légitime ».
Au point que 78 % des 16-24 ans préfèrent poser une question à l’IA plutôt qu’à leur professeur (1).
Le pape élève la voix face à l’IA
Question : Quel sera ce nouveau monde où nous ferons face au bruit des claviers et au silence des Hommes ?
Dans un texte fameux rédigé dix siècles avant notre ère, la Genèse, on peut lire : Quand vous mangerez le fruit de l’arbre de la connaissance, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux.
On connaît la suite : le paradis perdu, le meurtre d’Abel par Caïn, le déluge… L’Homme se perd quand il oublie tout sens de la mesure, toute humilité.
Fin janvier, à Rome, le pape Léon XIV a profité de la Journée mondiale des communications sociales pour enfoncer le clou. Selon lui, le vrai défi qui nous est posé par l’IA n’est pas d’arrêter l’innovation numérique, mais de la guider en étant conscients de son caractère ambivalent. Il appartient à chacun d’entre nous d’élever la voix pour défendre les personnes humaines afin que ces outils puissent véritablement devenir des alliés.
Et pour le pape, n’en déplaise à son compatriote Donald Trump, il importe que des régulateurs transnationaux nous protègent par une réglementation adéquate ».
Dans un monde où les algorithmes ont appris à simuler l’empathie, il est nécessaire de rappeler que la vraie rencontre avec autrui suppose de préserver nos vraies voix et nos vrais visages : Sans acceptation de l’altérité, il ne peut y avoir ni relation ni amitié.
(1) Enquête Viavoice à paraître pour la Macif et la Fondation Jean-Jaurès.