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ENTRETIEN. Conférence de Munich : « Marco Rubio a reçu une ovation des Européens surtout car il n’était pas JD Vance »... |
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Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio en marge de la Conférence de Munich sur la Sécurité en Allemagne samedi 14 février 2026. © AFP
Pour l’expert des relations internationales François Heisbourg, le Secrétaire d’État américain n’a rien dit de nouveau à la Conférence de Munich ce samedi. Il a tenu la ligne de Donald Trump tout en évitant surtout le ton plein d’invectives de JD Vance l’année précédente.
Un an après le discours du vice-président américain, JD Vance, qui avait sidéré les Européens, le chef de la diplomatie, Marco Rubio, intervenait samedi 14 février à son tour à la Conférence de Munich sur la sécurité. L’allocution très attendue du responsable américain a été beaucoup moins conflictuelle déclarant que les Européens restaient bien les « alliés » des États-Unis.
Pour François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, et auteur du livre Le Suicide de l’Amérique (éditions Odile Jacob), le secrétaire d’État américain a su être plus diplomate que son vice-président.
Avez-vous été rassuré par le discours de Marco Rubio ?
Son succès à la Conférence de Munich était assuré par le simple fait de ne pas être JD Vance. Il suffisait de prononcer un discours différent pour avoir une ovation à la fin, ce qu’il a fait et eu. Il n’a rien dit de nouveau, mais il évite une discussion sur l’Ukraine avec Volodymyr Zelensky pour aller se jeter dans les bras du Slovaque Robert Fico dimanche et puis de Viktor Orbán lundi. Je constate qu’il préfère visiter l’Europe de Vance.
Il a donc été très diplomate…
Il n’a rien dit qui pouvait le fâcher avec Donald Trump. tout en faisant plaisir aux Européens en ne reprenant pas le vocabulaire du document de sécurité nationale, qui lui-même était la formalisation du discours de JD Vance il y a un an. L’accueil qui a été fait à Marco Rubio porte surtout témoignage de l’extraordinaire réticence que constitue la perspective pour les Européens de devoir se débrouiller sans les Américains.
Peut-on dire que si les États-Unis restent nos alliés, ils sont aujourd’hui un interlocuteur vraiment différents ?
Ils sont totalement différents. C’est la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, qui s’est exprimée durant un débat sans employer le mot d’allié, et pour cause. Un « allié » qui veut votre territoire, le Groenland, n’est pas un allié.
Qu’est-ce qui différencie les Européens et les Américains avec Trump désormais ?
Les Européens veulent faire l’Union européenne, les Américains veulent la casser. C’est un résumé, je crois, très officiel de la politique américaine quand on lit le document de sécurité nationale. Les gens ont tous conscience qu’on est au bord d’une rupture profonde.