Accueil Info Info en continu EXCLUSIF. « En 2025, il y a eu une mobilisation record des Français pour le patrimoine, avec 741 monuments sauvés »

EXCLUSIF. « En 2025, il y a eu une mobilisation record des Français pour le patrimoine, avec 741 monuments sauvés »

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photo  guillaume poitrinal, président de la fondation du patrimoine, photographié à paris, vendredi 6 février 2026.  ©  stéphane geufroi / ouest-france 5

Guillaume Poitrinal, président de la Fondation du patrimoine, photographié à Paris, vendredi 6 février 2026. © Stéphane Geufroi / Ouest-France

Le président de la Fondation du patrimoine, Guillaume Poitrinal, dresse le bilan de l’année 2025 et dévoile ses priorités pour 2026. Il se réjouit de l’engagement grandissant des citoyens, alors qu’au moins 67 400 monuments non protégés sont dans un « état critique ». Pour 2026, il annonce une expérimentation pour ouvrir les églises avec des serrures connectées et des actions spécifiques pour les théâtres. Il ouvre aussi la porte au patrimoine… gastronomique.

« Églises qui s’effondrent, ponts interdits au public, locomotives qui rouillent, théâtres fermés depuis vingt ans… » : la liste est très longue des monuments à sauver en France ! C’est ce à quoi s’attelle depuis trente ans cette année, la Fondation du patrimoine, personne morale de droit privé reconnue d’utilité publique, créée en juillet 1996. Pas un jour sans qu’une association ou une collectivité ne fasse appel à elle.

Mais si les besoins sont énormes, les Français répondent présents. « Le patrimoine est en danger sur tout le territoire et la générosité est présente partout », résume Guillaume Poitrinal, le président bénévole de la Fondation depuis sept ans. « Ce n’est pas Paris qui sauvera le patrimoine des campagnes et des villages », ajoute ce natif de Châtellerault dans la Vienne, qui est par ailleurs cofondateur de WO2 (entreprise qui promeut les bureaux bas carbone en bois massif) après avoir été PDG d’Unibail-Rodamco-Westfield.

« Églises connectées, théâtre et gastronomie… »

Dans cet entretien exclusif à Ouest-Franc», il détaille le bilan de l’activité de la Fondation en 2025 et dévoile ses priorités 2026. Parmi lesquelles la sauvegarde des théâtres ou l’expérimentation de serrures connectées dans les églises. Sans oublier de dire tout le bien qu’il pense de Stéphane Bern, mais aussi du projet de l’ancien chef cuisinier de l’Élysée, Guillaume Gomez, d’ouvrir une branche gastronomie au sein de la Fondation du patrimoine.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2025 ?

Nous avons connu une mobilisation record des Français pour le patrimoine avec une hausse de 22 % des montants collectés directement via les collectes citoyennes (105 526 dons pour 32,7 millions d’euros). Si on ajoute les revenus liés aux Loto du patrimoine (29,2 millions), le mécénat (près de 3 000 entreprises), les legs, etc, les ressources totales (y compris celles exceptionnelles) atteignent 168,7 millions, en hausse de 32 % par rapport à 2024. C’est le budget le plus élevé depuis la création de la Fondation du patrimoine il y a trente ans.

Combien de collectes sont ouvertes ?

1 080 nouvelles collectes ont été créées en 2025 et, au total, 2 607 sont actuellement ouvertes, pour lesquelles nous devons encore collecter plus de 95,2 millions d’euros sur 164,5 nécessaires. Ce sont autant d’opérations de sauvetage du patrimoine sur tout le territoire : églises qui s’effondrent, ponts interdits au public, locomotives qui rouillent, théâtres fermés depuis vingt ans… En 2025, nous avons sauvé 741 monuments grâce aux collectes (hors labels).

D’où vient la menace ?

Au moins 67 400 monuments non protégés sont estimés dans un « état critique », selon l’Observatoire du patrimoine non protégé, lancé par la Fondation en septembre dernier. Ils sont menacés par l’érosion du temps, les catastrophes, le désintérêt de certains propriétaires ou le manque de moyens. Pourtant, il y a un énorme intérêt des Français, des entreprises, des collectivités. Le rôle de la Fondation est de faire travailler tout le monde ensemble : mécènes, services de l’État, maîtres d’ouvrage.

Comment ?

Nous apportons une continuité de méthode : affiner les programmes, collecter l’argent, évaluer les travaux, remettre du bon sens dans les budgets et les priorités. Notre succès tient au fait que nous sommes hyperdécentralisés - grâce à nos 21 délégations régionales et 100 délégations départementales. Et à nos 1400 bénévoles locaux en 2025 (+ 27 % en un an). Après sept ans de présidence, je suis persuadé que ce n’est pas Paris qui sauvera le patrimoine des campagnes et des villages.

photo la demeure chevetel (au centre, à bazouges-la-pérouse (ille-et-vilaine)., vient d’être rénovée grâce à la fondation du patrimoine.  ©  ouest-france

La demeure Chevetel (au centre, à Bazouges-la-Pérouse (Ille-et-Vilaine)., vient d’être rénovée grâce à la Fondation du patrimoine. Ouest-France

Vous devez être très sollicités ?

On reçoit de très nombreuses demandes chaque jour. Notre objectif n’est pas de démultiplier les ouvertures de collectes, mais de les réussir et de permettre que les travaux commencent pour sauver les édifices.

Lire aussi : « On n’est pas passé loin de la catastrophe » : en Bretagne, un moulin à marée sauvé par la mobilisation

Comment évaluez-vous les demandes ?

Il y a conditions : un budget sérieux, un usage (on ne va pas se démener pour un site qui restera fermé au public), un porteur de projet sérieux, un montant atteignable, et un protocole signé avec l’association ou la collectivité qui porte ce projet.

Vous en appelez à l’État pour simplifier les règles ?

Oui. N’importe quel maire rural vous dira que le code des marchés publics est un enfer, et qu’il paie ses prestations plus cher. La complexité administrative n’est pas l’amie de l’efficacité.

Combien donnent les citoyens ?

Le don médian est de 100 €, ce qui coûte 34 € au donateur car il a droit à une réduction d’impôt égale à 66 %. Pour 90 % des dons, les gens choisissent un projet précis : le premier facteur, c’est l’attachement et la proximité géographique.

« Six collectes à plus de 300 000 € »

Et quel est le montant des collectes ?

En moyenne, elles tournent autour de 50 000 €. En 2025, trente collectes ont dépassé les 100 000 € et six les 300 000 €. Il s’agit du Palais du Tau (Marne), de Notre-Dame de Consolation (Paris), de Notre-Dame du Rosaire (Bouches-du-Rhône), de Fort Boyard (Charente-Maritime), de l’église de Traînel (Aube) et de celle de Vocance (Ardèche). Mais il y a aussi des plus petites collectes.

photo le fort boyard (charente-maritime) fait partie des six collectes qui ont dépassé les 300 000 € en 2025.  ©  franck dubray / ouest france

Le Fort Boyard (Charente-Maritime) fait partie des six collectes qui ont dépassé les 300 000 € en 2025. Franck Dubray / Ouest France

Un exemple ?

La Fondation du patrimoine fait du sur-mesure. Le Chêne-chapelle millénaire d’Allouville-Bellefosse (Seine-Maritime) prend l’eau. L’objectif était de 18 000 €. 91 % ont été récoltés en 15 mois, avec 191 donateurs pour un don moyen de 86 €. Avec le mécénat et d’autres aides, nous avons fermé la collecte à plus de 25 000 €. On peut également citer l’église Notre-Dame-la-Grande de Poitiers (Vienne) pour laquelle nous avons mobilisé 1,7 million d’euros dont plus de 465 000 € de collectes et 500 000 € de Loto du patrimoine. On préfère des montants atteignables, avec des paliers, quitte à relancer ensuite pour d’autres travaux. On a une délégation par département, avec des bénévoles qui se déplacent et connaissent les projets locaux. On sait aussi être réactifs avec des dispositifs « d’urgence » en cas de dégradation climatique ou d’incendie par exemple.

Y a-t-il des spécificités géographiques ?

Le patrimoine est en danger sur tout le territoire et la générosité est présente partout. Cependant il y a des zones où les citoyens se mobilisent davantage : en Bretagne ou en Alsace par exemple. Et les territoires ruraux sont souvent moteurs.

Recevez-vous encore des dons pour Notre-Dame de Paris ?

Nous avons clôturé la collecte auprès du grand public un mois après l’incendie. La Fondation du patrimoine a su fédérer les donateurs du monde entier pour collecter 225 millions d’euros, soit 70 % des dons collectés pour Notre-Dame, en nombre et en volume (en excluant les trois plus importants mécènes familiaux). Aujourd’hui, si la collecte est terminée, les travaux se poursuivent sur l’extérieur de la cathédrale, au niveau du chevet par exemple, grâce notamment aux conventions de mécénat de grandes entreprises, signées avec la Fondation.

Les églises sont d’ailleurs une priorité pour vous ?

Nous avons lancé une collecte thématique sur le patrimoine religieux, avec une déduction exceptionnelle d’impôt sur le revenu exceptionnelle de 75 %, décidée par le président de la République et qui s’est terminée au 31 décembre 2025. Mais la collecte est toujours ouverte avec un taux à 66 %. Plus de 30 millions d’euros ont été récoltés auprès de plus de 100 000 donateurs. En 2025, 103 projets ont ainsi été soutenus, auxquels s’ajoutent les 100 de 2014. Ça montre l’attachement des Français au patrimoine religieux.

photo plus de 25 000 € ont été récoltés pour le chêne-chapelle millénaire d’allouville-bellefosse (seine-maritime).  ©  afp

Plus de 25 000 € ont été récoltés pour Le Chêne-chapelle millénaire d’Allouville-Bellefosse (Seine-Maritime). AFP

Quels projets avez-vous pour les églises en 2026 ?

Nous lançons une expérimentation dans une cinquantaine d’églises de Normandie, Bourgogne-Franche-Comté et Rhône-Alpes, en partenariat avec Orange. Nous allons installer des serrures connectées, une solution innovante pour notamment répondre à la problématique des fermetures régulières des sites, rendant l’accès au public difficile. Parce que c’est l’usage qui permet la pérennité de notre patrimoine : une église qui reste fermée au public (par peur des vols notamment) est en péril.

« Ouvrir l’église avec l’application Sésame depuis son smartphone »

Comment ça marche ?

C’est simple. L’idée est qu’on pourra ouvrir l’église avec l’application Sésame depuis son smartphone. Le visiteur rentre, referme derrière lui, visite, ressort et verrouille à nouveau. Ça pose des questions techniques ou législatives avec la vidéosurveillance mais on va y travailler. Et on proposera aussi des parcours de visite pour chaque lieu, via l’application.

Êtes-vous toujours favorable à une entrée payante à Notre-Dame de Paris ?

Oui. On se déchire sur des principes idéologiques et on oublie le pragmatisme. On peut faire deux entrées : une payante pour les visites et une gratuite pour le culte. Ça existe déjà ailleurs et ça marche. Oui, certains resquilleront, mais combien rapportés à ceux qui paieront (notamment les touristes étrangers), permettant ainsi d’entretenir les lieux voire de créer un meilleur accueil pour les visiteurs. À quand un musée de l’œuvre ou un accueil digne de ce nom - l’Hôtel-Dieu, juste à côté, est vide depuis sept ans.

Le patrimoine est-il un objet politique ?

Non, il y a très peu d’ennemis politiques du patrimoine. La cause est populaire, dans tous les milieux. Quand une ministre de la Culture a évoqué l’idée que des églises soient détruites ou abandonnées parce qu’on ne pourra pas toutes les sauver, c’est très mal passé dans les territoires. Il y a 40 000 églises en France : même si on n’y met pas les pieds ou qu’on n’est pas croyant, elles peuvent compter dans notre vie et sont les témoins de l’histoire de chaque territoire. Elles sont au centre du village.

Lire aussi : ENTRETIEN. Stéphane Bern : « Les habitants du Grand Ouest sont attachés à leur très riche patrimoine »

Les dons qui affluent pour le patrimoine mettent-ils en péril la générosité pour d’autres causes, humanitaires, notamment ?

Non, il n’y a pas concurrence directe : ce ne sont pas les mêmes dons, ni les mêmes donateurs. Par ailleurs, l’argent que nous récoltons part dans l’économie locale (matériaux, artisanat, circuit court).

Avez-vous de nouvelles idées de financement ?

On a beaucoup d’idées qu’on révélera au mois de juin, à l’occasion des 30 ans de la Fondation.

Dont celle d’un « national trust à la française », une structure qui protège le patrimoine sans le nationaliser, mais en fédérant les différents acteurs.

Rendez-vous en juin !

Le partenariat avec FDJ United sur le Loto du patrimoine continue ?

On a signé la prolongation jusqu’en 2028. Avec les jeux Mission Patrimoine, on a récolté 210 millions d’euros en huit ans et sauvé plus d’un millier d’édifices (70 % des sites qui avaient été choisis). C’est un vrai succès populaire.

photo stéphane bern, chez lui, au collège royal et militaire de thiron-gardais (eure-et-loir) est l’ambassadeur de la fondation du patrimoine.  ©  stéphane geufroi / ouest-france

Stéphane Bern, chez lui, au collège royal et militaire de Thiron-Gardais (Eure-et-Loir) est l’ambassadeur de la Fondation du patrimoine. Stéphane Geufroi / Ouest-France

Que doit le patrimoine à Stéphane Bern ?

Énormément ! C’est notre ambassadeur. Il est génial et toujours disponible. Il a rendu populaire la cause. Le patrimoine lui doit beaucoup.

Dans Ouest-France, l’ancien chef cuisinier de l’Élysée, Guillaume Gomez, a évoqué l’idée d’une branche spécifique de la Fondation de la mission patrimoine, consacrée à la gastronomie. Qu’en dites-vous ?

L’idée est intéressante. J’en ai parlé avec lui : c’est en préparation. Ce patrimoine immatériel est riche : recettes, légumes anciens (on en sauve déjà), savoir-faire, lieux. Donner un avenir à notre histoire vaut aussi pour l’histoire gastronomique et œnologique qui participe au rayonnement de la France.

Et vous voulez sauver les théâtres ?

Oui, la sauvegarde des théâtres est une de nos priorités en 2026. Nous en avons déjà sauvé beaucoup comme le théâtre des Bleus de Bar à Bar-le-Duc (Meuse). Cette année, nous lancerons un programme spécifique de soutien qui consistera à identifier des projets via nos délégations et à apporter des financements selon les besoins.

« Des acteurs de la Comédie française dans chaque théâtre rouvert »

Pourquoi le théâtre ?

Au-delà de la valeur patrimoniale, il permet l’animation de nos territoires. Et j’aimerais que des acteurs de la Comédie française ou d’autres grandes troupes viennent jouer dans chaque théâtre qu’on rouvre. À l’image de la Fondation Rocamadour - Musique sacrée, qu’on a lancée en mai 2025 : on a organisé 19 concerts dans des églises dont la restauration est soutenue par notre action. Parce que le patrimoine, c’est d’abord le partage.

 
Recueilli par Cyril Petit    Ouest-France  

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