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La Communauté urbaine d’Alençon va augmenter les impôts... |
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Pour réduire ses dépenses d’investissement, la Communauté urbaine d’Alençon renonce à construire un nouveau théâtre. Un aménagement d’Anova va être étudié pour accueillir cette activité culturelle. © Archives Ouest-France
Dépenses en hausse, recettes en baisse : la Communauté urbaine d’Alençon (Orne) doit trouver de l’argent pour fonctionner, investir et rembourser sa dette. Une perspective largement débattue au conseil, jeudi 3 février 2022.
Joaquim Pueyo, a pourtant pris des précautions oratoires, jeudi soir, pour annoncer que la communauté urbaine d’Alençon (CUA) envisageait une hausse des impôts. Il n’empêche : le débat d’orientation budgétaire de ce jeudi 3 février 2022 a donné lieu à une salve de critiques de l’opposition. Le président de la CUA et maire d’Alençon (Orne) a cependant pu compter sur le soutien de plusieurs élus.
Besoin d’argent
« La communauté urbaine d’Alençon connaît d’importantes contraintes budgétaires et ce, dès son origine, a entamé Joaquim Pueyo. Des ressources supplémentaires sont nécessaires pour assurer sereinement son fonctionnement et les politiques publiques que nous avons mises en place depuis de nombreuses années. »
Ahamada Dibo, premier vice-président en charge des finances, est ensuite monté au créneau pour expliquer l’augmentation des taux d’imposition envisagée cette année. Des taux auxquels la collectivité n’a pas touché depuis près de dix ans. Courbe à l’appui, il a pointé : « l’impossibilité de conserver une épargne brute positive, et ce à très court terme. »

Comme l’indique le graphique consacré aux dépenses et recettes de fonctionnement de la collectivité, la CUA doit redresser la barre. Les élus s’appuient sur des comparaisons avec des villes voisines pour justifier la marge de manœuvre qui s’offre à eux sur le plan fiscal. Ouest-France
« Un très large consensus »
Les charges de la CUA ont constamment augmenté depuis 2018 tandis que ses recettes ont baissé à partir de 2020. Si rien n’est fait, très prochainement, la collectivité dépensera plus qu’elle ne gagnera. « Pour la période 2022-2026, le besoin de financement peut être estimé à 27 millions d’euros », a précisé Ahamada Dibo.
L’élu d’Alençon a insisté sur le fait que cette analyse était portée par « un très large consensus ». Depuis 2019, deux commissions générales, sept réunions des vice-présidents et trois conférences des maires de la CUA se sont tenues sur le sujet. « À ce jour, rien n’est figé, a rassuré Joaquim Pueyo. Les taux seront fixés en mars, lors du vote du budget. »
Du « matraquage fiscal »
«Nous sommes dans l’imprévision budgétaire la plus totale, a opposé Ludovic Assier, conseiller communautaire d’Alençon, ciblant Joaquim Pueyo, aux manettes depuis 2008. Nous vous avons alerté sur la faiblesse financière endémique de la CUA. Vous êtes responsable de ne pas avoir agi avant. »
L’élu du groupe « L’union fait notre force », qui s’oppose à l’augmentation des impôts, a parlé de « matraquage fiscal pour les propriétaires de la CUA ». Or, a-t-il continué : « Alençon a la réputation d’être une ville chère dès qu’on parle d’imposition. La fiscalité fait fuir les habitants présents et elle repousse ceux qui auraient envie de s’y installer. »
Marie-Béatrice Levaux a enfoncé le clou. « À l’heure où les questions de pouvoir d’achat sont prégnantes, vous envoyez un signal négatif supplémentaire qui ne pourra rencontrer que les incompréhensions des habitants. » La colistière de Ludovic Assier a évoqué « un consensus de façade » et demandé un vote à bulletin secret lors du prochain conseil.
« La communauté asphyxiée »
Sophie Douvry est, elle aussi, montée au créneau, citant Jacques Chirac. « On fait des cadeaux avant les élections et on décide des impôts tout de suite après. » L’élue d’opposition a dénoncé « une pirouette » tentée par le maire d’Alençon. « Quand vous promettiez en 2020 de ne pas augmenter les impôts de la Ville, nous parlions des impôts des Alençonnais, taux communal et intercommunal. »
« Vous avez asphyxié la communauté urbaine et les maires n’ont plus le choix », a-t-elle reproché à Joaquim Pueyo, l’interpellant sur le fait que la Ville ne reverse pas la dotation de solidarité urbaine. « Cette année, ce sont presque 4 millions qui devraient revenir à la CUA. Cela facilite votre gestion alençonnaise au détriment des autres communes. »
Un problème récurrent
« Le projet est porté par tout un collectif, a souligné Gérard Lurçon, maire de Saint-Germain-du-Corbéis. Demander un effort fiscal n’est jamais aisé, mais si on ne le fait pas, on aura un manque à gagner de plus de 2 millions par an. Et si on ne fait rien, la CUA ne sera pas un bateau à l’arrêt, mais à la dérive. »
« Le travail collectif qui nous a été présenté n’est pas une lubie, a renchéri Thierry Mathieu. C’est une problématique de longue date. On aurait sans doute dû activer le levier fiscal plus tôt. On a essayé de maintenir les impôts à un niveau moindre pendant des années. Mais il y a un problème lié à la petite taille de cette communauté urbaine. »
« Pas de plan B »
« L’État ne finance pas correctement la décentralisation et cela pèse sur les collectivités quelles qu’elles soient, a mis en avant aussi l’élu d’Alençon. Alors, peut-être que le travail collectif que l’on a fait débouche sur un manque d’imagination, mais on n’a pas de plan B actuellement. »
« On aurait pu augmenter les impôts de 0,5 % par an et on n’aurait pas eu cette discussion ce soir », a reconnu Jérôme Larchevêque. Mais le maire de Ménil-Erreux a mis l’accent sur la baisse des dotations de l’État qui plonge les collectivités dans la difficulté : « Depuis huit ans, j’ai perdu plus de 13 000 € par an dans ma commune. »
Un choix « collégial »
« Je ne peux pas accepter l’expression « consensus de façade », est intervenue ensuite Anne-Sophie Lemée, maire de Condé-sur-Sarthe. Nous formons un groupe solidaire. » Propos confirmés par Anita Paillot, maire de Damigny. « Nous voulons que des projets soient menés pour tous et ensemble. C’est ainsi que l’augmentation des taxes a été envisagée, de façon collégiale et pas partisane. »
« Personne ne veut payer d’impôts, a réagi Pascal Mesnil, élu d’Alençon. Si on n’en paie pas, comment fait-on pour la solidarité, pour soutenir l’économie, bâtir des gymnases et tout ça ? On ne veut pas payer d’impôt, mais on veut plein de choses. Ça me met en colère ce point de vue sur l’impôt. Que chacun participe selon ce qu’il gagne, je trouve ça juste. »
« Je pense qu’il y a des attaques d’ordre politique à mon encontre, a conclu Joaquim Pueyo, mais j’appliquerai la décision collective. Je n’ai jamais souhaité l’augmentation des impôts. On va fournir des éléments très précis, qui permettront à chacun de voir combien il devra payer. Nous serons totalement transparents. »