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Pays d’Argentan. Planter des haies pour la biodiversité... |
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Luc Bertrand près de la haie qui vient d’être plantée. La bâche noire est le « paillage » qui permet de garder l’humidité. © Ouest-France
La société Bois Négoce Énergie, implantée à Moulins-sur-Orne (Orne), installe des haies bocagères chez les agriculteurs. Cette année, 14 kilomètres ont été plantés, essentiellement dans le pays d’Argentan.
Le long de la frêle tige sortant à peine de terre, une coccinelle se prélasse déjà au soleil. Frédéric Guibout, l’agriculteur ornais qui vient de faire installer une haie bocagère sur sa parcelle de Juvigny-sur-Orne (Orne) s’en réjouit : la biodiversité est déjà de retour ! « Nous les agriculteurs, on voit bien qu’il y a de moins en moins d’animaux. Quand mon oncle s’occupait de ces terres, il y avait 100-150 perdreaux. Maintenant, je n’en vois que dix. »
Avant, les haies bocagères étaient la norme en Normandie. Mais après la guerre, elles ont souvent disparu pour laisser la place à de grandes parcelles. Résultat : les insectes disparaissent, et avec eux, les animaux qui s’en nourrissent, à l’instar des perdreaux.
Un service « clé en main »
Soucieux d’écologie, cela fait maintenant six ans que Frédéric Guibout a commencé à replanter des haies bocagères sur ses terres. Au début, il procédait lentement, quelques centaines de mètres par an quand il le pouvait. Mais depuis deux ans maintenant, il fait appel aux services de la société Bois Négoce Énergie (BNE) implantée à Moulins-sur-Orne. L’an dernier, 600 mètres de haies ont ainsi été plantés sur ses terres ; 560 mètres cette année.

Frédéric Guibout a des terres à Occagnes, Juvigny et à Goulet. Cette haie a été plantée l’an dernier. Les plants sont protégés contre les animaux. Ouest-France
« Dans le milieu agricole, beaucoup ont envie de replanter des haies bocagères mais manquent de temps, explique Luc Bertrand, chargé de plantation chez BNE. Notre idée est de développer un service clé en main, où l’on se charge de tous les papiers, de la recherche de financements, jusqu’à la réalisation des travaux. »
Cela profite à tout le monde
En effet, des subventions existent pour ces actions de reboisement, de la part du Département et de fonds privés notamment. Une évidence pour Luc Bertrand : « Même si c’est chez des agriculteurs que l’on plante, cela profite à tout le monde. » Car la haie bocagère ne fait pas que redonner un coup de fouet à la biodiversité. La haie retient aussi l’eau et permet de lutter contre l’érosion des sols. Elle apporte de l’ombre aux animaux et a un effet coupe-vent. Elle permet également de redimensionner les parcelles en des tailles adaptées écologiquement. « Et esthétiquement, c’est quand même plus joli à voir ! », défend le Normand Frédéric Guibout.
Dans le pays d’Argentan, la société BNE a déjà planté 11 kilomètres de haies bocagères l’an dernier ; cet hiver, 14 kilomètres ont été plantés, dans le secteur mais aussi du côté de Flers et dans le Calvados. En ce moment, la société prend déjà contact avec des agriculteurs afin de déterminer les projets de l’an prochain. L’objectif : continuer de se développer sur d’autres secteurs.

La biodiversité est déjà de retour grâce à la haie ! Ouest-France
Du plant à la haie
La haie bocagère est constituée à partir d’une dizaine d’essences végétales différentes. Une façon de favoriser la biodiversité, mais aussi de limiter les risques de maladie ou de reprise, c’est-à-dire de devoir replanter des essences qui n’auraient pas réussi à prendre dans le sol.
Dans les haies plantées sur les terres de Frédéric Guibout, des tilleuls, des érables, des cytises, des pruniers ou des noisetiers. Ces essences sont soigneusement choisies en fonction du sol, du climat, des maladies éventuelles, de l’environnement et des désirs de l’agriculteur. Un grand arbre est planté tous les dix mètres, en alternance avec des arbres intermédiaires et des arbustes.
Pour planter la haie, on commence par décompacter le sol, c’est-à-dire qu’on l’ouvre pour l’aérer. La terre est ensuite émiettée : cela facilite la pose du « paillage ». Cette bâche biodégradable permet de garder l’humidité et de limiter l’enherbement. Le film est ensuite ouvert pour accueillir les plants en terre, puis refermé : cela permet d’éviter que d’autres graines s’y introduisent et concurrencent la pousse de la haie. Enfin, des protections sont posées autour des plants, afin de tenir chevreuils, lapins ou lièvres à distance des jeunes pousses.