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Perche ornais. Depuis des mois, le mari trompé vivait un calvaire... |
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L’affaire a été jugée en correctionnelle mais elle aurait pu l’être aux assises. © Archives illustration Ouest-France
Deux hommes ont été jugés, mercredi 16 septembre par le tribunal correctionnel d’Alençon. Onze jours plus tôt, ils avaient laissé un homme en sang après l’avoir agressé.
Dimanche 13 septembre, 1 h du matin. Les gendarmes sont appelés depuis Saint-Martin-du-Vieux-Bellême par une femme qui dit être menacée. Elle évoque aussi un tapage nocturne. Quand ils arrivent sur place, les gendarmes tombent sur la femme qu’ils ont eue au téléphone, son amant, Jean-François Devienne, 51 ans, et un ami du couple âgé de 24 ans. Tous les trois sont alcoolisés.
La femme veut rentrer chez son mari, qui habite à quelques kilomètres de là. « Ils vont bien voir ce que vous lui avez fait l’autre jour », glisse-t-elle. L’ami du couple abonde, provocateur : « On l’a tabassé ». Intrigués, les gendarmes décident d’y aller.
Des oreillers tachés de sang
Sur place, ils découvrent un homme « encore très abîmé ». Coquard, visage tuméfié, hématomes, plaie sur le crâne, côte cassée, nez fracturé… Des blessures qui remontent au 5 septembre.
Ce jour-là, la femme, son amant et leur ami déboulent chez le mari « cocu », comme ils se plaisent à l’appeler. Pendant une heure et demie, les deux hommes l’insultent, lui réclament de l’argent, le frappent, le bousculent, l’humilient…
Des vitres sont cassées, un mur est enfoncé, un robinet de cuisine est démonté. Les oreillers sont tachés de sang. Huit jours après cette terrible soirée, les traces, physiques et matérielles, parlent d’elles-mêmes.
Peur des représailles
S’il n’est d’abord pas très loquace devant les gendarmes – il semble avoir peur de leur parler – le mari trompé finit quand même par se confier. Cette « visite musclée » n’était pas la première. L’amant de sa femme a l’habitude de débouler chez lui. Il lui prend du matériel. Des meubles, une 125, une bétonnière, un taille-haie. Il l’insulte. « Même sur ma boîte aux lettres, c’est écrit cocu. » Il lui donne des claques, aussi, à l’occasion. « Je n’ai jamais parlé car j’avais peur des représailles », explique-t-il aux militaires.
« Comment en est-on arrivé là, questionne l’une des juges du tribunal d’Alençon, où les deux hommes étaient jugés en comparution immédiate, mercredi 16 septembre. Comment ce monsieur est-il devenu votre bouc émissaire ? »
« Une agression gravissime »
L’amant nie ou assure ne pas se souvenir. « C’est un trou de mémoire qui tombe bien », s’agace Eric Martin, le président du tribunal. L’ami du couple, lui, minimise, et assure qu’il a essayé de séparer les deux autres hommes.
Une attitude qui fait bondir le parquet. « Il s’agit d’une agression gravissime, qui aurait pu être jugée en cour d’assises », estime Jodie Ferré. Elle requiert 18 mois de prison dont six avec sursis pour l’ami du couple, qui voyait le mari trompé pour la première fois le 5 septembre. Et trente mois de prison dont douze avec sursis pour l’amant. Elle requiert aussi un mandat de dépôt.
Jean-François Devienne a été condamné à trente mois de prison dont 18 avec sursis. Il a interdiction d’entrer en contact avec la victime, avec la femme de ce dernier et avec le co-auteur des faits, qui est quant à lui condamné à 18 mois de prison dont huit avec sursis. Les deux hommes ont été conduits en prison à l’issue du procès.