Accueil Info En France et dans le Monde RÉCIT. Le Samu social, une main tendue aux sans-abri depuis 30 ans

RÉCIT. Le Samu social, une main tendue aux sans-abri depuis 30 ans

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On estime aujourd’hui à 300 000 le nombre de sans-abri en France. © Thierry Creux/Archives Ouest-France

Le Samu social de Paris a été créé il y a trente ans par le médecin humanitaire Xavier Emmanuelli. Avant de se déployer dans les départements. D’hier à aujourd’hui, ses missions ont évolué. Et, avec la hausse du nombre de sans-abri, il peine aujourd’hui à répondre aux demandes d’hébergement.

À l’automne 1993, la nuit du 22 au 23 novembre s’ébranlent les premières maraudes du Samu social dans Paris, « qui reste encore aujourd’hui, et de très loin, le principal Samu social de France », précise le sociologue, Julien Damon, spécialiste du sans-abrisme. Dans la foulée, ses missions sont dupliquées dans les autres départements, avec des Samus sociaux essentiellement gérés par la Croix-Rouge. Le numéro de téléphone pour les sans-abri est lancé l’hiver suivant, et deviendra, en septembre 1997, le 115 : un numéro vert d’urgence national et gratuit, à gestion départementalisée.

Pourquoi le Samu social ?

À l’origine, le docteur (et futur homme politique) Xavier Emmanuelli, médecin humanitaire qui, avec Bernard Kouchner notamment, a inventé « Médecins du monde », a l’idée d’« aller au-devant de ces femmes et de ces hommes que l’on ne soigne pas, parce qu’ils puent ou parce qu’ils sont saouls. C’est ça l’exclusion », explique-t-il en 1994 dans les colonnes de Ouest-France. L’urgence est davantage « sociale » que médicale. « Plus personne n’écoute leurs paroles, ni leurs plaintes ». Leur bouche « se tait », alors « leur peau parle ». Ils ont des eczémas, des psoriasis, des « lésions terribles », décrit le médecin.

photo dans les départements, le samu social est essentiellement géré par la croix-rouge. ici, à rennes (photo d’archives).  ©  ouest france archives

Dans les départements, le Samu social est essentiellement géré par la Croix-Rouge. Ici, à Rennes (photo d’archives). OUEST FRANCE archives

Quel est le contexte ?

À l’époque, perdurent encore (jusqu’en 1994) les délits de vagabondage et de mendicité. « La RATP et la préfecture de Paris emmenaient les « sans domicile fixe », notamment du métro, vers un centre d’hébergement à Nanterre. Mais c’était très policier alors qu’il s’agissait de personnes très abîmées par la vie, rappelle Julien Damon. Le Samu social estime qu’il faut faire autrement ».

Pour être « plus humain et plus efficace », Emmanuelli a cette idée de mettre en circulation des bus pour aller à la rencontre de ces personnes et leur proposer soit un hébergement, soit une discussion avec un travailleur social, avec des soins adaptés. La SNCF, la mairie de Paris, la Caisse des dépôts et consignations sont aussi dans le mouvement.

Jacques Chirac débute alors sa campagne présidentielle sur le thème de la « fracture sociale ». Xavier Emmanuelli et Jacques Chirac se rencontrent. « Il y a eu, entre les deux hommes, une sorte de coup de foudre », rapporte Julien Damon. C’est avec le soutien de Chirac qu’Emmanuelli crée le Samu social.

Et aujourd’hui ?

En Ile-de-France où se concentrent la majorité des personnes sans-abri, le travail du Samu social de Paris (qui est un groupement d’intérêt public financé par la Mairie de Paris, la SNCF, l’État, la RATP, l’AP-HP etc.) s’est totalement transformé. Si des minibus continuent de se rendre à la rencontre des sans-abri, « l’essentiel de son activité consiste à affecter les places dans les hôtels et les centres d’hébergement aux sans-abri, qui le contacte, via le 115 », précise Julien Damon. Or les sans-abri sont de plus en plus nombreux (on estime que leur nombre a doublé en 10 ans, pour atteindre, sur l’ensemble du territoire, environ 300 000 personnes).

Et leur profil a changé. Ce n’est plus le « clochard » abîmé par l’existence que l’on se représentait il y a trente ans. « Il y a davantage de familles et d’enfants. Davantage, aussi, de personnes migrantes, exilées », expliquait récemment Manuel Doumergue, de la Fondation abbé Pierre.

Manque de personnel. Manque de place d’hébergement. Le dispositif (et le personnel) sont à la peine. Car les demandes dépassent largement les possibilités d’hébergement et la plupart du temps, les salariés n’ont rien à proposer. Le 115 est saturé. De nombreux sans-abri, souvent sans-papier, n’essaient même plus d’appeler. Le 7 novembre dernier, le ministre délégué chargé du Logement, Patrice Vergriete, a annoncé le recrutement de 500 personnes au Samu social.

 
Carine JANIN.    Ouest-France  

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