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REPORTAGE. En Nouvelle-Calédonie, les usines de nickel à la croisée des chemins... |
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L’ingénieure Monia Sayari présente ce vendredi les résidus asséchés issus du projet Lucy tout juste lancé à PRNC. © Yann Mainguet Ouest-France
Si les complexes métallurgiques de classe mondiale, PRNC et KNS, cherchent officiellement un repreneur d’une partie du capital, l’historique SLN se débat pour ne plus être déficitaire dans quelque temps. L’année 2026 pourrait être décisive dans la filière nickel.
Au fond d’un seau blanc, apparaissent des mottes compactes couleur « chocolat ». La matière qualifiée de « non dangereuse » porte un grand espoir au sein du complexe de traitement du minerai de nickel Prony Resources New Caledonia (PRNC), implanté dans l’extrême Sud de la Grande Terre en Nouvelle-Calédonie.
Soutenu par un investissement conséquent de 600 millions de dollars US, le projet Lucy, novateur, officiellement lancé ce vendredi, permet d’assécher les résidus issus du procédé d’extraction chimique. Donc offre un meilleur stockage sur une nouvelle aire dédiée, au lieu d’un parc pour les rebuts humides utilisé jusqu’à maintenant et rempli à 80 %. La société est dans une situation financière très compliquée »,
a noté Thibaut Martelin, président de PRNC, devant les invités réunis sur le site. Un des seuls investissements que nous avons maintenus, c’est Lucy. Parce que c’est l’avenir de la société et c’est la sécurité
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Le nickel pèse près de 14 000 emplois en Nouvelle-Calédonie
Frappées par des problèmes de compétitivité, la production massive de l’Indonésie sur le marché, la volatilité des prix du nickel, mais aussi, pour certaines, des épisodes de violences, les trois usines métallurgiques sur le Caillou sont à un carrefour de leur existence. Or, en temps d’activité, cette industrie pèse près de 14 000 emplois dans un territoire de 264 600 habitants qui détient 5,4 % des réserves exploitables mondiales de nickel.
PRNC, dont 30 % de sa production est vendue au géant Tesla pour la fabrication de batteries pour les véhicules électriques, pense disposer d’un atout avec le projet Lucy. Autrefois entre les mains de la multinationale minière brésilienne Vale, avant un virage capitalistique davantage « calédonien », l’entité recherche un acteur avec des fonds. Le consortium NBM, pour New Battery Metals, dont certains actionnaires sont qataris, est intéressé par 74 % des parts de PRNC. Les discussions sont en cours
souligne Thibaut Martelin, qui espère une signature au deuxième trimestre de cette année.
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Manifestation de trois groupes
Reprise, le terme est aussi entendu dans le Nord de la Nouvelle-Calédonie, là où la direction de Koniambo Nickel SAS (KNS) a arrêté ses fours fin août 2024 et a procédé au licenciement de 1 150 salariés, après le retrait de l’Anglo-suisse Glencore, actionnaire à 49 % et principal financeur du site. La dette cumulée de 15 milliards de dollars US ne constituerait pas un sujet de litige.
Aujourd’hui, la SMSP, groupe calédonien détenteur de 51 % de l’usine, recherche activement un repreneur
observe son PDG, Karl Therby. Trois groupes marquent un intérêt fort
pour compléter le capital, dont le Chinois Lygend Resources & Technology. Cette société asiatique pourrait remettre une offre prochainement.
En parallèle, dans le complexe, 65 salariés de KNS ainsi que des sous-traitants assurent la sûreté du site, la maintenance ou encore les suivis environnementaux. Depuis la fin de l’année dernière, KNS travaille sur un projet de faisabilité pour un redémarrage de la mine. Nous analysons actuellement les points financiers, techniques, réglementaires…
déclare Alexandre Rousseau, président de Koniambo Nickel. L’idée étant peut-être d’exporter du minerai vers l’usine off-shore de la SMSP en Corée du Sud ou en vendre à l’historique, et troisième usine, la SLN à Nouméa. Quoi qu’il soit, selon le dirigeant, sans la remise en route d’une activité métallurgique dans le Nord, les aspirations de rééquilibrage
entre cette région et la province Sud, plus urbanisée, semblent très difficiles à réaliser
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Horizon 2029-2030
Déficitaire depuis 2012, la SLN tente de se redresser. Soutenue financièrement par sa maison mère, le groupe français Eramet, puis bénéficiaire de prêts de l’État tout comme d’ailleurs Prony Resources New Caledonia, la « vieille dame » compte bien accroître cette année sa production de ferronickel, un alliage de fer et de nickel sorti des fours. 2026 est une année durant laquelle nous devons voir une relance de la production minière sur plusieurs de nos sites fortement touchés au moment des émeutes de mai 2024 : à Kouaoua, à Poro…
liste Guillaume Kurek, directeur général de la SLN. Si, pour le moment, la visibilité comptable ne s’étend que sur 2026 et début 2027, des mesures d’économies et de performance sont instituées. Le coût de production baisse
se félicite le chef d’entreprise. Notre business plan montre qu’à l’horizon 2029-2030, nous avons un retour à la rentabilité possible
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Le groupe Eramet a à peine caché ces derniers temps son désir de quitter sa filiale calédonienne détenue à 56 %. D’ailleurs, un acteur industriel indien est venu visiter Doniambo, le centre métallurgique aperçu aux portes de Nouméa. Il n’y a pas d’accord aujourd’hui ficelé
explique Guillaume Kurek. L’actionnaire majoritaire est toujours en place, il n’y a pas de changement immédiat
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En parallèle du volet institutionnel de l’accord Elysée-Oudinot signé le 19 janvier à Paris entre des politiques calédoniens et représentants de l’État, un versant économique s’intéresse au redressement et à la rentabilité de la filière nickel. Au terme de son déplacement vendredi 20 février, Claire Durrieu, directrice de la Mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie (MINC), cellule chargée notamment d’accompagner le territoire dans la refondation de son modèle, a annoncé un objectif : définir une stratégie nickel à la mi-année.