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Saint-Hilaire-de-Briouze. Il a fait de l’agriculture durable son combat

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photo  à 81 ans, michel delaunay, un paysan installé à saint-hilaire-de-briouze, dans l’orne, est toujours un militant investi.  ©  ouest-france 1

À 81 ans, Michel Delaunay, un paysan installé à Saint-Hilaire-de-Briouze, dans l’Orne, est toujours un militant investi. © Ouest-France

Histoires de paysans du Bocage. À 81 ans, Michel Delaunay poursuit son combat pour défendre une agriculture durable. Une lutte qu’il mène depuis l’adolescence et qui l’a conduit jusque devant les tribunaux.

C’est sur sa mobylette que Michel Delaunay fait ses premières armes de militant. Il n’a alors que seize ans, mais déjà la volonté chevillée au corps d’améliorer les conditions de travail et de vie des paysans du Bocage. « Au fil du temps, je suis devenu le responsable départemental de la JAC (Jeunesse agricole chrétienne) », se souvient-il plus d’un demi-siècle plus tard.

À vingt-cinq ans, la guerre d’Algérie derrière lui, il reprend la ferme familiale, au Mont-Hardy, à Saint-Hilaire-de-Briouze, dans l’Orne. « C’était en 1965 et en pleine modernisation de l’agriculture », rappelle celui qui se souvient encore de l’arrivée du premier tracteur, au cœur des années 1950, quand son père était toujours aux commandes de l’exploitation agricole.

Lutter contre le cumul des terres

Sans perdre de temps, Michel Delaunay se modernise et fait construire une salle de traite et une petite porcherie. Il peut compter sur sa femme Jeannette Delaunay qui l’aide dans les champs et l’accompagne aussi dans les réunions syndicales. Car le jeune paysan n’est pas près de renoncer au militantisme.

Aussitôt installé, il s’engage au sein du CDJA (Centre départemental des jeunes agriculteurs) et en devient le responsable ornais. « Nous avons très vite mené des actions pour lutter contre le cumul de terres. Ça déplaisait aux aînés et aux maires », rappelle-t-il. Une ligne de conduite qui n’est pas non plus en phase avec de celle du siège national : « Ils ont fini par nous couper les fonds. »

Pas suffisant pour le décourager lui et ses camarades. Cette remise en cause syndicale va se poursuivre à travers le Mapo (Mouvement d’action paysanne de l’Orne), au début des années 1970, puis au sein du Mouvement syndical des travailleurs de la terre, en 1975. « Nous réfléchissions à mettre œuvre une agriculture durable, qui permette aux paysans d’avoir un revenu correct et des conditions de travail décentes, tout en respectant l’environnement », poursuit Michel Delaunay. Il y a aussi la volonté « de ne plus être dépendant des firmes et des banques ».

« La gauche nous a déçus »

« Pour nous décrédibiliser, nos adversaires nous faisaient tous passer pour des gauchistes », sourit Michel Delaunay, qui a rejoint la Confédération paysanne lors de sa création en 1987. Pourtant, à la fin des années 1990, c’est le temps des regrets. « La gauche nous a déçus », déplore-t-il en pensant, entre autres, à un projet de loi porté par Jean Glavany, ministre de l’agriculture sous Lionel Jospin. Le texte avait pour objectif de diminuer la taille des surfaces agricoles et la part de soja et maïs. « La loi a été vidée de son intérêt à cause de la pression des autres syndicats agricoles », regrette-t-il.

En 2000, à l’heure de la retraite, la ferme de Michel et Jeannette Delaunay passe en bio. « Un cheminement logique », explique-t-il. Le couple consacre alors tout son temps au militantisme et rejoint les faucheurs volontaires. « Après avoir foulé quelques pieds de maïs OGM », Michel Delaunay est condamné à deux mois de prison avec sursis et 1 000 € d’amende par la cour d’appel de Limoges, en 2004. Quatre ans plus tard, près de 150 manifestants viennent le soutenir, devant la gendarmerie de Briouze, lorsqu’il refuse de se soumettre à un prélèvement ADN. « Cette répression nous a rendus sympathiques et a freiné la commercialisation des OGM en France », analyse-t-il avec le recul.

Notre-Dame-des-Landes

Une répression qui n’a pas freiné en revanche sa soif d’engagement militant. À presque 80 ans, accompagné de son épouse, il s’aventure ainsi à plusieurs reprises dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. « Nous ne nous sommes pas ennuyés », confesse-t-il le sourire aux lèvres en repensant à toutes les manifestations vécues.

Mais sa grande fierté est ailleurs. C’est celle de savoir que le Gaec, qu’il a participé à fonder en 1972 « pour partager le revenu », est toujours actif et porté par l’un de ses fils. Et encore plus de voir que ses voisins ont eux aussi opté pour une agriculture durable et biologique.

 
Nicolas GUÉGAN.    Ouest-France  

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