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Tinchebray-Bocage. Quand le dernier cloutier du Bocage exerçait en 1955... |
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Alcide Desdoits, dernier cloutier de Basse-Normandie à Saint-Cornier-des-Landes, en Tinchebray-Bocage (Orne) © Ouest-France
Dans les archives de Julien Guillaume. Journaliste à Flers (Orne) pour Ouest-France, entre 1941 et 1981, Julien Guillaume ne sortait jamais sans son Leica. Comme ici, en octobre 1955, lorsqu’il s’en va à la rencontre d’Alcide Desdoits, le dernier cloutier de Normandie.
De nos jours, seul le musée du clou à Saint-Cornier-des-Landes, commune déléguée de Tinchebray-Bocage (Orne), témoigne du passé glorieux de la profession de cloutier dans le Bocage. Et pourtant, aux confins de l’Orne, à la fin du XIXe siècle, la commune comptait autrefois « plus de 200 » cloutiers, relate Ouest-France dans un article d’octobre 1955. Alcide Desdoits, né en 1905, a été le dernier à perpétuer la tradition.
« Les artisans n’avaient pas voulu s’adapter »
L’acheminement était alors bien rodé. Les marchands de fer de Tinchebray se fournissaient sur le marché de Domfront-en-Poiraie et redistribuaient le métal dans le secteur. « Un atelier était alors vite installé : un billot de granit, cerclé de fer : là -dessus un levier à marteau et divers accessoires. » Pour actionner continuellement le soufflet de la forge, nombre d’entre eux « dressaient un chien, qu’ils enfermaient dans une roue de bois. » En 1886, le nombre de cloutiers était tel qu’ils avaient créé l’Association des cloutiers et serruriers. Pour deux francs par an d’adhésion, les frais de médecins et de pharmaciens étaient remboursés. Les associés se réunissaient une fois par mois, l’absence étant punie d’une amende, et fêtaient ensemble leur patron : Saint-Eloi.
Un âge d’or que la concurrence de la fabrication à la machine fit disparaître. « Les artisans n’avaient pas voulu s’adapter et la qualité inégale de leur production leur faisait parfois du tort. » Parmi eux, à l’étroit et recroquevillé dans sa forge, Alcide Desdoits a été le dernier à perpétuer la tradition jusqu’à la fin des années 1950. Chaque jour, une centaine de clous, « avec une tête de deux à trois centimètres », sortaient de son atelier. Ils étaient destinés à orner les portes de style rustique. « Le dernier des cloutiers bas normands » livrait sa production à la maison Bouvet de Chanu.