Accueil Sport TÉMOIGNAGE. « Jeune, je cherchais la performance sur le vélo. Puis, ce fut la balade pour méditer… »

TÉMOIGNAGE. « Jeune, je cherchais la performance sur le vélo. Puis, ce fut la balade pour méditer… »

...
photo  arsène maulavé nous a quittés samedi 10 avril 2021.  ©  joseph thouin 9

Arsène Maulavé nous a quittés samedi 10 avril 2021. © Joseph Thouin

Le vélo a changé la vie d’Arsène Maulavé. Amoureux du Tour de France, auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur le cyclisme, il a parcouru plus de 375 000 kilomètres dans sa vie. Car il faut désormais parler d’Arsène au passé. Nous voulions conclure notre série de témoignages sur ces personnes dont la vie a changé grâce au sport avec lui. Arsène s’en est allé à 74 ans il y a quelques jours, juste avant la parution de son histoire.

Ce papier que vous lisez est publié trop tard. Il était censé être le huitième et dernier épisode de notre série de témoignages récoltés auprès de femmes et d’hommes dont le sport a changé la vie. Une série commencée le mardi 2 mars 2021 avec Roseline Le Lièvre. Nous voulions conclure cette série, mardi 20 avril 2021, avec le témoignage d’Arsène Maulavé, Ornais dont la vie a été rythmée, cinquante-cinq ans durant, par la passion de la petite reine.

Arsène nous a quittés le samedi 10 avril 2021.

Avec l’accord de sa famille, nous avons décidé de maintenir la publication de son témoignage, en hommage à sa vie, son parcours, et son amour du sport.

photo arsène maulavé, dans son garage, début mars 2021.  ©  joseph thouin

Arsène Maulavé, dans son garage, début mars 2021. Joseph Thouin

Originaire de Couptrain, dans le nord-Mayenne, Arsène Maulavé, 74 ans, vivait à La Lande-Patry (Orne) depuis trois ans. « Mes parents se sont installés à Saint-Georges-des-Groseillers (Orne) quand j’avais 13 ans. J’ai vécu à Flers, également », nous racontait-il, jeudi 4 mars 2021, dans sa maison. Comme pour beaucoup d’amoureux du cyclisme, ses parents avaient eu un rôle clé : « Mon père lisait régulièrement les pages sport de Ouest-France. Je l’entendais parler de Raphaël Géminiani, de Louison Bobet… »

LIRE AUSSI. TÉMOIGNAGES. Ils racontent comment le sport a changé leur vie

Jeune, Arsène était déjà féru de sport, surtout d’athlétisme. « J’aimais la course à pied, l’endurance des 5 000 m et 10 000 m, le saut en hauteur… J’étais plus individuel que collectif. Question de caractère ! » Et puis, il y a eu… les cours de dessin. « Lors de mes études à Alençon, notre professeur de dessins nous faisait travailler à partir de vieilles revues sportives des années 1930. J’en profitais pour les lire en dehors des cours. J’étais passionné par les reportages sur le Tour de France, surtout ceux relatant les épreuves de montagne. »

photo arsène maulavé racontait comment le cyclisme a eu un rôle prépondérant dans sa vie, début mars 2021.  ©  joseph thouin

Arsène Maulavé racontait comment le cyclisme a eu un rôle prépondérant dans sa vie, début mars 2021. Joseph Thouin

Charly Gaul, héros de l’enfance

Le cyclisme, par ses compétitions comme son histoire, l’intéressait profondément. « C’était mon sport préféré grâce à son côté légendaire. Les coureurs ressemblaient à des héros, à cette époque, estimait-il. C’est ce qui m’a donné le désir de pratiquer ce sport, à mon niveau bien sûr. »

Ces « héros », justement. Arsène en mettait un au-dessus de tous les autres. « Le grimpeur luxembourgeois Charly Gaul, qui réalisait des échappées incroyables en montagne, s’enthousiasmait-il dans le salon de sa maison, entre un café et des coupures de journal soigneusement rangées. J’avais 11 ans quand il a gagné le Tour de 1958 en renversant le classement lors de la grande étape de La Chartreuse, sous le déluge. »

Un coureur au gabarit très similaire au sien, aussi. Arsène avait les yeux qui brillaient en se remémorant cette mythique étape Briançon – Aix-Les-Bains longue de 219 kilomètres. La carrière du Luxembourgeois l’a marqué plus qu’on ne le penserait : « J’ai toujours écrit de la poésie. J’en ai écrit un sur Charly Gaul. »

photo un poème d’arsène maulavé à la gloire du coureur charly gaul, l’un de ses héros.  ©  collection personnelle d’arsène maulavé

Un poème d’Arsène Maulavé à la gloire du coureur Charly Gaul, l’un de ses héros. Collection personnelle d’Arsène Maulavé

Les larmes apparaissent au moment d’évoquer « Poupou »

Bien sûr, parmi ses héros, Raymond Poulidor trouvait une place bien particulière. « Je l’ai vu plusieurs fois, par exemple à la Mi-août bretonne. Il avait le contact facile avec les gens, jamais à avoir la grosse tête… » Plus nous parlions de « Poupou », lors de notre entretien, plus les yeux d’Arsène devenaient humides. « Je le voyais au Leclerc de Flers, en jean, vendre ses vélos France Loire, toujours prêt à dire un mot gentil… Quand il est décédé, j’étais ému, continua Arsène, au bord des larmes. On l’a vu pendant tant d’années… Quand j’ai commencé à m’intéresser au vélo, vers 15 ou 16 ans, c’était grâce à lui. Il fait partie de mes héros », dit-il avant de rester silencieux un moment.

Mais dans le cyclisme, il n’y a pas que le côté légendaire. C’est aussi un voyage. « Ce contact avec la nature », résumait l’Ornais d’adoption. « Jeune, je cherchais la performance. Au fil du temps, je cherchais la balade, la randonnée cycliste, pour méditer, réfléchir… Le vélo permet d’y voir plus clair dans ses pensées. »

Nous sommes en 1966. À 19 ans, Arsène prenait sa première licence à la Fédération française de cyclisme. Il ne voulait alors pas donner sa part aux chiens. « Je ne pensais qu’à la course. Comme il n’y avait pas de club cyclo à l’époque, je m’inscrivais nécessairement pour de la compétition. »

photo arsène maulavé était très ému au moment de parler de raymond poulidor, début mars 2021.  ©  joseph thouin

Arsène Maulavé était très ému au moment de parler de Raymond Poulidor, début mars 2021. Joseph Thouin

Cycliste, oui, mais instit' avant tout

Arsène se définissait comme « grimpeur et rouleur ». Le sprint oui, mais pas à n’importe quel prix. Avant d’être cycliste, le Mayennais de naissance était d’abord instituteur. Trente-cinq ans de carrière, entre l’école Victor-Hugo de Flers et l’école communale de Saint-Georges-des-Groseillers. « Le dimanche, s’il y avait un sprint avec peu de coureurs à remporter, j’y allais. Mais pas si on était 70 ou 80, je n’avais pas envie de me fracasser au sol, nous confiait-il. J’avais le souci de récupérer ma classe le lundi matin. »

Les écoliers ont quand même bénéficié de l’appétit d’Arsène pour l’activité physique. « Je les entraînais à l’athlétisme, au basket, j’ai organisé des classes de neige… Certains voulaient qu’on fasse du sport pour échapper aux livres et aux cahiers ! »

Même après les journées de cours, le vélo tenait un rôle important. « J’allais rouler une heure et demie après la classe, racontait le Normand. Ça me détendait car avec une classe de trente élèves de CM2, il y avait toujours une certaine tension nerveuse. Le lendemain, j’arrivais frais et dispo, j’oubliais les soucis de la veille. »

Six cols en 180 kilomètres

Pendant, une dizaine d’années, les week-ends du Mayennais furent rythmés par les compétitions amateurs. « Comme j’en avais un peu marre de ne pas faire beaucoup de places en FFC, je me suis tourné vers la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), quand j’avais une trentaine d’années. J’ai même fait un peu de non-licencié, où un certificat médical suffisait pour s’inscrire. »

Son goût pour les bornes l’amena à participer à deux Tour de France cyclo. Lui et une douzaine de coureurs effectuaient le parcours du Tour, la veille de la « vraie » étape. « Les journées de montagne étaient dures, mais j’étais bien préparé grâce à mes sorties longue distance. »

Longue distance, c’est peu dire. Cette aventure accoucha de son meilleur souvenir : « Saint-Girons – Luz Ardiden, l’étape des six cols en 180 kilomètres ! On a passé la journée à grimper, en plein cagnard. Ce n’était pas un calvaire car j’étais bien entraîné. Je l’ai couru à mes 41 ans. Le lendemain, c’était une étape plate, de transition, mais je m’étais traîné tout du long. »

photo un article de presse relatant l’un des deux tour de france cyclo parcourus par arsène maulavé.  ©  collection personnelle d’arsène maulavé

Un article de presse relatant l’un des deux Tour de France cyclo parcourus par Arsène Maulavé. Collection personnelle d’Arsène Maulavé

« J’ai traversé ma carrière sans être malade »

Face à cette passion pour la petite reine, la famille d’Arsène n’avait d’autres choix que de suivre le rythme, il est vrai. « Je ne suivais pas le vélo avant de connaître Arsène, mais ce n’est pas déplaisant, et ça permet de voyager, même en regardant la télévision, avançait Annick, sa compagne, chaleureuse et attentionnée lors de notre venue. Et puis, en même temps qu’Arsène roulait, on visitait les régions. »

Après cinquante-cinq ans de cyclisme, Arsène affichait plus de 375 000 kilomètres au compteur, dont 7 000, encore, en 2020. « J’appartenais au Club des cent cols, qui réunit les coureurs qui collectionnent les cols comme d’autres les timbres ou les papillons… mais c’est un peu plus dur ! » Pour entrer dans ce club très prisé en 1982, Arsène avait donc dû gravir cent cols, dont plus de cinq à 2 000 mètres d’altitude. De quoi faire de lui un serial-coleur, même s’il lui manquait quelques prises de choix. « Je n’ai jamais eu l’occasion de monter le puy de Dôme, très difficile, regrettait-il. C’est l’un des seuls qui me manquent, mais entre le péage, le train à crémaillère, la route fermée au public, c’est très compliqué d’y aller. »

N’empêche, le vélo lui a bien rendu cet amour. Arsène prenait pour preuve une bonne santé qui a toujours été sienne. « J’ai traversé toute ma carrière sans être malade, sans aucun souci important. Le cyclisme, notamment mes longues sorties de cinq à huit heures, m’a donné des capacités d’endurance que je n’aurai jamais eue autrement. »

photo arsène maulavé conservait précieusement les écrits en lien avec le cyclisme, notamment en normandie.  ©  joseph thouin

Arsène Maulavé conservait précieusement les écrits en lien avec le cyclisme, notamment en Normandie. Joseph Thouin

De la correspondance de presse à l’écriture d’ouvrages

Et le cyclisme avait parfaitement épousé les autres passions du Mayennais. Amateur de poésie, Arsène était devenu correspondant pour Ouest-France en 2002, une fois en retraite. « Ça m’occupait, et j’aimais écrire. » À la locale de Flers, jusqu’en 2010, puis au sport jusqu’en 2014. « Quand les journalistes de la rédaction ont vu que je m’y connaissais en vélo, ils m’ont proposé de passer aux sports. Je tenais une rubrique hebdomadaire, Au rayon vélo. J’appréciais particulièrement d’écrire les reportages quand le Tour de Normandie passait à Flers. »

Les années passant, et les courses et coureurs se faisant moins nombreux, Arsène raccrocha en 2014. « Les bons amateurs que je suivais sont passés pro, comme Jérémy Leveau, Romain Hardy, Guillaume Martin, François Bidard… Mais après, il n’y a pas vraiment eu de relève. » Il précisait garder un œil sur le Rouennais Hugo Toumire et le Manchois Thibault Valognes, ces derniers mois.

La correspondance locale de presse fut un tournant, pour Arsène. « Cela m’a apporté un autre style d’écriture, que j’ai utilisé pour écrire de longs reportages sur une course, un coureur, puis des livres. » De 2006 à 2019, l’Ornais publia une vingtaine d’ouvrages sur le cyclisme. Son histoire, ses coureurs, la Normandie, les championnats de France… « Je passais beaucoup de temps dans les bibliothèques et archives départementales, à éplucher les anciens Ouest-France. »

photo arsène maulavé, devant la plupart de ses ouvrages dédiés au cyclisme, début mars 2021.  ©  joseph thouin

Arsène Maulavé, devant la plupart de ses ouvrages dédiés au cyclisme, début mars 2021. Joseph Thouin

Les affaires de dopage, « ça refroidit l’enthousiasme »

Les années filaient, la passion demeurait intacte. « Je suis toujours autant attaché au cyclisme, je continue de lire des revues spécialisées. » L’amour du vélo, oui. L’amour des coureurs… « J’aime bien le côté bagarreur et animateur de Julian Alaphilippe, mais ça me passionne un peu moins, avec l’âge. C’est normal, la passion et les champions, c’est surtout quand on est jeunes. »

Les scandales et affaires de dopage des dernières décennies ont pesé dans la balance, également : « Ça refroidit l’enthousiasme. Surtout l’affaire Armstrong. Déjà que le Tour n’était plus très passionnant avec ses sept victoires de suite… Il n’y avait même plus de course, l’ambiance dans le peloton était plombée. »

Malgré le talent indéniable du Colombien Egan Bernal et du Slovène Tadej Pogacar, les deux derniers vainqueurs de la Grande Boucle, une part de doute persistait chez le septuagénaire. « On se demande toujours s’il n’y a pas quelque chose derrière, obligatoirement. On n’a plus la même admiration pour les coureurs que durant les années 1950 et 1960. »

Arsène précisait ainsi ne regarder que les étapes de montagne du Tour, ou celles où il reconnaissait un lieu où il a lui-même roulé. Le lien avec la Grande Boucle ne s’était jamais brisé, mais son émotion ne rejaillissait désormais qu’en regardant le rétro.

photo arsène maulavé.  ©  joseph thouin

Arsène Maulavé. Joseph Thouin

Arsène n’est plus, désormais, et le cyclisme perd l’un de ses plus grands passionnés. Ses obsèques se sont déroulées jeudi 15 avril 2021, en l’église de La Lande-Patry (Orne). Nous adressons à sa famille et à l’ensemble de ses proches, nos plus sincères condoléances.

 
Pierre MACHADO.    Ouest-France  

  • merci d'indiquer un nom de film
    merci d'indiquer un titre'
    • Choisir un resto :
    merci d'indiquer un nom de restaurant

    merci de saisir l'adresse du restaurant
    merci de saisir la ville du restaurant

    • Choisir un bar :
    merci d'indiquer un nom de bar

    merci de saisir l'adresse du bar
    merci de saisir la ville du bar

    merci d'indiquer un titre à votre avis
  •  
  • merci d'indiquer un contenu à votre avis
    merci de saisir une note
    L'accueil / la qualité du service
    merci d'indiquer une note pour l'accueil

    L'ambiance / le décor

    merci d'indiquer une note pour l'ambiance

    Le rapport qualité / prix

    merci d'indiquer une note pour le prix
  • Vos données personnelles font l’objet d’un traitement informatique par la société Additi Multimedia, sur le fondement de l'exécution d'un contrat et sont utilisées notamment pour prendre en compte, modérer et répondre à vos commentaires sur les contenus mis en ligne sur le site. Elles seront conservées conformément à notre politique de données personnelles, sauf dispositions légales particulières. Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’opposition, de limitation et de portabilité, en vous adressant directement à pdp@sipa.ouest-france.fr ou par courrier à "Délégué à la Protection des Données Personnelles SIPA Additi Multimedia - ZI Rennes Sud-Est,– 10 rue du Breil – 35051 Rennes cedex 9". Vous avez également le droit d’introduire une réclamation auprès de la CNIL. En savoir plus
Newsletter maville

Abonnez-vous à la newsletter - Alençon

Votre e-mail, avec votre consentement, est utilisé par la société Additi Com pour recevoir les newsletters sélectionnées. En savoir plus

Quiz et jeux

Retour en haut