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« L’affaire Bojarski » : Reda Kateb tout en vérité dans le rôle d’un faussaire... |
Son nom est un peu passé à la trappe de l’histoire et pourtant Bojarski a été l’un des plus grands faux-monnayeurs du XXe siècle. Le réalisateur Jean-Paul Salomé revient sur ce personnage étonnant et offre à Reda Kateb un très beau rôle. En salles ce mercredi 14 janvier.
« Le faux talbin messieurs est un travail qui se fait dans le feutré ». Jan Bojarski aurait pu faire sienne cette fameuse réplique de Jean Gabin dans la comédie de Gilles Grangier dialoguée par Audiard : « Le cave se rebiffe ». Discret et terriblement efficace cet émigré polonais n’a connu la gloire que lors de son arrestation le 17 janvier 1964.
Ce jour-là , la France découvre le visage de cet ingénieur qui a falsifié pour 5 millions de Francs, en fabriquant et écoulant tout seul des faux billets presque parfaits. Le journal Paris Match titrera d’ailleurs à l’époque : « On dira un Bojarski comme on dit un Cézanne ». Voilà qui rendait hommage au travail d’un homme qui se prenait davantage pour un artiste qu’un brigand.
Car il était brillant ce Jan Bojarski. Inventeur de génie, il se retrouve dans cette France d’après guerre qui regarde d’un mauvais œil les « Ritals et les polacks ». Il tente sans succès de faire développer ses créations dans lesquelles on retrouve quand même le stylo à bille et la machine à café en dosette… L’administration française le regarde de travers, lui l’apatride sans état-civil, les chefs d’entreprise le boudent, c’est le milieu qui va le recruter.
Parce qu’il a réalisé des faux papiers pour la Résistance, le voilà approché par ders truands pour faire… des faux billets. Voulant mettre à l’abri sa famille et ne trouvant pas de travail à hauteur de ses compétences, il va accepter. Après avoir échappé de peu à une arrestation violente, il va décider de travailler à son compte et tout seul. Minutieusement, à l’abri des regards et notamment ceux de sa famille, il va inventer des machines et des procédés pour fabriquer lui-même le papier et réaliser des fausses coupures plus vraies que nature. Il les écoulera méthodiquement sans se faire repérer. Son chef-d’œuvre ? Le Bonaparte de cent nouveaux francs réputé infalsifiable par la banque de France.
C’est l’histoire vraie de ce faussaire de génie et de sa traque par un commissaire de police obsédé par son arrestation (excellent Bastien Bouillon) que raconte Jean-Paul Salomé (La daronne). Un film d’époque à la mise en scène sobre qui rappelle les polars des années 1960-1970 avec des accents melvilliens ou qui peut faire penser pour le côté traque policière à « Flic Story » de Jacques Deray.
Reda Kateb y est excellent dans ce rôle tout en retenue qui finit par rendre hommage à cet homme qui aurait rêvé d’être graveur à la Banque de France et qui se retrouvera condamné lourdement.