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80e anniversaire du D-Day. Pilote dans la Luftwaffe, le neveu du Baron rouge a une stèle dans l’Orne... |
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Un Focke-Wulf semblable à celui piloté par Ruthard von Richthofen, le neveu du Baron rouge. © National Museum of the U.S. Air Force
Ruthard von Richthofen, pilote dans la Luftwaffe, avait 20 ans quand il perdit la vie dans le crash de son appareil au cours de la Bataille de Normandie. Une stèle lui est dédiée, près d’Aubry-en-Exmes (Orne), la seule rendant hommage à un combattant allemand en Normandie.
À l’occasion du 80e anniversaire de la fin de la Bataille de Normandie, Ouest-France et le conseil départemental de l’Orne vous proposent de découvrir un dossier de onze articles consacré à l’événement.
Ses contours sont torturés, des stries comme griffées dans la pierre couvrent sa surface. Entourée par la végétation, la discrète stèle posée le long d’une route menant d’Aubry-en-Exmes (Orne) à Sainte-Eugénie repose à l’ombre d’un arbre, dont les branches les plus hautes sont dépourvues de feuillage.
Il faut quitter le goudron et garer sa voiture sur le bas-côté afin d’en savoir plus sur cet énigmatique morceau de roche. Sur la dalle, une plaque métallique est scellée dans la pierre. Le dessin d’un chasseur est la première chose qui attire le regard. Une croix de fer habille ses flancs et ses ailes, la dérive est frappée d’une swastika. Au-dessus, un nom : Ruthard von Richthofen.

La stèle dédiée à Ruthard von Richthofen. Ouest-France
Le neveu du Baron rouge
C’est dans le ciel d’été bleu azur de la Normandie que le destin de ce jeune pilote de la Luftwaffe fut scellé le 13 juillet 1944. Alors âgé de 20 ans, Ruthard von Richthofen servait dans l’armée de l’air de l’Allemagne nazie en tant que leutnant (sous-lieutenant). Une façon, certainement, de suivre les traces de son illustre parent, Manfred von Richthofen.
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Plus connu sous le nom du Baron rouge, cet as de l’aviation allemande faisait régner la terreur dans les rangs des pilotes alliés pendant la Première Guerre mondiale. Avec son mythique Fokker Dr. I rouge, il comptabilisait plus de 80 victoires aériennes lorsqu’il trouva la mort dans la Somme, le 21 avril 1918.

Détail de la stèle rendant hommage à Ruthard von Richthofen. Ouest-France
Abattu par un Spitfire
Ruthard von Richthofen, lui, volait sur un Focke Wulf 190 A8 : un avion de chasse à la pointe de la technologie en 1944, bien loin du triplan piloté par son oncle. C’est avec cet appareil qu’il prit part à la Bataille de Normandie, alors que la chasse allemande devait faire face à une aviation alliée dix fois plus nombreuse.
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C’est aussi à bord de cet appareil qu’il fut abattu, vraisemblablement par un Spitfire britannique, un soir d’été en Normandie, le 13 juillet 1944, peu après 20 h 30. Six autres chasseurs allemands furent abattus en Normandie ce jour-là.

Des morceaux du cockpit de l’avion de Ruthard von Richthofen sont conservés au mémorial de Montormel. Ouest-France
« Lorsqu’il tirait avec ses mitrailleuses, il tirait à côté »
Ce n’est qu’un demi-siècle plus tard que l’histoire du pilote refait surface en Normandie. En 1994, l’association Les ailes brisées en Normandie retrouve la famille de Ruthard von Richthofen et entre en contact avec elle. C’est elle qui financera la stèle, érigée en février de la même année.

Sur la D113, un panneau indique la route à suivre pour rejoindre la stèle. Ouest-France
« Avec le maire [d’Aubry-en-Exmes, Jean Ruffier, N.D.L.R], nous avons décidé de cette reconnaissance parce qu’il n’a jamais abattu un avion allié, confiait en 2013 à Ouest-France Norbert Hureau, fondateur de l’association normande et décédé depuis. Un de ses camarades pilotes, qu’on a retrouvé, nous a certifié que lorsqu’il tirait avec ses mitrailleuses, il tirait à côté. »
La pierre avec laquelle a été érigée la stèle a été retrouvée après l’explosion d’un obus dans une ferme lors des combats de la Poche de Falaise-Chambois. On peut en retrouver un autre fragment quelques kilomètres plus loin, sur un petit chemin de campagne, en face d’une ferme. Elle honore cette fois la mémoire de deux pilotes américains : Chester H. Rice et Dell P. Hudson, dont les appareils se sont télescopés dans le ciel ornais le 13 août 1944.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat rémunéré.