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80e D-Day. Le mémorial de Montormel, une plongée dans l’histoire de la Poche de Falaise-Chambois... |
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Le mémorial de Montormel est situé sur la cote 262, où fut fermée la Poche de Falaise-Chambois. © Ouest-France
Situé sur les hauteurs surplombant le site où se déroulèrent les combats pour la Poche de Falaise-Chambois, le mémorial de Montormel (Orne) propose de découvrir l’histoire de cette bataille décisive de la Seconde Guerre mondiale.
À l’occasion du 80e anniversaire de la Libération, Ouest-France et le conseil départemental de l’Orne vous proposent de découvrir un dossier de onze articles consacré à l’événement.
De là -haut, difficile de s’imaginer l’âpreté des combats qui firent rage dans ce paisible paysage normand. Niché sur une colline surplombant la poche de Falaise-Chambois, le mémorial de Montormel (Orne) permet de contempler depuis une terrasse monumentale le site sur lequel se joua une des batailles décisives de la Seconde Guerre mondiale.
Mais de ces terribles affrontements, au premier regard, rien ne demeure. Pour en apprendre plus, il faut descendre de quelques mètres et se rendre dans le musée creusé au cœur de la colline.
Une bataille décisive
La visite commence par la diffusion d’un film retraçant cet épisode sanglant de la Bataille de Normandie. On y apprend comment, après l’échec de la contre-offensive de Mortain, cette bataille décisive marqua un tournant dans la guerre. Après que les troupes alliées ont encerclé les positions allemandes, quelque 100 000 soldats d’outre-Rhin se retrouvent pris au piège et tentent de s’échapper. Le 21 août, après plusieurs jours de combats, la Poche est refermée, quelque 50 000 combattants sont faits prisonniers.
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Les portes de la salle de projection s’ouvrent et la lumière envahit la pièce obscure. Derrières elles, d’imposantes baies vitrées donnant sur la Poche de Falaise-Chambois. De là , une guide présente aux visiteurs l’histoire du lieu.

Des baies vitrées offrent une vue sur le site de la bataille pour la Poche de Falaise-Chambois. Ouest-France
« Un nuage noir flottait au ras du sol »
Elle raconte comment ce paysage fut criblé de milliers de cadavres d’hommes, de chevaux, de bêtes. Comment les Polonais, encerclés depuis deux jours et à court de munitions, se défendirent « la baïonnette au canon ». Comment une dame a vu « certains soldats se battre avec des bouteilles »…

De nombreux vestiges de la bataille sont exposés dans le musée. Ouest-France
Les environs de Chambois deviennent alors le théâtre d’une désolation dantesque, où la mort règne en maître. « Il faisait très chaud et l’odeur [N.D.L.R., émanant des cadavres] est devenue très vite épouvantable, retrace Fabienne Dehove, du mémorial de Montormel. Vous pouviez la sentir jusqu’à 40 km à la ronde lorsque le vent portait. Un vétéran polonais explique qu’après la fin des combats, il y avait comme un nuage noir qui flottait au ras du sol. C’était un nuage de mouches et de guêpes. »
Les civils pris au piège
Avant le début des combats, beaucoup de civils pensaient trouver dans les environs de Chambois un refuge. Mais alors que les affrontements commencent dans les environs, ils se retrouvent pris au piège par la fermeture de la Poche.
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« D’autant plus que les villes aux alentours, comme Falaise, Argentan ou Vimoutiers, avaient été bombardées, poursuit Fabienne Dehove. Pendant le Débarquement, ils pensaient être à l’abri. Pour vous donner un exemple, à Saint-Lambert-sur-Dives, vous aviez normalement 150 habitants. Mais pendant les combats, vous en aviez près de 900. »
La zone déclarée insalubre après la guerre
Ces civils, ce sont eux qui, après la guerre, ont effectué les premiers nettoyages du champ de bataille. « Ensuite, les génies américains et britanniques sont venus creuser des fosses au bulldozer et, toujours au bulldozer, ont repoussé les corps des hommes et des chevaux. On a aussi enterré les corps dans des tranchées ou dans des trous d’obus, et c’est seulement à partir des années 1950, voire 1960, que les corps des soldats ont pu être enlevés pour être transférés. »

Un casque allemand retrouvé sur le site de la bataille pour la Poche de Falaise-Chambois. Ouest-France
Au lendemain de la guerre, la zone – parsemée de cadavres, de véhicules et de matériels abandonnés – est déclarée insalubre. « La nappe phréatique a été polluée. Pendant près d’un an, les camions-citernes sont venus alimenter les villages en eau potable et il a fallu près de dix ans pour assainir complètement le site. » Le nettoyage du matériel abandonné prendra quant à lui près de vingt ans.
Mémorial de Montormel, Les Hayettes, Mont-Ormel. Ouvert pour la saison jusqu’au 31 août 2024, tous les jours, de 9 h 30 à 18 h. Tarifs : adultes, 6 € ; groupes (à parti de 15 personnes), 5 € par personne ; anciens combattants, 4 € ; étudiants (sur présentation d’une carte de lycéen ou carte étudiante), 3,50 € ; enfants et scolaires (moins de 16 ans), gratuit ; vétérans Seconde Guerre mondiale, gratuit.
Article réalisé dans le cadre d’un partenariat rémunéré.