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La Grande Guerre de Pierre de Romanet... |
Jusqu'à l'armistice de novembre 1918, le lieutenant Pierre de Romanet a tenu un journal. Les tranchées, la boue, les blessures : il y raconte son quotidien.
Né le 30 avril 1891, le vicomte Pierre de Romanet des Guillets, près de Mortagne, a étudié au Mans et à Angers où il obtient son diplôme d'ingénieur agricole le 14 juin 1912 et rejoint le 103e régiment d'infanterie, basé à Alençon, en octobre de la même année. Caporal, il est muté disciplinairement au 115e RI avec interdiction de se présenter à l'examen d'élève officier.
Un sous-officier enthousiaste
Ce blocage, dû à une réclamation faite à la suite « d'une conférence faite par un professeur de l'école normale contre la patrie et la religion », ne l'empêchera pas de commencer la guerre comme sergent et même instructeur.
Et c'est un sous-officier enthousiaste qui traverse le Mans pour partir au front : « c'est avec un sourire confiant et ému, avec une fierté et une flamme dans les yeux que les femmes, les vieillards nous accompagnent de leurs voeux. Partout des cris de Vive la France, la tête à Guillaume [...] nous remplissent d'une joie infinie, pleine d'espoir ».
Blessé une première fois
En effet, les premières expériences du jeune sergent, la guerre de mouvement de l'été 14 peuvent l'inciter à un certain optimisme, comme pour son premier bivouac « quel froid ! Que deviendrons-nous cet hiver en Prusse ou en Poméranie ? ». Une guerre de mouvement qui va se poursuivre pour lui lors des batailles de la Marne puis de l'Aisne lors de laquelle il sera blessé une première fois.
Quand il retrouve le front en avril 1915, toujours sur l'Aisne, mais au sein du 404e RI, celui-ci s'est stabilisé et c'est la guerre de tranchées qui a commencé, « sans repos, dans des conditions précaires rendues plus pénibles encore par les intempéries et le feu continuel de l'ennemi ».
Une impression de sécuritédans les tranchées
Il n'en perd néanmoins pas un humour certain et une volonté d'apprécier les moments agréables, comme la naissance de chatons dans « ces fameuses tranchées où on a une impression de sécurité étonnante, [...] l'excellente cuisine que j'ai pu goûter hier, invité par les fourriers en leur ravissante installation ». Même si le temps lui paraît long, « voilà une année de passée » et il espère « quelle sera celle de la fin ? »
Il devra à nouveau être hospitalisé après, cette fois, avoir été gazé à l'ypérite le 12 août et retrouvera le front comme sous-lieutenant au 130e RI en janvier 1916 non loin de Verdun. Il s'attache à ne penser « qu'à la patrie » ce qui l'aide à tenir de même que sa foi en Dieu qui le soutient du premier au dernier jour sur le front.
Le front, « avec sa boue plus abondante que partout ailleurs ». Cette boue est un sujet qui revient souvent, notamment en janvier 1916 ou lui et ses hommes sont obligés à « une natation effrayante dans la boue ». Il se fait même prophète, à propos des gaz, « voilà déjà la chimie appliquée à la guerre, à quand l'application des courants électriques ou des rayons Röntgen ? »
Il est blessé à Verdun lors de l'assaut sur Thiaumont et retrouve le front, en Champagne, qu'il ne quittera plus jusqu'à la poursuite derrière les Allemands jusqu'à l'armistice.
Une fois libéré de ses obligations militaires en août 1919, Pierre de Romanet sera élu, à 28 ans, conseiller général de Bellême, il le restera jusqu'en 1945, il sera ensuite conseiller municipal, à partir de 1953, puis maire, de 1959 à sa mort en 1978, de Saint-Martin-du-Vieux-Bellême où la rue principale porte son nom.
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