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Le diamant d'Alençon, une richesse méconnue1 |
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Le « diamant d'Alençon », en réalité du quartz de Condé-sur-Sarthe, est une des richesses du sous-sol de la région, maintenant épuisée.
Le « diamant d'Alençon » n'est désormais vendu que dans la cité ornaise. Un roman permetde découvrir cette spécialité locale peu connue.
C'est bien connu, la dentelle, et le fameux point qui porte le nom de la ville, ont une renommée bien établie. Mais une autre particularité alençonnaise reste méconnue.
Qui connaît réellement l'existence du diamant d'Alençon, hormis les professionnels de la bijouterie ? C'est le cas de Jacques David, 54 ans et lapidaire de métier à Paris, c'est-à -dire qu'il taille et vend des pierres précieuses. « Les diamants d'Alençon sont une spécificité de la région, précise-t-il. Ils ne se vendent qu'ici, bien qu'il y ait eu de nombreux ateliers dans la région d'Ancteville, dans le Calvados, notamment au XIXe siècle. »
Qu'ont-ils de particulier, ces fameux diamants ? En réalité, il s'agit de quartz enfumé, de couleur brune, provenant à l'origine des carrières de Condé-sur-Sarthe, et qui était traditionnellement taillé de la même manière que les diamants, d'où son appellation. Les carrières ne sont maintenant plus exploitées, et la provenance du quartz est désormais inconnue, comme le veut la législation internationale.
Ne reste ainsi que l'appellation alençonnaise, rare témoignage d'un passé minier de la région. La pierre a été particulièrement recherchée dès le XVIIe siècle. Ainsi, le Dictionnaire de l'Académie Française de 1694 mentionne le « Diamant d'Alençon ». Celui-ci a ensuite été très en vogue au début du XIXe siècle. Sous la Restauration, des diamants d'Alençon furent offerts à la fille de Louis XVI quand elle vint inaugurer la halle aux Toiles.
Aujourd'hui, seule la bijouterie Camus, dans le centre d'Alençon, vend encore ces pierres. « Créée en 1866, la maison Camus en a toujours vendu, explique Catherine Albert, de la joaillerie. D'ailleurs, avant de porter le nom actuel, la bijouterie s'appelait « Le diamant d'Alençon ». On en trouve sur des bagues, des boucles d'oreilles ou encore sur des pendentifs, avec des montures en argent et en or. Mais la dénomination internationale interdit maintenant de les appeler « diamants », ce qui est normal pour du quartz. » Il faut compter au minimum une centaine d'euros pour un de ces bijoux.
Jacques David vient de publier son premier roman, « Les jardins d'émeraudes », tiré à 10 000 exemplaires. Le héros, Édouard Bénat, voyage dans le monde avec en filigrane l'univers des pierres précieuses. Et Édouard apprend son métier... sur les diamants d'Alençon. L'auteur s'est très certainement servi de sa propre expérience, ayant lui-même fait ses gammes sur ces mêmes pierres. « Le roman est une histoire de passion, indique-t-il. Passion des pierres précieuses, bien sûr. L'oeil sur la couverture du livre est un double symbole, représentant à la fois l'oeil aguerri du lapidaire, mais aussi la rencontre des yeux entre deux personnes. » Car la trame met également en scène une histoire d'amour, où une jeune « guérillero » est tiraillé entre son attirance pour le lapidaire et l'honneur de son peuple, en Colombie.
Pour tous ceux, même originaires de la région, qui ne connaissaient pas les diamants d'Alençon, voilà un nouveau sujet de curiosité en perspective.
Alexandre POUCHARD.
Pratique. « Les jardins d'émeraudes » de Jacques David aux éditions Hugo roman, 15 €. Disponible à la librairie « Le Passage » et sur Internet.