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À Argentan, les noms de femmes ne courent pas les rues... |
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Récemment rénovée, la rue Charlotte-Corday fait partie des rares axes d’Argentan portant un nom féminin. © Ouest-France
Dans l’Orne, la commune d’Argentan compte plus de trois cents rues. Seulement huit d’entre elles portent le nom d’une personnalité féminine, contre un tiers pour leurs homologues masculins.
Depuis plusieurs années, pendant les vacances d’été, des visites guidées sont organisées dans les rues d’Argentan (Orne) pour découvrir le nom des rues et, à travers elles, connaître l’histoire de la ville et son patrimoine.
À la lecture des noms des 311 rues de la commune, référencés dans l’ouvrage Argentan, fenêtre sur rues, réalisé en 2013 par le service des archives municipales, un constat apparaît : fort peu de rues portent le nom de femmes, huit exactement, soit 2,50 %.
Qui sont les huit femmes à avoir une rue à leur nom à Argentan ?
Ces huit axes sont : le passage Barbara, la rue Charlotte-Corday, récemment rénovée, la rue Jeanne-d’Arc, la rue Léopoldine, la rue Marie-Curie, la rue Marguerite-de-Lorraine, la rue Sainte-Claire et la rue Sainte-Opportune.
Trois de ces personnalités ont un lien avec la commune d’Argentan et son territoire.
Marguerite-de-Lorraine (1463-1521) : aïeule du roi Henri IV, elle épouse en 1488 René II, duc d’Alençon, comte du Perche. À la mort de son époux, elle obtient le gouvernement du Duché d’Alençon. En 1517, elle se retire au monastère Sainte-Claire d’Argentan, où elle meurt.
Sainte Opportune (720-770) : née à Exmes (Orne) et abbesse de Montreuil-la-Cambe, sainte Opportune s’est vu attribuer plusieurs miracles, ce qui lui a valu le titre de « Thaumaturge (faiseuse de miracles, N.D.L.R.) de la Normandie ».
Charlotte Corday (1768-1793) : personnage emblématique de la Révolution pour avoir poignardé Marat, le 13 juillet 1793 à Paris, la jeune femme née près de Vimoutiers a été pensionnaire à l’abbaye aux dames de Caen. Elle a foulé, à plusieurs reprises, la chaussée argentanaise, car sa sœur, Éléonore de Corday d’Armont, y a habité de 1793 à 1806.
Les cinq autres femmes n’ont en revanche aucun lien avec Argentan
Barbara (1930-1997) a été une personnalité de la chanson française, autrice, compositrice et interprète (de son vrai nom Monique Andrée Serf).
Jeanne d’Arc (1412-1431) avait convaincu le roi Charles VII de combattre à ses côtés pour « bouter les Anglais hors de France ». Capturée en 1430, elle est condamnée au bûcher à Rouen par les Anglais, qui l’accusent de sorcellerie.
Léopoldine (1824-1843) : Léopoldine Hugo, fille de Victor Hugo, a épousé en 1843 le fils d’un armateur du Havre. Elle meurt lors d’un accident de bateau, sur la Seine. Sa disparition a donné lieu à l’un des plus célèbres poèmes de Victor Hugo : Demain, dès l’aube…
Marie Curie (1867-1934) : la scientifique, d’origine polonaise, a découvert en 1898 le radium avec son mari, Pierre Curie. Elle a reçu le prix Nobel de chimie, en 1911.
Sainte Claire (1193-1253) : née en Italie, elle fuit le domicile familial en 1212 et rejoint le couvent Saint-François. Elle fonde l’ordre des « pauvres Dames », en 1213.
Trois autres places ou rues s’ajoutent à ces huit personnalités féminines : la rue des Rochambelles, qui rend hommage aux ambulancières-infirmières de la 2e Division blindée, du général Leclerc. Une plaque indique d’ailleurs l’histoire de l’une d’elles, Micheline Grimprel, capturée ici en août 1944 ; la place Rycroft-Céline-John-Roger rend hommage à une autre héroïne de la Seconde Guerre mondiale (et à ses fils), la résistante Céline Rycroft (1886-1982), déportée en Allemagne.
Enfin, la rue des Dentellières rappelle l’activité de celle qui, au fils des siècles, ont rendu célèbre le point d’Argentan.
Un tiers des rues portent un nom d’hommes
Selon Argentan, fenêtre sur rues et des extraits de délibérations de conseils municipaux postérieurs à la réédition de l’ouvrage en 2016, 122 artères de la ville portent le nom d’hommes. Soit près d’un tiers des rues. Une situation qui n’est pas propre à Argentan : à Alençon par exemple, 3 % des rues portent le nom d’une femme (13 sur 419) et 49 % celui d’un homme.
Lire aussi : Au conseil de Caen, la féminisation des noms de rues pose question
Dans un élan de féminisation des lieux de la commune, les élus avaient voté, en mars 2022, la dénomination de deux lieux emblématiques de la ville, dont l’ancienne halte-garderie des Provinces qui est devenue l’espace Gisèle-Halimi. « L’égalité entre les femmes et les hommes passe aussi par la féminisation des noms des espaces publics, avait alors déclaré le maire. C’est une volonté que nous avions depuis un certain temps. »
Pourtant, la dernière rue à avoir été inaugurée porte le nom de Jacques Tati, aux abords de la gare.